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Et Dieu dans tout ça - La métaphysique d'André Léonard

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Et Dieu dans tout ça - La métaphysique d'André Léonard

 

 

D'André Léonard, une impressionnante initiation à la métaphysique

 

« Et Dieu dans tout ça ». C’est sous ce titre qu’André Léonard, un des esprits les plus brillants, mais aussi des plus pédagogiques en matière de philosophie et de métaphysique, vient de publier un petit livre de 120 pages, qu’il veut être compris comme une espèce d’Assimil : « La métaphysique sans peine ». 

 

Ancien professeur de philosophie à l’Université catholique de Louvain, André Léonard élabore à partir du monde et de l’expérience quotidienne que nous en faisons les thèmes principaux de sa compréhension de la métaphysique qui est avant tout thomasienne, c’est-à-dire profondément inspirée par saint Thomas d’Aquin. 

 

Au cours du développement, Léonard est très pédagogique, en ce sens qu’il se met à la place du lecteur qui ne sait encore rien de la métaphysique si ce n’est la définition proposée au début : « La métaphysique est la science de l'étant en tant qu'étant et, dans la foulée, de l'être en tant qu'être. » Cette définition est alors explicitée par une démarche concrète qui élabore ce qu’est le sujet, l’être, la raison humaine, la liberté, le cosmos, l’origine... Léonard présente aussi les alternatives contraires à ses options philosophiques en montrant clairement leurs défauts et en les écartant comme possibles réponses aux questions fondamentales de la métaphysique. 

 

Grand connaisseur des systèmes de l’idéalisme allemand, il explique pourquoi on ne peut sans plus suivre ni le Schelling des Recherches philosophiques sur l’essence de la liberté humaine et les sujets qui s’y rattachent (1809) qui pourtant semble si bien rendre compte de la création et de l’existence du mal, ni Hegel que le professeur Léonard avait étudié pour son doctorat et sa maîtrise (habilitation) en philosophie.


Ces philosophies l’avaient certes fasciné, même à tel point que « si la miséricorde de Dieu ne m’avait pas donné d’être chrétien, je crois que, face au drame du mal, j’aurais trouvé quelque repos intellectuel auprès de ces grands systèmes de pensée dont la beauté factice n’a cependant d’égale que la fausseté ».

 

Après avoir présenté l’être comme tel et ses différences internes (acte d’être, essence, subsistence, intellect agent, volonté, les transcendantaux, l’analogie...), Léonard est mené à parler de Dieu et à penser la création. C’est ainsi qu’il parvient à mettre la réflexion métaphysique en relation avec la révélation chrétienne.

 

Le lecteur comprendra alors que « l’homme libre et autonome, capable de recul par rapport à Dieu en cette vie, capable de péché, voire de l’athéisme, ressemble plus à Dieu que les étoiles dont parle le prophète Baruch. Pas, bien sûr, en tant que pécheur, mais en tant que créature consistante au point d’être libre ! De ce point de vue, la conception qu’avait Sartre de Dieu, comme étant le concurrent de la liberté humaine, s’avère d’une grande naïveté métaphysique. » 

 

Le mal, Léonard en a souvent parlé dans ses nombreux livres. Ici il rappelle que le métaphysicien doit être humble. Si le mal est réel, il n’est pas pour autant une structure nécessaire du réel. Il ne peut être expliqué de manière purement rationnelle. 

Il n’est pas non plus une simple « illusion » comme le pensent quelques philosophies extrême-orientales, le bouddhisme ou encore Spinoza. Léonard prend ses distances, aussi par rapports à quelques explications récurrentes comme celle-ci : « Dans un beau tableau, dira-t-on, il ne peut pas y avoir que des plages lumineuses. Il faut aussi des zones d’ombre... C’est le contraste même entre la clarté et l’obscurité qui, comme dans un Rembrandt, fait la beauté de la toile. Explication intéressante, surtout pour ceux qui se trouvent du bon côté du tableau ! »

 

Non ! pour Léonard, « le mystère du mal est si profond et il est marqué par une contingence si radicale qu’il y a plus de lumière à trouver, pour l’éclairer, dans l’humiliation d’un Dieu crucifié que dans l’optimisme triomphant de la seule spéculation métaphysique ». 

 

L’apport de la pensée chrétienne est ainsi fort précieux, car elle nous rappelle que l’état présent de l’Univers où le mal est quasiment « naturel » n’est pas naturel du tout, mais correspond à « une chute dont l’Univers est appelé à guérir par la résurrection du Christ et la nôtre et par la transfiguration finale du Cosmos ».

 

Nous ne pouvons que recommander la lecture de ce petit chef d’œuvre de vraie métaphysique qui introduit magistralement dans les grandes œuvres de Mgr André Léonard, comme La métaphysique de l’être ou encore Les raisons de croire.

 

P. Jean-Jacques Flammang SCJ

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