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Le temps du Carême

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Le temps du Carême

« Dieu se rit des prières qu'on lui fait pour détourner les malheurs publics, 

quand on ne s'oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. »

Cardinal Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1904) 

 

 

Le temps de carême 

Approfondissement de la foi et de la solidarité

 

Dans une homélie prononcée à Notre-Dame de Paris, Mgr Michel Aupetit a repris un refrain souvent entendu au sujet de nos églises : « Mais il n’y a que des vieux ! » Sur ce constat, l’archevêque de Paris a fait deux remarques. D’abord il a rappelé sa rencontre avec les quelque 4000 jeunes rassemblés dans l’église St Sulpice pour dire qu’il n’y a pas que des vieux dans nos églises. Et puis il a posé cette question intrigante à l’assemblée : « Et que diriez-vous s’il n’y avait que des jeunes dans nos églises ? »

Oui, que dirions-nous si on ne voyait dans nos liturgies que des jeunes et non plus ces vieilles personnes fidèles à la foi depuis des décennies ? Ne serait-ce pas d’une certaine façon inquiétant ? On pourrait s’interroger sur la véritable valeur de ce qui est offert dans nos églises si, une fois adultes, les fidèles les quittent pour laisser la place aux jeunes, naïfs et sans expérience de vie. 

Que Dieu nous garde d’une telle Église ! Réjouissons-nous donc de toutes ces vieilles personnes qui au cours de leur longue vie n’ont pas renié leur foi, mais qui lui sont restées fidèles. Rendons grâce à Dieu pour ce témoignage et pour tous les jeunes qui se laissent interpeller par la véritable foi catholique.

« Carême » se traduit en allemand par le mot « Fastenzeit », et ce mot provient, étymologiquement, du vieux mot « fasten » qui signifie « s’attacher ». On rencontre ce vocable aussi en anglais dans l’expression « fasten your belt », par exemple.  

Faire carême signifie donc « s’attacher davantage, se laisser fortifier dans et par la foi ». Et de fait, le temps de carême, ces quarante jours de préparation à la fête de Pâques, est bien dans le calendrier liturgique un temps d’approfondissement et de ressourcement de la foi. Pour bien vivre ce temps, la tradition de l’Église se réfère depuis des siècles aux trois moyens que l’Évangile propose : la prière, le jeûne et l’aumône. 

La prière 

Elle est cette relation privilégiée entre Dieu et l’homme. Celui-ci n’est jamais si grand qu’à genoux devant Dieu, nous fait savoir le grand Pascal. Mais de nos jours, beaucoup de gens, même des chrétiens catholiques, pensent le contraire et ont perdu l’habitude de la prière régulière. Les obligations quotidiennes, le travail et le stress ne leur laissent guère de temps libre, même pas pour des moments de calme et de silence. Toujours en activité, occupé par les relations familiales ou par les loisirs, les médias ou les réseaux sociaux, par toutes sortes d’exigences de nos temps rapides, l’homme moderne peut vite oublier d’entretenir une relation explicite avec Dieu, le tout autre qui lui semble si loin. C’est pourquoi le temps de carême nous rappelle l’importance de la prière, communautaire et personnelle. Participer à la messe, le dimanche ou en semaine si c’est possible, ou à d’autres célébrations proposées par l’Église peut aider à revivifier la relation avec Dieu et se laisser davantage interpeller par son Évangile qu’Il veut nous communiquer. En outre, un moment pour la prière personnelle, en silence chez soi, peut être fixé pour redire par exemple les simples demandes du « Notre Père » tout en se montrant attentif à leur résonnance et en scrutant leur sens pour aujourd’hui. La prière est la véritable entrée dans le carême, qui se comprend comme approfondissement de la foi. 

Le jeûne 

La tradition a toujours compris le jeûne comme un soutien à la prière : moins manger, ou manger autrement, fait toujours partie du temps de carême, ou encore renoncer aux boissons alcoolisées, organiser autrement ses déplacements, prendre des résolutions et suivre une discipline pour les réaliser… sachant toutefois que l’objectif n’est pas une simple amélioration éventuelle de notre condition physique, mais surtout une régénération et un ressourcement spirituels. Jésus lui-même a jeûné quarante jours dans le désert avant de commencer son ministère auprès des gens. Et ce temps de jeûne lui a permis de mieux voir les tentations et de mieux les surmonter. Pour le temps de carême, le jeûne invite aussi à la lecture et à la méditation de la Parole de Dieu. Pourquoi ne pas reprendre en main la bible et relire un évangile, voire participer à un groupe de lecture et de partage biblique ? A celui qui voulait le tenter pour le faire tomber, Jésus a fait savoir : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (cf. Mt 4,4)

