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Les trois Léon: Léon Dehon, le pape Léon XIII, M. Léon Harmel

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Les trois Léon: Léon Dehon, le pape Léon XIII, M. Léon Harmel

 

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Série «  Les renouveaux au XIXe siècle  »

Léon Harmel précurseur oublié

par Jean Soubrier, directeur de l’Institut politique Léon Harmel

 

En complément à ce texte fort intéressant, nous donnons ici le rapport que le Père Dehon a donné de l'audiance chez le pape Léon XIII, le 22 janviwer 1897.

Le texte est des Notes Quotidiennes

22 janvier Audience

Le Saint-Père voulut bien me recevoir avec le bon Père Harmel et le Père Jules, franciscain, le 22 janvier. Monsieur Harmel fit entrer aussi Monsieur de Palomera, un homme d’œuvres, de Cognac.

Le Saint-Père nous a reçus à 11 h. 3/4. Nous étions quatre agenouillés autour de lui comme des enfants auprès de leur père. J’étais devant lui, Monsieur Harmel était à sa gauche, le Père Jules et Monsieur de Palomera à sa droite.
Le Saint-Père était bien portant. Il a toujours la même vivacité d’intelligence et le regard vif et pénétrant. Il nous témoigna une grande bonté et nous conserva trente cinq minutes auprès de lui.

Comme j’arrivais, il m’adressa la parole et me dit avec un bon sourire: «Vous faites des conférences à Rome, vous avez commencé». – «Oui, lui dis-je, j’en fais tous les quinze jours». – Il ajouta: «Sur la question sociale?». – «Oui, très Saint-Père». – «C’est très bien».

Monsieur Harmel lui parla alors des œuvres sociales, j’y reviendrai tout à l’heure.

 

Le Père Dehon; le pape Léon XIII; Monsieur Léon Harmel

 

Quand vint le moment de parler au Saint-Père de la Congrégation, il écoutait avec une grande attention. Je lui rappelai notre but intime, dévouement et réparation au Sacré Cœur, et nos œuvres extérieures qui consistent surtout dans l’apostolat populaire, missions populaires dans plusieurs diocèses, Soissons, Poitiers, Valence, œuvres du Val, Bruxelles, missions au Brésil.

Le Saint-Père écoutait avec une grande bienveillance. Il me dit alors: «C’est cela, il faut vous dévouer au peuple par la prédication et les œuvres. Et les évêques encouragent vos œuvres, n’est-ce pas?». – «Oui, très Saint-Père». – «Combien êtes-vous?». – «Environ deux cents et nous avons deux cents enfants dans nos écoles apostoliques».
– «Combien êtes-vous de prêtres?». 
– «Soixante cinq prêtres».
– «Et vous n’êtes pas tous français?».
– «Non, très Saint-Père, nous avons aussi des Allemands et des Hollandais».
– «Et des Belges?».
– «Oui, très Saint-Père, et nous avons aussi des Soeurs qui se dévouent aux mêmes œuvres».
– «C’est très bien. Avez-vous l’approbation de l’Institut?».
– «Très Saint-Père, nous avons le Bref laudatif depuis neuf ans déjà et nous espérons avoir bientôt l’approbation de l’Institut».

– «C’est très bien. Faites l’apostolat populaire, enseignez les droits de chacun, des patrons, des ouvriers. Détournez le peuple du socialisme».

– «Très Saint-Père, je vous demande de bénir toutes nos œuvres, nos religieux, nos enfants et aussi nos Soeurs».
– «Oh! N’en doutez pas, je bénis toute votre œuvre très volontiers».
Le Saint-Père accentuait fortement ces paroles et marquait sa bienveillance par un bon sourire.

Monsieur Harmel dit au Saint-Père:
– «Très Saint-Père, le mouvement démocratique chrétien, conformément à vos encycliques, fait des progrès en France. Il a ses revues, comme la Démocratie chrétienne de Lille, ses journaux, La France libre, L’Univers, etc.».
– Le Saint-Père ajouta: «Et le Peuple Français».

