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Jour anniversaire du Père Dehon, Fondateur des Prêtres du Sacré-Coeur

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P. Heiner Wilmer SCJ, Supérieur Général P. Heiner Wilmer SCJ, Supérieur Général

Pour le 14 mars, jour anniversaire du Père Léon Dehon, fondateur des Prêtres du Sacré-Coeur, le supérieur Général adresse une lettre à toute la Congrégation. Cette année, la lettre commente les deux oeuvres de miséricorde spirituelles: conseiller ceux qui sont dans le doute et enseigner les ignorants.

Voici la lettre du Père Heiner Wilmer SCJ, Supérieur Général des Prêtres du Sacré-Coeur de Jésus

 

  Enseigner les ignorants

et conseiller ceux qui sont dans le doute

 

La célébration de la vie, de toute la vie, est toujours l’occasion de concentrer notre regard et notre cœur sur ce qui est important. Chaque vie est à la fois une histoire et une école. Nous apprenons toujours de chacune d’elles. Tourner le regard et le cœur vers ceux qui font partie de notre vie quotidienne, et aussi vers ceux qui nous ont précédés sur cette terre, est un exercice sain et nécessaire nous permettant de mesurer que nous faisons partie d’un corps qui se développe, qui bouge, qui possède un passé, un présent et un futur. En même temps, il s’agit d’un exercice à base d’humilité et d’attention, car cela signifie que nous acceptions d’avoir besoin d’inspiration, d’encouragement, d’enseignement et de conseil, pour nous maintenir vivants et aptes à faire face aux défis et aux incertitudes qui surgissent en tout temps et en tout lieu.

L’anniversaire de la naissance du Père Jean Léon Dehon représente pour nous un moment opportun parce que nous continuons à tourner notre regard, notre cœur, à nous mettre en chemin, au service de l’Evangile. Nous remercions Dieu pour sa vie donnée et partagée dans la recherche inquiète de l’union avec le Seigneur. Son témoignage et son travail, enracinés dans la contemplation de l’amour du Père, engagés pour l’Eglise et la société de son temps, constituent des chantiers ouverts d’enseignement solide et de conseil amical,  tant et si bien qu’on peut dire que le Père Dehon continue parmi nous ses œuvres de miséricorde spirituelle : enseigner aux ignorants et conseiller ceux qui sont dans le besoin.

La richesse de sa figure ne se présente pas comme le fruit d’une conquête improvisée, mais comme  le résultat de la bonne et gratuite action de Dieu, ainsi que de la contribution de tant de personnes qui l’ont suivi, de leur désir d’apprendre et de leur sincère volonté de se faire accompagner par lui. Si aujourd’hui nous reconnaissons en lui un modèle de vie chrétienne, c’est parce que par sa foi et son engagement il a vécu une réelle formation continue, en apprenant de tout et de tous1. Il n’a rien prétendu par vanité personnelle. Il a utilisé ses talents avec efficacité pour comprendre et servir un  monde riche de potentialités et de contradictions, celui dans lequel il a vécu.

Le P. Dehon a accepté les défis de sa vocation et de son temps. Dans le domaine de l’éducation il a trouvé une manière de s’impliquer au sein de l’Eglise dans la société d’alors. Il l’a fait de manière large et créative, suscitant une série d’initiatives pour les jeunes, travailleurs, fidèles, clercs et entrepreneurs. Il a organisé des cercles d’études, le Patronage Saint Joseph, le Collège Saint Jean ; il a diffusé des analyses et répandu des idées par ses conférences, ses prédications et ses écrits. Assurément, il a beaucoup enseigné par son intense travail et ses précieux conseils. Si cela a été possible c’est parce que lui-même a connu avant tout un bon parcours de formation. On ne peut pas donner en effet, ce qu’on ne possède pas.

L'invitation qu’il nous adresse est celle de retenir certaines lignes directrices de sa pensée qui, vécues avec passion et fidélité, ont rendu possible en lui des paroles et des actes qui sont devenus source de vie et d’espérance pour les autres. Le monde sapientiel de la Bible si cher à notre Fondateur nous offre un bon modèle : « J’ai lu et relu le livre de Siracide. Il m’a émerveillé. Il est très souvent négligé. On devrait faire une édition populaire; une traduction libre, une reformulation et une adaptation à nos coutumes.2 » A travers cette lecture qui l’a enthousiasmé, nous pouvons identifier les piliers qui fondent la vie du Père Dehon. Nous pouvons alors nous concentrer sur trois aspects qui caractérisent un itinéraire bref et succinct :

« Fréquente toujours un homme juste, que tu connais comme observateur des commandements, dont le cœur est selon ton cœur, et qui, si tu tombes, souffrira avec toi. Ensuite tiens-toi à ce que ton cœur te conseille, car personne ne t'est plus fidèle que lui. Car l'âme de l'homme annonce parfois plus de choses que sept sentinelles postées sur une hauteur pour observer. Et avec tout cela prie le Très-Haut, afin qu'il dirige sûrement ta voie. » (Si 37, 12-15)3. 

