Home / Actualités / Autour de Semen L. Frank (1877-1950)

Autour de Semen L. Frank (1877-1950)

Taille de la police: Decrease font Enlarge font
Semen L. Frank par Lev Zak, quelques semaines avant sa mort Semen L. Frank par Lev Zak, quelques semaines avant sa mort

Face aux idéologies du XXe siècle

La philosophie de Semen L. Frank (1877-1950)

 

    « C’est la sagesse que j’ai chérie et recherchée dès ma jeunesse. Mais comprenons que je ne pourrais l’obtenir que par un don de Dieu, je me tournais vers le Seigneur. » (Sagesse 8, 2.21) Ces verses bibliques gravés sur la tombe de Semen Frank, résument la vie d’un penseur que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier comme le plus grand philosophe russe de tous les temps.[1]

    Né en 1877 à Moscou, Semen Frank est introduit très tôt dans la religion juive par son grand-père maternel, fondateur de la communauté juive à Moscou et responsable de l’éducation du jeune Semen dont le père est décédé inopinément. Apprenant à la synagogue de Moscou la langue hebraïque, Semen sait lire les textes bibliques qui l’accompagnent jusqu’en 1891, date à laquelle le nouveau mari de sa mère, Vladimir Zac, lui fait découvrir les idées socialistes de Michajlowskij et de Lavrov. Lorsque la famille de Semen quitte Moscou pour Niznij-Novgorod, le jeune élève rencontre au lycée des marxistes qui l’admettent en leur cercle d’étude. C’est la forme scientifique de ce socialisme qui impressionne le jeune Frank, comme il le note plus tard. Marxiste convaincu, il retourne en 1894 à Moscou pour y étudier le droit. Deux ans plus tard il y rencontre Peter Struwe, penseur marxiste de la démocratie sociale. Même si Frank prendra plus tard ses distances par rapport aux idées politiques et sociales de Struwe, les deux penseurs restent toujours des amis fidèles.

    Ayant participé en 1899 à des manifestations estudiantines, Frank est condamné à quitter Moscou pour deux ans. Il s’exile à Berlin où il entre en contact avec Georg Simmel et le néokantisme de Windelband et de Riehl, un univers de pensée avec lequel Struwe l’a déjà familiarisé et qui lui permet de rédiger et de publier en 1900 la « Théorie de la valeur chez Marx et sa signification ». Par cette publication, Frank commence à prendre ses distances par rapport au marxisme politique. Très tôt il a donc su tourner le dos à une des idéologies qui se révéleront si meurtrières pour le XXe siècle.

    De retour en Russie où il lui est interdit de s’inscrire à l’Université de Moscou, Frank termine ses études de droit à l’Université de Kazan. L’hivers 1901/1902 devient décisif pour son évolution spirituelle. Il se met à lire le Zarathoustra de Nietzsche, une véritable révélation pour lui et le début d’une conversion vers l’idéalisme. Plus tard il commentera : « J’étais fasciné – non par la doctrine de Nietzsche, mais par l’atmosphère d’une vie intellectuelle profonde, d’un combat spirituel qui émanait de ce livre. A partir de ce moment là, je sentis la réalité de l’esprit, la réalité d’une dimension profonde de mon âme. »

    De cette rencontre avec le texte de Nietzsche naît une première étude philosophique approfondie. Elle sera publié en 1903 dans un recueil de textes de ces penseurs russes qui avaient comme Frank quitté le marxisme pour l’idéalisme. Parmi eux figurent Berdiaev et Boulgakov qui ne seront pas sans influence sur l’évolution ultérieure de la philosophie frankienne.

    En 1908, Frank se marie avec Tatjana Bartseva, une chrétienne orthodoxe convertie au luthéranisme. L’entourage de Frank n’est pas enchanté de ce mariage qui pourtant sera un mariage heureux. Dans les moments difficiles, Frank trouve toujours un appui auprès de son épouse fidèle et de ses quatre enfants qui naissent de ce mariage : Aleksei, Vasilii, Natalia et Victor.

