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Soif - le Jésus d'Amélie Nothomb

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Soif - le Jésus d'Amélie Nothomb

 

« Soif » : c’est le titre qu’Amélie Nothomb a donné à son roman où elle nous dit ce qu’a ressenti et pensé Jésus le dernier jour de sa vie avant sa mort. Car il y a évidemment une vie après la mort, sinon comment Jésus aurait-il pu parler de sa propre mort ? Et de toute façon Jésus Nothomb nous le confirme : 
« En vérité, il n’y a pas de limites à ce qu’on appelle vivre » et d’ajouter: 
« Cela n’empêche et n’empêchera pas une importante proportion de gens d’affirmer qu’il n’y a rien après la mort. C’est une conviction qui ne me choque pas, si ce n’est par son aspect péremptoire et surtout par l’intelligence supérieure dont se targuent ses tenants. Comment s’en étonner ? Se sentir plus intelligent qu’autrui est toujours le signe d’une déficience. »

Jésus est donc bien vivant après sa condamnation et après sa mort. Condamnation où tous les miraculés ont à lui reprocher quelque chose, même les mariés de Cana ou l’officier royal. 

Ce n’est pas exactement ce qu’ont retenu les évangélistes, mais Jésus Nothomb est bien là pour les corriger. D’ailleurs ils se sont trompés assez souvent, et surtout, ils ont mal compris Jésus, le grand amoureux de Madeleine et … du désir de la soif. 

Car les paroles de Jésus Nothomb sur la croix ne concerne pas son esprit remis à son père, ni sa plainte sur l’abandon par celui-ci, ni d’ailleurs la demande de pardonner aux bourreaux, ni non plus « Voici, ta mère » ou « Voici ton fils » - ni Marie, ni Jean n’étaient présents. L’unique parole authentique de Jésus Nothomb sur la croix c’est bien celle-ci : « J’ai soif ». Et Jésus Nothomb de faire cette réflexion : «Demande stupéfiante. Personne n’y avait songé». Peut-être parce que «l’amour de Dieu, c’est l’eau qui n’étanche jamais. Plus on en boit, plus on a soif. Enfin une jouissance qui ne diminue pas le désir». 

Pour avoir cette soif, il faut avoir un corps. Ce qui manque au père. C’est pourquoi, lui est bien l’amour, mais le Christ est celui qui aime. Grande nuance pour le Jésus Nothomb qui ne semble pas fort apprécier les idées de son père et qui avait déjà compris avant la crucifixion que celui-ci l’avait abandonné. 

La relation fils-père n’est certes pas ce que Jésus Nothomb a le mieux compris ou le mieux exprimé. Il s’arrête aux herméneutiques du soupçon du XXe siècle, axées sur le père castrateur, même si le Jésus Nothomb n’emploie pas le terme. Pas de nouvelles révélations non plus sur la trinité, l’Esprit étant d’ailleurs – semble-t-il – absent : du pneumatique ne reste en français que le mot « pneu ». Et la sotériologie? Il ne faut pas rêver : « L’idée même d’une expiation répugne par son absurde sadisme » nous fait savoir Jésus Nothomb qui par contre nous apprend qu’« être Jésus, c’est peut-être cela : quelqu’un de présent pour de vrai. »

C’est là sans doute l’idée forte de Jésus Nothomb qui a de belles connaissances sur la vie après la mort, et qui nous apprend : « Si vous aimez vos morts, faites-leur confiance au point d’aimer leur silence. » Même si les défunts ont la possibilité de se rencontrer entre eux, « ils n’ont plus grand-chose à se dire ». Mais Jésus Nothomb nous rassure : « Il ne s’agit pas d’indifférence, mais d’une autre manière d’aimer. »

Jésus Nothomb nous avertit aussi que le mot foi devient "sublime à la condition d’être intransitif". Le mot croire obéit à une loi identique : 
« Croire en Dieu, croire que Dieu s’est fait homme, avoir la foi en la résurrection, cela sonne bancal. Les choses qui déplaisent à l’oreille sont celles qui déplaisent à l’esprit. Cela sonne stupide parce que ça l’est. On ne quitte pas le ras des pâquerettes, comme dans le pari de Pascal : croire en Dieu revient à miser ses jetons sur lui. Le philosophe va jusqu’à nous expliquer que quelle que soit l’issue de la tombola, on part gagnant dans cette affaire. » 

Le Jésus d'Amélie Nothomb montre une autre voie pour quitter le ras des pâquerettes : « J’ai la foi. Cette foi n’a pas d’objet. Cela ne signifie pas que je ne crois en rien… » 
Le Jésus Nothomb rejoint ici l’humanité dans son outre-modernité, mais contrairement à celle-ci, il ne l’enferme pas dans sa solitude, mais lui montre à nouveau le visage de Jésus. Et cela n’est pas le moindre mérite de ce roman qui fera sans doute du bien à pas mal de personnes en recherche de foi et d’amour.



 Jean-Jacques Flammang scj