Ce sont des indications précises. Nous les analyserons brièvement en présentant quelques-unes des  réflexions du Fondateur enrichies de l’invitation à en élargir la résonnance dans notre cheminement personnel et communautaire.

 

1. Fréquente toujours un homme juste (Si 37, 12) 

La première ligne directrice consiste donc à sortir de soi. Nous avons besoin des autres. Quand le Père Dehon rappelle le souvenir des personnes ayant joué un rôle dans son histoire personnelle, nombreux sont les noms qu’il cite, et il le fait avec gratitude. À titre d’exemple, il suffit d’en évoquer ici quelques-uns : sa mère, Stéphanie Vandelet : Ma chère mère m’a tant aimé (...). Ses conseils quotidiens me touchaient4. Il vit avec elle jusqu’à la fin de ses jours dans une captivante complicité. Plus tard, c’est son directeur spirituel, le Père Melchior Freyd du Séminaire Français de Sainte Claire à Rome dont il dira : Je me rappelle toujours ses conseils et réprimandes. Il était pour moi un canal de tant de grâces! 5. Il se souvient de ceux dont il assure le service pastoral à Saint Quentin, notamment les Servantes du Cœur de Jésus, avec leur fondatrice Mère Marie Ulrich : Elle m’a beaucoup édifié par son zèle ardent pour le bien6. Au sein du monde économique et politique, il aime rappeler l’industriel Léon Harmel, apôtre de la doctrine sociale et des congrès des travailleurs, auxquels lui-même a participé avec profit :  Je n’y fus ni orateur, ni rapporteur. Je ne parlai dans les commissions que pour interroger et m ’instruire.1 Dans les années de la fondation de la Congrégation et successivement, il se souvient de son évêque Mgr Thibaudier : (...) celui qui avait l’autorité pour me dire la volonté divine8.

Depuis son jeune âge jusqu’à la fin de ses jours, le Père Dehon fait preuve d’une grande propension à apprendre des autres, même à travers la lecture et l’étude, d’ouvrant ainsi aux vastes champs de la théologie et de l’histoire humaine. Il s’est laissé guider dans les difficultés, a consulté les autres au milieu des adversités, et a assumé sa propre responsabilité dans les situations les plus complexes :

« Quand nous avons eu des grâces extraordinaires, de 1878 à 1883, je m’y suis attaché, je m’y suis complu, j’en ai demandé, et il y a eu du mélange. Je ne savais pas qu’il fallait user d’une grande prudence et défiance. La Mère Supérieure était aussi trop portée à tout accepter, et par une permission de la Providence, le pieux Père Modeste, qui nous dirigeait, n’était pas non plus initié aux règles de la prudence sur ces sortes de faits. Monseigneur Thibaudier voulait nous contenir, nous pensions qu’il avait tort. Il y a eu là des erreurs qu’il a fallu expier. L’Église est intervenue. L’épreuve était une grâce.9 » 

Nonobstant les contradictions subies, il n’a ni cédé au découragement ni à la tentation de l’orgueil. Toutes proportions gardées, on pourrait dire que la voix du Pape François synthétise les étapes spécifiques vécues par le Père Dehon et par beaucoup d’autres personnes qui, hier et aujourd’hui, se laissent enseigner avec profit, en accueillant humblement l’aide et les conseils nécessaires de ceux qui ne cessent d’être auprès d’eux de bons compagnons de route jusque dans la chute et dans l’échec :

« Si on se trompe, on se trompe, cela arrive! Peut-être jusqu’à ce qu’une lettre de la Congrégation pour la Doctrine (de la Foi) arrive pour dire que ceci ou cela a été dit... Mais ne vous en préoccupez pas. Expliquez ce qui est à expliquer, mais continuez ». 10 

 

 

2. Tiens-toi au conseil de ton cœur (Si 37, 13) 

Le second modèle est un regard porté à l’intérieur de soi. Dans le texte du Siracide qui nous guide, le cœur - la réalité plus intime et la plus originale de la personne - reste au centre : entre l’homme juste et la référence ultime au Très-Haut. Et c’est là, entre les deux, qu’il doit se maintenir, s’habituant à croître et à cohabiter avec eux. Sans eux le cœur s’isole et se perd ; la cordialité ne peut se développer.  Le Père Dehon a su sauvegarder la sienne, et a appris à l’écouter dès sa jeunesse : La grâce agissait fortement dans mon cœur11. Dans ce mystérieux espace intérieur, s’établit une véritable harmonie avec sa vraie vocation : Notre Seigneur me demande toujours plus la confiance et l’abandon12. C’est ici que se nourrit le désir de répondre à l’appel qui le passionnait: J’ai faim de vie intérieure, de paix, d’union avec Notre Seigneur13 ; mais la direction à suivre n’était pas toujours claire : Avant, la volonté de Dieu semblait se manifester miraculeusement à nous. Maintenant, il faut la chercher à tâtons, en nous demandant chaque jour si nous ne nous trompons pas.14 

