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Vivat Cor Jesu et SCJ - Explications

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Vivat Cor Jesu et SCJ - Explications

 

Mme Bernadette Claus, directrice de la "Bibliothèque dehonienne", nous a communiqué cet article sur la salutation Vivat Cor Jesu et sur le sigle SCJ, typiques de la Congrégation des Prêtres du Sacré-Coeur de Jésus. L'article du Père Vassena a paru dans la revue Dehoniana

 

 

Dehoniana : 8(1979)1-42 : pp. 20-23

 

 

 

PETITE HISTOIRE DU « VIVAT COR JESU PER COR MARIAE »

et du sigle S.C.J.

 

 

P. Angelo Vassena, scj (Aut)

 

 

Les lettres de nos premiers Pères, aux Archives Dehoniennes, sont bien intéressantes, soit pour l’histoire des débuts de la Congrégation, soit pour la connaissance de leur spiritualité et de la manière dont ils ont reçu le charisme du P. Fondateur.

Le Vivat Cor Jesu per Cor Mariae n’a pas été le premier salut en usage dans la Congrégation, ni le sigle S.C.J. le premier sigle officiel.

J’essaierai ici de retracer brièvement l’histoire de l’un et de l’autre, espérant ainsi rendre quelque service.

 

A) Le premier salut en usage en 1881 semble avoir été le suivant : Cor Jesu suavissimum et l’on y ajoutait parfois amor noster. Ainsi du moins dans les lettres du P. Paris à son ami, le P. Falleur, cette année-là. Le P. Paris était étudiant à Lille tandis que le P. Falleur était économe de Saint-Jean comme de la Congrégation (cf. AD., B. 19/4-3).

Le P. Philippot (sorti de l’Institut en mai 1885), dans ses lettres de 1881, met lui aussi comme en-tête : Cor Jesu suavissimum, amor noster ! (cf. AD., B. 19/4-5).

Le P. François-Xavier Lamour, écrivant de Sittard en 1883 (où il était maître des novices) au P. Falleur, commence ses lettres par Vivat vivat Cor Jesu. La maison de Sittard s’appelait : Noviciat de Watersleyde Saint-Jean du Cœur de Jésus et le P. Lamour fut le premier Maître des novices après le Fondateur (cf. AD., B. 19/4-7 et B. 37/1-H).

Le P. Falleur encore, écrivant en 1883 au P. Captier (?), commence sa lettre par Vivat vivat Cor Jesu et il ajoute Cor ejus mysticum (cf. AD., B. 19/4-6). Par contre le P. Patrice Boulanger (sorti de la Congrégation le 1er août 1888), économe à l’École Angélique Saint-Clément de Fayet, quand le P. Captier était recteur, la même année                 1883, écrit d’abord en tête de ses lettres : Vivat Cor Jesu, puis Vivat Cor Jesu in corde nostro unice ! (cf. AD., B. 19/4-8).

Dans la seconde moitié de la même année 1883, le salut Vivat Cor Jesu in corde nostro unice se retrouve au début des lettres que le P. Jacques Herr écrit au P. Falleur (cf. AD., B. 19/4-10), de celle que le P. Pierre Bertrand envoie de Sittard au même P. Falleur (cf. AD., B. 19/4-11).

Le P. Thaddée Captier (écarté de la Congrégation en janvier 1884 en exécution des dispositions du Saint-Office), envoie vers la fin de 1883 au P. Falleur un billet qui commence par Vivat Cor Jesu, mais sans per Cor Mariae. Mais quand, après son départ de Fayet, il écrit aux élèves, il commence toujours ses lettres par Vive le Cœur de Jésus. Vive la bonne Maman, Vive le bon papa Saint-Joseph (cf. AD., B. 19/4-4). Ce qui fait supposer que, recteur de l’École Angélique, il usait de cette formule pour saluer les gamins de velours, comme on appelait alors les « apostoliques », d’après l’étoffe dont était confectionné leur uniforme.

Le 24 janvier 1884, le P. Lamour écrit de Sittard, où il était Maître des novices, une longue lettre et il la commence par cette invocation : Vivat Cor Jesu mysticum per Cor Mariae. En mai de la même année, cependant, il modifiera la formule en Vivat Cor Jesu per Cor Mariae dolorosissimum et Joseph. Dans la suite, il laissera tomber aussi l’adjectif « dolorosissimum » et s’en tiendra à Vivat Cor Jesu per Cor Mariae et Joseph (cf. AD., B. 19/4-7).