– Monsieur Harmel reprit: «Il a aussi ses congrès qui sont très vivants». – Le Saint-Père se tourna alors vers moi et me dit: «Vous étiez au Congrès de Lyon n’est-ce pas?».
– Je répondis: «Oui, très Saint-Père, et tout s’y est très bien passé. On a bien acclamé toutes les doctrines pontificales».
– «Et l’archevêque Monseigneur Couillé avait pris un peu peur, n’est-ce pas?».
– «Oui, reprit Monsieur Harmel, parce qu’il y a à Lyon de puissantes influences réfractaires».
Monsieur Harmel présenta alors des adresses envoyées par les Unions démocratiques ouvrières. Le Saint-Père promit de répondre à toutes.

Monsieur Harmel rappela alors l’action des prêtres dévoués au peuple: avec le Père Dehon, Monsieur Lemire, Monsieur Gayraud, Monsieur Garnier, Monsieur Naudet. 
Le Saint-Père nous dit: «Il faut une organisation et des chefs pour l’action politique et sociale. Pour l’action sociale, nous avons Harmel. Pour l’action politique, pensez-vous que Monsieur Lamy pourra réussir?...».

Monsieur Harmel parla encore du succès du congrès de Lyon, du projet de congrès démocratique régional à Marseille, que le Saint-Père bénit, et de l’utilité des congrès pour l’union des catholiques, comme le prouve le pacte conclu à Reims entre le groupe des patrons du nord et les unions démocratiques. Cette union de Reims était due surtout aux efforts d’un patron du Nord, Monsieur Legros. Le Saint-Père promit de lui donner une décoration.

On parla alors longuement du Tiers-Ordre de saint François. Le Saint-Père loua les congrès du Tiers-Ordre, son action sociale, son organisation. Il nous rappela qu’il y avait là un moyen providentiel pour lutter contre la franc-maçonnerie. Il verrait volontiers l’union des diverses branches franciscaines, c’est une question à l’étude.
Nous parlâmes alors au Saint-Père d’un discours important prononcé au congrès de Fiesole par Monseigneur Radini Tedeschi sur l’action sociale du clergé. 
Nous dîmes au Saint-Père que nous allions répandre ce discours en France et que nous espérions qu’il ferait un très grand bien parmi le clergé.
Le Saint-Père nous encouragea et ajouta: «Monseigneur Radini Tedeschi est le prélat que nous avons mis à la tête des œuvres à Rome, car l’action sociale chrétienne est organisée en Italie. Il y a un président général et des présidents provinciaux à Naples, à Palerme, à Venise, à Milan, à Rome, etc.».
Nous dîmes alors: «Très Saint-Père, si cette organisation pouvait se faire en France, cela aiderait peut-être à réaliser le bien plus vite».

Le Saint-Père réfléchit. Je vis qu’il hésitait à conseiller cette organisation pour la France, dans la crainte peut-être de n’être pas suivi. Il dit seulement: «En Italie, nous l’avons ordonnée», et il paraissait heureux du succès croissant de cette organisation.

Monsieur Harmel lui demanda alors si on ne pourrait pas reprendre les pèlerinages ouvriers. On amènerait seulement trois trains, environ 1500 ouvriers à la fois par an.
Le Saint-Père leva les bras en souriant et dit à haute voix: «Ah! Les pèlerinages ouvriers!». – Il nous faisait comprendre qu’il en avait gardé un excellent souvenir. Il ajouta: «Mais à mon âge, je ne puis plus guère leur faire de discours».
Monsieur Harmel répondit: «Mais, très Saint-Père, nos ouvriers seront quand même très heureux de vous voir».
– «Eh bien! dit le Saint-Père, qu’ils viennent me voir, je leur dirai la messe à Saint-Pierre».
Et il paraissait très content de ce projet.

Nous aurions pu prolonger encore ce délicieux entretien, mais nous avons craint de fatiguer le Saint-Père. Nous lui avons alors demandé de bénir toutes nos intentions que nous déposions par écrit sur ses genoux. J’avais inscrit avec toutes nos œuvres, ma famille, nos principaux bienfaiteurs, etc.

Le Saint-Père appuya ses mains sur ces feuilles et nous dit: «Je bénis toutes vos intentions». Puis il nous bénit tous quatre solennellement. Il nous donna encore ses mains et ses pieds à baiser, et comme nous partions, il nous dit: «Allez, il faut sauver la France, cette nation nous est très chère».

Nous l’avons quitté bien émus et bien heureux après trente cinq minutes d’audience.
Fin janvier, Monseigneur Della Chiesa dîne chez nous avec Monsieur Harmel et le Père Jules.

 

 

 

 

 

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