Pour donner une réponse adéquate, il a dû véritablement sortir de lui-même, non pas par une fuite hâtive, mais à la manière d’un pèlerin patient qui découvre peu à peu et dont le parcours tient compte des signaux justes qui lui sont envoyés. Sa soif, au lieu de l’entraîner à la dérive jusqu’à un intimisme de type narcissique, le conduisait à ces sources sacrées d’où il a pu canaliser les préoccupations sociales, pastorales et spirituelles qui étaient dans son cœur. Une foule de visages et de voix profondes l’entourait et l’interpellait : Il manque à Saint Quentin comme moyens d’action, un collège ecclésiastique, un patronage et un journal catholique. 15 Assisté par la grâce et aidé de bons conseillers, le Père Dehon n’a pas trahi son cœur. Malgré les incompréhensions et les adversités, malgré la tension intérieure, occasionnée par ses ardentes préoccupations, il ne se sentait pas frustré. Il avait trouvé la clé de tout cela: Si j’abonde en charité pour Dieu et pour les âmes, la paix et la joie régneront dans mon cœur.16 

   

3. Et par-dessus tout cela, supplie le Très-Haut. (Si 37, 15) 

Le troisième aspect nous place devant une des plus fortes convictions du Père Dehon : Toute vie apostolique doit être préparée longuement dans la prière et l’étude.11 Se sachant profondément aimé, il cherchait à tout moment à correspondre à l’amour de Dieu. Dans cet amour du Père, contemplé souvent à travers le côté ouvert du Fils, il voyait l’avènement du Règne, le conduisant vers le prochain, le poussant à la mission : « Le Sacré-Cœur s’est toujours souvenu de nous, souvenons-nous de lui toujours, n’ayons pas d’autre amour que son amour. Dans nos prières, demandons son règne et son triomphe, mais, par amour pour lui, prions pour notre prochain, aimons les âmes comme Jésus les aime et soyons dans la disposition de travailler et de souffrir pour elles dans la mesure où Jésus le trouvera bon18. » 

La supplication de Dehon est celle d’un disciple qui reconnait admirer la bonté du Maître : « Venez à l’école de mon Cœur, nous dit-il, méditez les dispositions de mon Cœur, vous verrez que l’humilité et la douceur en sont les caractères propres. Vous imiterez cette humilité et cette douceur et vous aurez trouvé le secret de la paix19. » Dans la mesure même de son imploration, le Père Dehon apprend la pédagogie du Cœur qu’il aime tant et s’en imprègne : Il étend son empire sur les âmes, non par la force mais par la persuasion, par la foi et la charité2. Sa vie intérieure découlait ainsi d’une méditation prolongée de cet amour : Si je veux avoir les faveurs divines, voilà le chemin : suivre fidèlement Jésus, méditer tous ses mystères, du commencement à la fin, me pénétrer des sentiments de son Cœur sacré et reproduire ses vertus21.

Maintenant c’est notre tour et c’est notre temps. Nous devons continuer la tâche d’éduquer, héritée du Père Dehon, au service du Règne. Les hommes et les femmes d’aujourd’hui, les jeunes et les enfants issus de tant de lieux et conditions différents nous appellent à la créativité et à l’audace. Les défis ne manquent pas, ni même les opportunités. Nous enseignerons ce que nous avons bien appris : le fait de  « se laisser accompagner », l’attention portée aux valeurs du cœur, la supplication adressée au Tout-Puissant. Le même Père Dehon nous le rappelle, en indiquant qu’il s’agit d’un contenu indispensable : il convient que les prêtres voués à son amour fassent de l’éducation de la jeunesse leur œuvre de prédilection. Ils enseigneront aux enfants l’art si simple de l’aimer22.

Ensemble, donnons vie au style que le Père Dehon nous a transmis: enseignons ceux qui ne savent pas et conseillons quiconque est dans le besoin, en nous efforçant de fréquenter les personnes justes, en donnant de l’espace aux inspirations de notre cœur et en invoquant l’action du Très- Haut.

Que cet itinéraire travaille les individus, imprègne les communautés, afin que le Cœur de Jésus devienne source de grâce pour tous ceux que nous rencontrerons.

 

                                                                                      P. Heiner Wilmer SCJ

                                                                                          Supérieur Général

                                                                                              et son Conseil

 

Notes :

 

 


1       NQT 37/68-70.

2       NQT 39/122. 

3       Version officielle de la Conférence Episcopale Italienne 2008. 

4       NHV 1/16.

5       Lettre du 25 novembre 1880 au Père Eschenbach.

6       NHV 10/19. 

 

7       NHV 10/118.

8       NHV 12/140.

9       NQT 37/79.

10    CLAR, Audience du Pape François, Rome (06.06.2013).

11    NHV 1/57.

12    NQT 4/114.

13    NQT 4/252.

14    NHV 14/186.

15    NHV 9/84.

16    ASC 5/226.

17    CAM 1/198.

18    CAM 1/142.

19    MSC 338.

20    ASC 3/269.

21    ASC 2/232

22.  ASC 4/215

 

 

 

 

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