    En 1911 Frank accepte un poste de professeur à l’Université de Saint-Petersbourg. S’étant éloigné de la religion juive pour trouver ses idées directrices d’abord dans le socialisme, puis dans le marxisme, Frank finit par s’orienter de plus en plus vers un humanisme chrétien. Malgré les réticences de sa famille, surtout de sa mère qui s’y oppose autant que possible, Frank se décide de rejoindre l’Eglise orthodoxe russe et se fait baptiser en 1912. Tout en refusant le dogmatisme extrême qu’arborent certains théologiens russes, Frank trouve dans la religion et dans la foi chrétiennes ce qui constitue désormais son inspiration essentielle. Ayant fait le pas qui par sa réflexion philosophique et son expérience spirituelle lui paraissait inévitable, Frank se sent désormais libre pour continuer son travail philosophique. Les livres vont se suivre pour expliciter cette intuition fondamentale qu’il a trouvée si bien formulée par Nicolas de Cuse : « attingitur inattingibile inattingibiliter » (ce qui ne peut être atteint est atteint à la façon de ce qui ne peut être atteint). Cette citation, mise en exergue de son œuvre majeure « L’insondable », reste un programme qui ne se réalise définitivement que le 10 décembre 1950.

    Etudiant des néo-kantiens, fin connaisseur de la philosophie de Fichte, admirateur de Goethe, Frank élabore d’abord une théorie de la connaissance. Dans le fameux « je pense, donc je suis », fondement du système cartésien, Frank souligne non pas la pensée du je, mais bien l’être qui en est le fondement. En conséquence, il transforme le cogito cartésien en « cogito ergo est esse absolutum », formule qui permet d’aller au-delà de l’idéalisme et de l’empirisme qui tous deux ne correspondent pas à la réalité. Pour Frank, pensée et être, connaissance et objet, séparés, restent impensables. « L’obejt de la connaissance »[2] publié en 1915 fonde une philosophie de l’harmonie, de l’unité-totalité, où chaque chose, même le sujet pensant, fait partie d’un tout infiniment grand. L’épistémologie frankienne pourrait être qualifiée de vision moniste du monde, vu que tout est enraciné dans l’absolu, mais d’un autre côté elle est également dualiste parce que la distinction entre le fini et l’infini n’est pas éliminée. Suite à ces recherches, Frank développe une psychologie philosophique qu’il présente en 1917 comme thèse d’agrégation sous le titre « L’âme de l’homme »[3].

    Suivent alors les années tumultueuses de la grande révolution qui bouleverse profondément la Russie. De nouvelles structures sont mises en place, et en automne 1921, Frank – tombé dans une extrême pauvreté – est nommé professeur ordinaire de la nouvelle université Saratow. Fort de ses recherches et de ses intuitions, il croit pouvoir donner une autre direction à a révolution bolchevique, mais après une année d’enseignement, c’est le renvoi. Frank et ses amis anti-marxistes n’ont plus droit de cité dans la nouvelle Union soviétique. C’est l’exil pour des centaines d’intellectuels russes.

    Frank revient à Berlin, où il devient co-fondateur de l’Institut scientifique russe. Il continue son travail philosophique par une réflexion approfondie sur la société.

    Inspiré par la pensée religieuse orthodoxe, il publie en 1930 u livre avec ce titre provocateur : « Les fondements spirituels de la société. Introduction à la philosophie sociale »[4]. Frank y fait la distinction entre les aspects extérieurs (obshchestvennost’) et la dimension spirituelle (sobornost’) de la société, et c’est cette dernière dimension qui lui paraît être le fondement de toute vie sociale. Ses formes sont l’unité du mariage et de la famille, la religion et le destin du peuple. La dimension essentielle de la société est donc en dernière analyse religieuse, vu que sa source n’est autre que le fondement divin ultime et son but est la transfiguration et la déification du monde. Dans cette optique l’essence ontologique de l’homme est le service de l’autre. Tous les droits de l’Homme trouve leur fondement dans ce principe de service : à tous les hommes doit donc être reconnu comme droit essentiel le droit de servir. Et le service le plus noble, c’est le service de Dieu, l’incarnation de la vérité absolue. Le principe de solidarité et le principe de la liberté individuelle toujours en opposition dans les autres philosophies sociales trouvent chez Frank leur réconciliation dans une subordination réciproque sous le principe de service qui devient ainsi le garant pour l’égalité de tous.

    En 1931, Frank est nommé professeur au Séminaire slave de l’Université de Berlin, ce qui améliore sa situation financière précaire. Mais voilà que pointe à l’horizon la deuxième idéologie meurtrière du XXe siècle.