Le premier Vivat Cor Jesu per Cor Mariae sans aucune adjonction se trouve au début de la lettre que le P. Paris écrit à son ami le P. Falleur de Lille le 12 novembre 1884 (cf. AD., B. 19/4-3).

Bref, de la documentation citée, on peut conclure que c’est en 1884 que nos premiers Pères sont arrivés, après un cheminement relativement long, à l’actuelle formule officielle Vivat Cor Jesu per Cor Mariae. Et voici comment, en juin de cette année-là, l’explique le P. Lamour :

1) Le Cœur de Jésus veut vivre en nous et c’est ce que nous demandons à chaque instant pour correspondre à son désir. - Vivat Cor Jesu ! - C’est la vie de charité.

2) Mais pour reconnaître qu’il a tiré son Cœur de sa Mère, et que c’est par sa Mère qu’il veut le communiquer, nous ajoutons per Cor Mariae. C’est-à-dire que Marie est le moule vivant et divin : forma Dei, dans lequel il faut jeter tout : pensées, paroles, actions, puissances et facultés de notre être afin qu’elle unisse tout au Cœur de son divin Fils qui est la source de la vie, comme le Cœur de Marie en est le puits, le canal, le médiateur et l’organe (cf. AD., B. 19/4-7).

 

B) Quelle était, à ce sujet, la pensée du P. Dehon ? Il est difficile de le dire. En tête des lettres écrites par lui en cette année-là et que nous possédons encore, il n’y a aucune invocation. On en trouve par contre quelques-unes çà et là en fin de lettre comme salut final. En voici quelques exemples :

a)                 Dans les années 1880-1882, le P. Dehon termine souvent ses lettres avec un tout vôtre (auquel il ajoute parfois dévoué) in Corde Jesu (cf. C., 1875-1891 - IV cahier, pp. 320-348).

b)                 Le Vivat Cor Jesu (mais sans per Cor Mariae) se trouve pour la première fois en conclusion de la lettre, non datée, que le P. Dehon écrit à Sœur Marie du Cœur de Jésus (la « Chère Mère »), fondatrice des Servantes du Cœur de Jésus, en rentrant à Saint-Quentin de Reims où il était allé exposer à Mgr Langénieux le but de la Congrégation et demander un jugement qualifié sur les écrits de Sœur Marie de Saint-Ignace et du P. Captier (cf. C., 1875-1891 - IV Cahier, p. 344). Par ailleurs, nous savons que le P. Dehon se rendit à Reims entre le 10 et le 13 décembre de cette année-là (cf. AD., B. 21/3 - lettre de Mgr Langénieux au P. Dehon datée du 7 décembre 1882 ; et B. 17/6 - lettre de Mgr Gay au P. Dehon, du 12 décembre 1882). Ainsi la lettre du P. Dehon, avec le premier Vivat Cor Jesu doit avoir été écrite le 14 ou le 15 décembre 1882.

c)                 Déjà auparavant, cependant, en cette même année 1882, la ‘Chère Mère’ avait écrit au P. Dehon quelques lettres qui commençaient par un Vivat, vivat Cor Jesu. L’une d’entre elles s’ouvrait même sur un Vivat, vivat Cor Jesu, in nostro corde unice (cf. AD., B. 17/6). Et cette dernière invocation se trouve deux fois aussi dans les lettres du P. Dehon, sans pourtant le redoublement du Vivat. La première fois, c’est dans la lettre que le P. Dehon écrit le 3 septembre à la ‘Chère Mère’ (cf. AD., C. 1875-1891 - IV cahier p. 352). La seconde est envoyée le 29 octobre 1884 au P. Falleur, supérieur de Fayet, pour le transférer à la Maison du Sacré-Cœur de Saint-Quentin (cf. C. 1875-1891 - IV cahier, p. 369).

d)                 Ce n’est qu’à partir de 1884, après le ‘Consummatum est’ donc, que le P. Dehon se sert d’invocations, en écrivant à nos premiers Pères, et toujours en fin de lettre, comme salut spirituel.

Ces invocations sont toutes centrées sur le Cœur de Jésus. En voici quelques-unes, écrites pour la plupart entre janvier et avril de cette douloureuse année :

-  Vivat Cor Jesu mysticum per Cor Mariae dolorosissimum (cf. C. 1875-1891 - IV cahier, p. 361). 

-  Vivat Cor Jesu, vinculum unitatis (ibid., p. 363). 

-  Vivat Cor Jesu (avec son amour et sa croix) in corde nostro (ibid., p. 364).