L’aumône

Reste le troisième moyen pour vivre le carême, l’aumône. Pour un catholique, l’aumône ne se réduit pas à un partage de connaissances ou de savoir-faire, ou une prière à l’intention de ceux qui sont dans le besoin, encore que tout cela puisse être fort utile de même que le fait de se décider de consacrer plus de temps que d’habitude aux autres. Mais ces engagements ne nous dispensent pas d’un partage de nos biens matériels et de dons financiers pour soutenir des œuvres contribuant à améliorer la situation matérielle et le bien-être de ceux que l’Évangile appelle nos prochains. Même si, selon notre foi catholique, nous ne sommes pas de ce monde, nous sommes pourtant maintenant en ce monde. Et en ce monde, tous doivent pouvoir vivre une vie décente. Le bien commun ne peut nous laisser indifférents, comme le rappelle avec force et conviction le pape François. Le véritable carême comme approfondissement de la foi exige donc un élargissement de la solidarité. Avec la prière et le jeûne, l’aumône comme partage des biens matériels fait partie intégrante de ce temps liturgique privilégié. Si carême signifie approfondissement de la foi et de la solidarité, alors il est une pratique de l’Évangile qui favorise un engagement à la fois contre les structures d’injustice et les politiques qui les soutiennent, et pour des structures plus justes, plus solidaires et plus pacifiques sans oublier les personnes concrètes, les femmes, les enfants, les hommes dans la souffrance. Car, comme l’avait signalé le pape Benoît XVI, « même dans la société la plus juste l’amour – caritas – sera toujours nécessaire ».  

            A nous tous, je souhaite de vivre un temps de carême qui puisse nous fortifier pour rester des témoins fidèles du Christ et de son Évangile en ce monde, aussi auprès et avec les jeunes.  

P. Jean-Jacques Flammang scj  

 

 

L’amour – caritas – sera toujours nécessaire, même dans la société la plus juste. Il n’y a aucun ordre juste de l’État qui puisse rendre superflu le service de l’amour. Celui qui veut s’affranchir de l’amour se prépare à s’affranchir de l’homme en tant qu’homme. Il y aura toujours de la souffrance, qui réclame consolation et aide. Il y aura toujours de la solitude. De même, il y aura toujours des situations de nécessité matérielle, pour lesquelles une aide est indispensable, dans le sens d’un amour concret pour le prochain. L’État qui veut pourvoir à tout, qui absorbe tout en lui, devient en définitive une instance bureaucratique qui ne peut assurer l’essentiel dont l’homme souffrant – tout homme – a besoin : le dévouement personnel plein d’amour. Nous n’avons pas besoin d’un État qui régente et domine tout, mais au contraire d’un État qui reconnaisse généreusement et qui soutienne, dans la ligne du principe de subsidiarité, les initiatives qui naissent des différentes forces sociales et qui associent spontanéité et proximité avec les hommes ayant besoin d’aide. L’Église est une de ces forces vives : en elle vit la dynamique de l’amour suscité par l’Esprit du Christ. Cet amour n’offre pas uniquement aux hommes une aide matérielle, mais également réconfort et soin de l’âme, aide souvent plus nécessaire que le soutien matériel. L’affirmation selon laquelle les structures justes rendraient superflues les œuvres de charité cache en réalité une conception matérialiste de l’homme : le préjugé selon lequel l’homme vivrait « seulement de pain » (Mt 4,4; cf. Dt 8, 3)est une conviction qui humilie l’homme et qui méconnaît précisément ce qui est le plus spécifiquement humain. (Pape Benoît XVI, Deus caritas est)

 

 

 

Dans les conditions actuelles de la société mondiale, où il y a tant d’inégalités et où sont toujours plus nombreuses les personnes marginalisées, privées des droits humains fondamentaux, le principe du bien commun devient immédiatement comme conséquence logique et inéluctable, un appel à la solidarité et à une option préférentielle pour les plus pauvres. Cette option implique de tirer les conséquences de la destination commune des biens de la terre, mais, comme j’ai essayé de l’exprimer dans l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium, elle exige de considérer avant tout l’immense dignité du pauvre à la lumière des convictions de foi les plus profondes. Il suffit de regarder la réalité pour comprendre que cette option est aujourd’hui une exigence éthique fondamentale pour la réalisation effective du bien commun. (Pape François, Laudati Si’ 

 

 

Texte repris par le site www.portstnicolas.org

 

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