    Ayant remarqué très tôt les erreurs du marxisme, Frank se trouve maintenant confronté au nazisme. Arrivés au pouvoir en 1933, les nazis ne tardent pas à démettre le juif Frank de ses fonctions de professeur. Frank doit à nouveau abandonner l’enseignement. Fort de sa foi et de son expérience spirituelle, il commence à rédiger en allemand son œuvre majeure : « Das Unergründliche »[5]. Dans cette œuvre qui se présente comme une introduction ontologique à la philosophie de la religion, Frank présente systématiquement toute sa réflexion métaphysique. Une phénoménologie de l’Insondable fait découvrir les multiples facettes de la réalité et élabore une philosophie de l’unité-dualité que Frank présente comme un monodualisme antinomique : tout monisme et tout dualisme ne sont que des abstractions simplistes qui ne sont pas à même d’exprimer la richesse concrète de la réalité. La connaissance ne peut s’avancer qu’en suspens entre et au-dessus de ces antinomies qui par essence doivent être en suspens et ne peuvent être surmontées. Ici Frank rejoint la docte ignorance de Nicolas de Cuse. Ses analyses profondes sont inspirées de toute la tradition platonicienne de la philosophie occidentale, elles sont également enrichies par ses multiples expériences existentielles – la pauvreté la mort, l’exil, le déshonneur, le mal, mais aussi l’amour conjugal et familial, la beauté, la conversion et l’expérience mystique. Le manuscrit est terminé en 1938, mais la situation politique s’est tellement aggravée que Frank préfère quitter l’Allemagne et s’installer à Paris. Plus question désormais d’éditer le texte allemand « Das Unergründliche ». Il recommence à Paris une nouvelle rédaction, cette fois-ci en russe. Avec l’aide de ses amis, il pourra le publier à Paris en 1939. De ce texte a paru en 1983 une traduction anglaise et en 1995 une traduction allemande.

    L’Insondable a trouvé un éditeur, encore faut-il trouver des lecteurs. L’évolution politique en France devient alarmante. Le régime de Pétain ne garantit plus la sécurité de Frank qui, en 1942, quitte Paris. Accompagne de sa fidèle épouse, il passe en Normandie, à Nassandres, puis dans le Midi de la France : La Favière, Le Lavandou, St-Pierre d’Allevard. Tatjana dira plus tard de ce temps difficile, passé dans l’angoisse continuelle d’être arrêtés : « nous étions chassés comme des animaux, affamés et seuls ». C’est pendant cette période que Frank écrit « Dieu avec nous », une œuvre qui laisse apparaître sa profonde expérience spirituelle et sa recherche pur une unité des différentes confessions chrétiennes. Pour Frank, le catholicisme a fait pour l’éducation chrétienne de l’humanité plus que toutes les autres confessions et c’est lui qui pendant les heures sombres de la Seconde Guerre Mondiale a offert le plus d’espoir terrestre aux hommes. Le catholicisme, tel que Frank le comprend, a réussi à sauvegarder son universalité, alors que l’orthodoxie et le protestantisme ont été remis aux mains des gouvernants terrestres. A son fils Viktor qui veut se convertir au catholicisme, il écrit pourtant des lettres pour l’en dissuader. Mais il le fait, avoue-t-il, pour que son fils réfléchisse bien avant de prendre une décision aussi grave.

    « La Lumière luit dans les ténèbres. »[6] Cette citation de l’Evangile de saint Jean sert de titre à une analyse fort pertinente de la situation politique et spirituelle en Europe, cette Europe qui a abandonné la foi chrétienne pour un humanisme de plus en plus vide de sens. Frank se positionne ainsi par rapport à une troisième idéologie du XXe siècle, celle qui a rendu possibles les deux autres : le refus de la Lumière du Christ. A lire ces textes, on est frappé de leur caractère prophétique. Ne décrivent-ils pas ce qui est en train de se passer de nos jours en cette Europe qui renie officiellement sa dimension religieuse et chrétienne ?