-  Benedicat vos Cor Jesu (ibid., pp. 365 et 367).

-  Que le Cœur de Jésus vous bénisse (ibid., p. 366). 

-  Vivat, vivat semper Cor Jesu (ibid., p. 366). 

-  Vivat Cor Jesu in corde nostro unice (ibid., p. 369). 

-  Je vous bénis in Corde Jesu (ibid., p. 370). 

-   

C) Dans les années 1885-1886, la formule Vivat Cor Jesu per Cor Mariae doit l’avoir emporté sur toutes les autres invocations jusqu’alors usitées et doit être devenue commune à tous les Pères. Des rares lettres qui nous soient restées du P. Dehon et des autres Pères, il n’est guère possible de fournir à ce sujet une documentation précise ; mais il est assez significatif que dans les lettres des PP. Prévot et Charcosset (tous deux entrés dans les années 1884-1885), on trouve toujours, au début, le sigle V.C.J. (cf. AD., B. 35/8 et B. 21/7).

Plus frappante en revanche est la documentation que nous offre le troisième cahier des « Notes Quotidiennes », commencé le 28 janvier 1886. De fait, à la page 4 et à la page 5, le P. Dehon conclut ses notes des 12 et 16 février avec un vibrant Vivat Cor Jesu per Cor Mariae.

Il ne faut donc pas s’étonner si, le 24 décembre 1886, Mgr Thibaudier, en qualité d’Évêque de Soissons et de Supérieur de la Congrégation, accueillant la requête du P. Dehon, approuve la formule Vivat Cor Jesu per Cor Mariae et l’étend à tout l’Institut comme invocation propre (cf. AD., B. 21/3).

 

D) Enfin, une simple remarque sur le sigle officiel S.C.J. (Sacerdotum Cordis Jesu) qui se trouve dans l’Annuaire Pontifical, et qui souvent vient s’ajouter à nos noms et prénoms pour nous distinguer des autres religieux.

Dans les documents que nous possédons, le sigle apparaît pour la première fois dans la lettre que le P. Dehon écrit, le 4 septembre 1879, à Sœur Marie du Cœur de Jésus (la « Chère Mère »), sous la forme suivante : O.C.J. - Oblatus Cordi Jesu - soit Oblat au Cœur de Jésus. Dans cette lettre, en effet, le P. Dehon ajoute, sous sa signature Jean du Cœur de Jésus, le sigle O.C.J. (cf. AD., B. 19/1).

Le même sigle se retrouve dans la recommandation pour une neuvaine de pénitence faite par le P. Dehon, le 19 janvier 1880, à la Communauté du Sacré-Cœur (cf. C., 1875-1891 - IV cahier, p. 326).

Il est aussi prouvé que, dans les années 1880-1882, les P. Joseph Paris, Stanislas Falleur, Paul Philippot, Félix Riedmüller et Jacques Herr ajoutaient à leur signature le sigle O.C.J. (cf. AD., B. 19/4 et B. 16/7).

Les lettres du P. Patrice Boulanger et du P. Stanislas Falleur portent cette petite variante : s.r. O.C.J. qui signifie sacerdos religiosus Oblatus Cordi Jesu (cf. AD., B. 19/4-8 et B. 16/7).

À cette unanimité fait exception le P. Thaddée Captier, qui se donnait comme fondateur alors qu’il n’était entré chez nous qu’en novembre 1880. Dans ses lettres de 1882 et 1883, il met sous sa signature le sigle : O.S.C.J., soit Ordo Sacratissimi Cordis Jesu (cf. AD., B. 19/4-4). On sait que le P. Captier s’était mis en tête de fonder un Grand Ordre du Sacré-Cœur qui engloberait tous les autres Instituts similaires. Cette utopie exaltante explique assez bien le choix de ce sigle.

Après le « Consummatum est », le nom de la Congrégation fut changé : non plus « Oblats du Sacré-Cœur », mais « Prêtres du Sacré-Cœur ». Il était donc nécessaire de changer de sigle et le P. Charcosset, dans ses lettres de 1886, met sous sa signature le sigle « pr. du S.C. » soit « prêtre du Sacré-Cœur » (cf. AD., B. 21/7-a). Il est clair que ce n’était là qu’un sigle de transition. De fait, comme on peut le constater dans la Semaine Religieuse de Soissons et de Laon, dans les années 1890, fut adopté le sigle actuel reconnu par le Saint-Siège.

Abréviations :

AD. =Archives Dehoniennes

B. = Boîte

C. = Correspondance