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Réflexion sur le mouvement des "gilets jaunes"

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Réflexion sur le mouvement des "gilets jaunes"

 

 

Le surgissement des « gilets jaunes »

 

 

Au moment où nous nous apprêtons à envisager une réflexion en ACO sur les prochaines élections Européennes, nous ne pouvons pas passer sous silence ce que les médias appellent « la crise des gilets jaunes » et que je préfère appeler le surgissementdes gilets jaunes. Ce ne sont pas eux qui sont en crise, mais la société capitaliste ! 

En effet, par-delà les évènements graves qui se sont produits les deux derniers WE, il s’agit peut-être du surgissement, dans le champ proprement politique, d’un peuple qui s’était durablement détourné de la politique au point de fournir l’essentiel des troupes des abstentionnistes. 

Voilà que, tout d’un coup, la France profonde des exploités, des « appauvris », des « oubliés », des « invisibles » … resurgit sur le devant de la scène, se revendiquant « libre de tout » : des partis, des syndicats, des institutions démocratiques traditionnelles. Et dénonçant vigoureusement et ouvertement la profonde injustice et le profond mépris dont elle est l’objet de la part du pouvoir et singulièrement de celui qui l’incarne au plus haut niveau : le Président Emmanuel Macron !

Voilà le peuple, qu’on disait résigné, qui se réveille ! Pas forcément comme on l’aurait attendu, ni sous les formes qu’on aurait souhaité… Mais il est bien là, notre peuple. C’est bien lui !

C’est naturellement l’augmentation inconsidérée de la taxe sur les carburants qui a mis le feu aux poudres. Mais la « poudre » des taxes, des augmentations successives et des inégalités de revenus abyssales s’était bien accumulée depuis des années ! Et voilà que tout revient sur le tapis. Avec en tête de gondole la suppression de l’ISF et les cadeaux accumulés au profit des patrons et des actionnaires ! 

La coupe déborde ! La colère éclate… elle peut aussi dégénérer en violence ![1]

Mais ce qui est repérable dans les « piquets » de blocages des ronds-points et des entrées de supermarchés (le choix n’est pas innocent), c’est l’expérience de « peuple » que font les participants. Une expérience de « réveil » des consciences, de solidarité, de fraternité dans la lutte, de prise de responsabilité, d’apprentissage de l’autogestion et de l’organisation du mouvement… et surtout de prise de responsabilité politique, malgré et au-delà du refus des partis politiques ! 

Bien sûr, il y a de l’ambiguïté dans certaines revendications et dans l’analyse des causes des situations subies… Mais il y a une grande clarté dans les revendications ! Il n’y a pas de doute possible. C’est un profond conflit de classe ! Certes, l’origine sociale des participants est extrêmement diversifiée : ouvriers, employés, personnel des services de santé, de l’éducation, du commerce… etc… mais aussi cadres pressurés, des artisans et des commerçants à bout de souffle, agriculteurs relégués … etc… Mais ce qui  est significatif, c’est qu’il y a là une réelle convergence d’intérêts sur ce qui est « commun », les « communs » comme disent certains partis. C’est-à-dire une réelle convergence « politique » qui appelle une authentique réponse politique : un changement radical de projet politique qui tourne le dos au libéralisme capitaliste dévoreur des richesses produites par le peuple, et destructeur du pacte social républicain. 

Les gilets jaunes ne seraient-ils pas le ferment d’une nouvelle République – ils s’en réclament et chantent la marseillaise à tue-tête – et le ferment d’une toute nouvelle démocratie, à « l’horizontale » ? 

 

Interrogeons-nous. Qu’est-ce qu’est en train de dire le mouvement des gilets jaunes à notre pays et à l’Europe ?  Comment prenons-nous en compte – à tous les niveaux de responsabilité – la dignité et la « radicalité »[2]du message qu’ils nous transmettent ? 

 

Maxime Leroy (prêtre du diocèse de Lille en ACO)                 

le 3 décembre 2018



[1]On distingue naturellement les gilets jaunes et les casseurs. Des gilets jaunes toutefois peuvent devenir casseurs. Mais alors il faut se demander de quelle nature est cette société qui engendre des casseurs…

[2]Qui n’est pas à confondre avec le radicalisme ! 

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