    En novembre 1945, Frank et son épouse quittent la France pour Londres où s’était installé leur fils Viktor. C’est ici que Frank termine « Reality and Man »[7], sa dernière grande œuvre, une véritable somme métaphysique, où il reprend et approfondit les idées essentielles de sa philosophie : la réalité, l’Homme et Dieu. C’est surtout autour de Dieu, sa pensée et sa réalité, que s’articulent les réflexions de Frank. Platonicien toute sa vie durant, il finit par découvrir la richesse de l’aristotélisme, en sondant la notion de créativité. Dans une lettre à Binswanger, et amir qui l’a soutenu financièrement et moralement pendant les périodes dures de la Seconde Guerre mondiale, Frank regrette de n’avoir pas pu développer dans « Reality and Man » une théorie du langage. La parole lui apparaît en effet comme un acte créateur qui découle d’une source supérieure. Il projette de mettre par écrit ses idées, mais le temps ne le lui permet plus. En août 1950, Frank tombe gravement malade d’un cancer du poumon.

    Les derniers mois seront pour Frank les plus importants pour son évolution spirituelle. Il a tant lutté pour s’approcher de la vérité et trouver la sagesse, et voilà que dans sa maladie et sa souffrance cette sagesse lui est offerte. Son demi-frère Lev Zak, qui jour et nuit est près de son lit, rapporte ce que Frank lui dit un matin de novembre : « Ecoute, durant cette nuit j’ai fait l’expérience de quelque chose de remarquable, quelque chose de fort surprenant. J’avais mal et soudain j’ai senti que mes souffrances et les souffrances du Christ étaient les mêmes. Dans mes souffrances, j’ai communié à une sorte de liturgie, et j’ai participé non seulement aux souffrances du Christ, mais aussi, j’ose à peine le dire, à l’essence même du Christ. Les formes terrestres de pain et de vin ne sont rien en comparaison avec ce que j’ai eu : je suis entré dans un état de bénédiction. Que c’est étrange : c’était de toute évidence quelque chose en dehors de tout ce que j’avais pensé jusqu’ici. Comment cela a pu tout d’un coup m’être donné ? » Et Lev Zak ajoute : « Je pense que cette expérience mystique est le sommet de toutes ses recherches et leur couronnement. »

    Le 10 décembre 1950 Frank quitte ce monde. Il nous laisse une œuvre très riche. Puisse-t-elle bientôt être traduite et lue pour nourrir la pensée religieuse, éthique, philosophique et politique dans notre Europe qui aura à affronter une dernière idéologie héritée du XXe siècle, celle de vouloir penser et transformer le monde sans Dieu.

in Flammang Jean-Jacques : Dieu étant… Diverses Perspectives. Clairefontainer Studien, Band 8, pp. 99-105.

 

 

Simon L. Frank : Lebendiges Wissen. Aufsätze zur Philosophie

 

„Im lebendigen Brennen des Geistes gibt es keinen Platz für eine Täuschung“

8. und letzter Band der Werke Franks

Mit dem 8. und letzten Band der Werke von Simon L. Frank sind nun, nach 15 Jahren bester verlegerischer Arbeit, die bedeutendsten Schriften des großen russischen Philosophen deutschsprachigen Lesern zugängig[8].

Simon L. Frank (1877-1950) hat sich auf Grund seiner vielfältigen Erfahrungen und seiner aufrichtigen Suche nach Weisheit schon sehr früh vom atheistischen Marxismus abgewandt. Mit seinen sozial-philosophischen Schriften hat er maßgeblich an der Februar Revolution 1917 mitgewirkt. Die Ideale für Gesellschaft und Politik, die er als überzeugter Sozialist und bekennender Christ mit seiner Kritik am Marxismus ausgearbeitet hatte, sind im Buche „Die geistigen Grundlagen der Gesellschaft. Einführung in die Sozialphilosophie“(Band 3) und in den Aufsätzen „Jenseits von rechts und links. Anmerkungen zur russischen Revolution und zur moralischen Krise in Europa“ (Band 7) erschienen. Den Befürwortern der Diktatur des Proletariats waren sie nicht genehm, und so musste Frank mit zahlreichen andern Intellektuellen der neugegründeten Universität Saratow während der großen Hungersnot 1922 unter himmelschreienden Umständen aus Russland flüchten.

Zusammen mit seiner treuen Ehefrau und seinen Kindern kam Simon L. Frank nach Berlin, wo er in seiner Jugendzeit Philosophie studiert hatte. Hier war er einige Jahre als Dozent tätig, musste dann aber wegen seiner jüdischen Abstammung 1938 vor den Nazis nach Paris flüchten. Die Pariser russische Gemeinschaft nahm den hoch geschätzten Philosophen freundlich auf. Im Gepäck hatte er sein in Deutsch verfasstes Hauptwerk „Das Unergründliche“. Da er es nicht in Deutschland hatte veröffentlichen  können, schrieb er in Paris eine neue russische Fassung, die 1939 erschien. Diese wurde 1983 ins Englische und 1995 ins Deutsche übersetzt. Die Verbreitung der deutschen Übersetzung[9] hat die Aufmerksamkeit auf Simon L. Frank gerichtet und die acht-bändige Werkausgabe erleichtert.

In Paris konnte der russische Philosoph jüdischer Abstammung nicht lange bleiben. Um seine Familie vor dem Vichy-Regime in Sicherheit zubringen, flüchtete er nach Südfrankreich, wo er den Rest des Zweiten Weltkrieges verbrachte und u. a. seine zwei großen kulturkritischen Schriften veröffentlichte: „Gott mit uns“ (die deutsche Übersetzung im Band 6 der Werkausgabe trägt den Titel „Mit uns ist Gott“) und „Das Licht schien in der Finsternis“ ( die deutsche Übersetzung in Band 5 der Werkausgabe trägt den Titel „Licht in der Finsternis. Versuch einer christlichen Ethik und Sozialphilosophie“).

Im November 1945 nahm ihn sein Sohn Viktor zu sich nach London. Hier schrieb er die Summe seines ganzen philosophischen Denkens, das Buch „Die Realität und der Mensch. Eine Metaphysik des menschlichen Seins“ (Band 4 der Werkausgabe; Band 2 enthält seine 1917 erschienene Schrift: „Die Seele des Menschen. Versuch einer Einführung in die philosophische Psychologie. »)

Am 10. Dezember 1950 starb Simon L. Frank, nachdem er einige Tage zuvor in einer tief mystischen Erfahrung erlebt hatte, wie nahe ihm Christus in seinem Leiden war und wie sein Leiden sich mit dem Leiden Christi vereinte. Sein Stiefbruder Lev Zak bezeichnete diese Erfahrung als „den Höhepunkt und die Krönung seines ganzen Schaffens“.[10]   

 

Lebendiges Wissen

Band 8 der Werkausgabe trägt den vielsagenden Titel: Lebendiges Wissen, und sammelt 11 Aufsätze, die Simon L. Frank von 1912 bis 1934 verfasst hat. Sie stehen alle in Beziehung zum Thema des Buches, das als erster Band der Werkausgabe erschienen ist: „Der Gegenstand des Wissens. Grundlagen und Grenzen der begrifflichen Erkenntnis.“

Vor aller begrifflichen Erkenntnis des Seins nehmen wir selber am Sein teil und wissen es so, behauptet Frank in Anschluss an Nikolaus von Kues, den er als seinen einzigen Lehrer bezeichnet. „Zweifellos muss etwas sein, bevor es erkannt wird“. Von der Weise dieses Seins aber können wir keine begriffliche Wissenschaft haben. Begrifflich objektiviert würde das absolute Sein nämlich zu einem endlichen Denkinhalt gemacht und so als absolutes verfehlt. Eine geistige Schau des Seins ist uns aber möglich, und diese Schau ist „ein lebendiges Wissen als Wissen-Leben“, wie Frank es mit den Worten Plotins formuliert.

Wie dieses lebendige Wissen zustande kommt und wie es immer tiefer erfasst werden kann, wird in den Aufsätzen des letzten Bandes der Werkausgabe deutlich. Diese zeigen dann auch die bleibende Aktualität des Denkens von Simon L. Frank in Bezug auf die Fragen nach dem Verhältnis von Erkenntnis und Sein, von Sein und Gott, sowie von Kreativität und Werten.

Dass Frank der Gottesfrage nicht ausweicht, sondern ihr bis in die tiefsten Schichten des spekulativen Denkens nachgeht, macht ihn zum Vordenker für das 21. Jahrhundert.

„Lebendiges Wissen“ lässt uns wissen, dass Gott der sinnlichen Welt und dem geschaffenen Wesen des Menschen transzendent ist, nicht aber dem geistlichen Leben. Dieses ist vielmehr Gottes Kundgabe im Menschen. Frank zitiert hier den 1. Johannesbrief: „Darum erkennen wir, dass wir in Ihm sind und Er in uns, denn Er hat uns von Seinem Geist gegeben.“ (1 Joh 4, 13), und Frank kommentiert wie folgt: „In unseren Gedanken und Begriffen von Gott können wir uns grob täuschen, doch in der geistlichen Erfahrung, im lebendigen Brennen des Geistes gibt es keinen Platz für eine Täuschung.“  

In der Einleitung zu Band 8 vergleicht Dennis Stammer Simon L. Franks Denken mit der Metaphysik Alfred N. Whiteheads, des anderen hervorragenden Denkers des 20. Jahrhunderts. „Beide kritisieren ein  metaphysisches Vorgehen, das sich alleine auf den Verstand beschränkte. Sie überwinden dieses Denken auf rationalem Wege, indem sie die Abstraktheit bzw. Beschränktheit aufdecken – Frank im transzendentalen Denken, Whitehead auf selbem Wege über Mathematik.“

Bedenkt Whitehead ein der Kreativität nachgeordneter Gott, so ist Gott bei Frank weder von der Realität unabhängig noch mit ihr identisch zu denken. Er ist zugleich allgegenwärtig tragender, aber auch tiefster personaler Grund, dem sich das ganze Sein, auch ich in meiner Personalität, radikal verdankt.

Möge die Werkausgabe von Simon L. Frank helfen, auch diese Wahrheit neu zu entdecken und zu bedenken.

P. Jean-Jacques Flammang SCJ

 



[1] Cf. Philip Boobbyer : S.L.Frank. The Life and Work of A Russian Philosopher 1877-1950. Ohio University Press Athens, 1995, 292 pages.

[2] Simon L. Frank : Der Gegenstand des Wissens. Grundlagen und Grenzen der begrifflichen Erkenntnis. Aus dem Russischen übertragen von Vera Ammer. Freiburg/München, Verlag Karl Alber, 2000, 526 Seiten. ISBN : 978-3495-47935-3.

[3] S.L.Frank : Man’s Soul. An Introductory Essay in Philosophical Psychology. Ohio University Press Athens, 1993, 273 pages.

[4]  S.L.Frank : The Spiritual Fondations of Society. An Introduction of Social Philosophy. Ohio University Press Athens, 1987, 182 pages.

[5] Semen L. Frank : Das Unergründliche. Ontologische Einführung in die Philosophie der Religion. Aus dem Russischen übersetzt von Alexander Haardt, Freiburg/München, Verlag Karl Alber, 1995, 484 Seiten.

[6] S.L.Frank : The Light Shineth in Darkness : An Essay in Christian Ethics ans Social Philosophy, Ohio University Press Athens, 1989, 241 pages.

[7] S.L.Frank : Reality and Man. An Essay in the Metaphysics of Human Nature, Taplinger Publishing Company, 1965, 238 pages.

[8] Simon L. Frank : Lebendiges Wissen. Aufsätze zur Philosophie. Mit einer Einleitung von Dennis Stammer. Freiburg/München, Verlag Karl Alber, 2013, 339 Seiten. ISBN 978-3495-479421.

[9] Semen L. Frank : Das Unergründliche. Ontologische Einführung in die Philosophie der Religion, herausgegeben und eingeleitet von Alexander Haardt (Orbis Phaenomenologicus Abt. V, Band 2) München, Verlag Karl Alber, 1995, 484 Seiten. ISBN 978-34954-7795-0

[10] Für mehr Informationen zu Franks Leben : Philip Boobbyer : S.L. Frank. The Life and Work of A Russian Philosopher, Athens (Ohio), Ohio University Press, 1995, 292 pages. ISBN 978- 08214-1110-0. Siehe auch kurze Zusammenfassung in Jean-Jacques Flammang : Face aux idéologies du XXe siècle, la philosophie de Semon L. Frank, in Dieu étant… Diverses perspectives, Clairefontainer Studien Band 8, Clairefontaine, Heimat und Mission Verlag, 2011. ISBN 978-29599-7063-4, pages 99-105. 

Nos bibliothèques

Recherche