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HISTORIQUE

 

PROCHES DES PLUS PETITS : LES PRÊTRES DU SACRE CŒUR A DOMOIS

 

A la demande de l’évêque de Dijon, un jeune prêtre de 30 ans, l’abbé Jean François Chanlon, soucieux de la misère des jeunes enfants de Dijon, ouvre le 23 avril 1880, à Domois, petite localité de la Côte d’Or, un orphelinat. Les enfants devront pouvoir y être soignés et apprendre un métier pour prendre leur place dans la société. L’abbé construit de ses mains avec l’aide d’amis et de bienfaiteurs tout un ensemble de bâtiments et met en place l’essentiel des infrastructures.

En 1901, l’abbé Chanlon donne l’hospitalité à plusieurs grands séminaristes des Prêtres du Sacré Cœur, qui suivaient des cours à l’université de Dijon. Parmi eux le futur père Paul Roblot. En contre parti, le père Dehon aide le chanoine Chanlon dans l’administration de l’orphelinat en lui envoyant deux de ces religieux, les pères Morel et Gaborit pour l’assister dans des fonctions de direction.

En 1921, sentant ses forces décliner, l’abbé Chanlon fait appel au père Dehon à qui il reconnaît « un sens social averti » pour que les prêtres du Sacré Cœur poursuivent son œuvre.

C’est ainsi qu’en octobre 1921, le père Dehon envoi un de ses religieux, le père Ignace Devrainne assisté des pères Aubert et Humbert, prendre en charge l’oeuvre de Domois. Il transfert dans le même temps l’école des vocations tardives Saint François Xavier, fondée à Frésignies par les pères du Sacré Cœur Jacquemin et Falleur, dans un des bâtiments de Domois.

La douzaine d’élèves de l’école de vocations tardives, pour la plupart « anciens poilus », tout en continuant leurs études, vont assurer les surveillances et participer, deux jours par semaine, à la remise en état des bâtiments durement éprouvés par les conséquences de la guerre.

Au fil des ans, les prêtres du Sacré Cœur vont ainsi planter de profondes racines dans cette région. Ils se font remarquer par leur attention à une jeunesse particulièrement pauvre mais aussi par leur souci de formation pour que les jeunes puissent accéder à un vrai métier accompagné d’une formation spirituelle solide qui les prépare à prendre leurs places de citoyens et de chrétiens dans la société.

Les prêtres du Sacré Cœur se font ainsi connaître comme les dignes héritiers de l’apôtre social que fut le père Dehon. En même temps, par leur proximité avec les plus petits, ils sont reconnus comme les disciples de ce Dieu qui, par amour, a pris un cœur de chair en venant parmi nous…

En 1971, l’œuvre des Prêtres du Sacré Cœur, initiée par de l’abbé Chanlon, passe entre les mains de la Direction Départementale de l’Action Sanitaire et Social en devenant un Institut Médico-Educatif (IME) … Signe des temps sans doute, mais l’intuition initiale se poursuit puisque ce sont des enfants parmi les plus pauvres qui sont encore aujourd’hui accueillis en ces lieux.

 

LES RESPONSABLES DE LA MAISON DE DOMOIS

 
Père Ignace Devrainne (10 sept 1922 – 30 avril 1926)

Père Léon Pergent (12 août 1926 – 13 juin 1932)

Père Jean Beck (13 juin 1932 – 21 octobre 1937)

Père Léon Pergent (21 octobre 1937 – 24 octobre 1940, puis administrateur jusqu’au 27 mai 42)

 Père Paul Roblot (27 mai 1942 – 6 juillet 1943)

Père Adolphe Helleringer (6 juillet 1943 – 20 novembre 1946)

Père Gaston Masson (20 novembre 1946 – 10 janvier 48)

Père Jean Vai (10 janvier 1948 – 26 juillet 1955)

Père Gabriel Jacquemin (26 juillet 1955 – 1 janvier 1961)

Père Ernest Le Berre (1 janvier 1961 – 15 août 1968)

Père Fernad Glasser (15 août 1968 – 1 avril 1973)

Père Rodolphe Buhecker (Administrateur, 1 avril 1973 – 15 juillet 1995)

 

Alors que les prêtres du Sacré Cœur s’éloignaient de Domois, d’autres religieux du Sacré Cœur engageaient, dans ce même diocèse, une nouvelle aventure missionnaire digne du père Dehon. Il s’agissait, en effet, « d’aller au peuple » en allant partager la condition des ouvriers du rural et témoigner par là, de la tendresse du Dieu fait homme parmi une population des plus modestes.

  

HOMMES PARMI LES HOMMES

UNE  HISTOIRE  VECUE  DANS  LA  DUREE

En 1972, les pères Jean-Jacques Ragon et Yves-Bernard Hablizig quittent avec le frère Jean Duthilleul, la communauté de Domois pour fonder une fraternité à Aubigny-en-Plaine, à 25 Km. de là. Les pères Ragon et Hablizig prennent la responsabilité du secteur paroissial (12 villages), et la pastorale des jeunes en monde rural. Jean Duthilleul s’embauche comme menuisier dans une usine du coin.

En 1973, avec l’accord du père Decourtray, évêque, Bernard Gourier, prêtre diocésain, vient partager la vie de la fraternité.

En 1975, le père Leclerc, supérieur provincial, demande à la communauté d’accueillir Jean Claude Collin qui travaille à la Ville de Beaune comme horticulteur, pour parfaire son noviciat. Jean Claude. A son terme, il prononcera ses vœux temporaires puis définitifs et restera à la communauté.

Chacun est engagé soit dans le Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne (M.R.J.C.) soit dans la mouvement Chrétiens dans le Monde rural (C.M.R.).

En 198O, Bernard s’embauche, avec l’accord de l’évêque, comme chauffeur de bus scolaire. Jean est licencié économique. S’ouvre alors pour lui, une période faite de chômage, de formations, de recherches d’emploi, de licenciements pour finalement entrer comme électricien dans une grosse entreprise d’électricité industrielle qui l’envoie travailler en grands déplacements.

Ce partage de la condition ouvrière en milieu rural, dans ce qu’elle a de plus rude, ce souci de témoigner de la tendresse de Dieu au cœur de la vie des hommes, va conduire, en 1982, Bernard, Jean et Jean Claude à s’installer en plein cœur du Morvan, à Lacanche.

Ce choix, y compris par le diocèse n’était pas neutre. Le village vivait douloureusement la fermeture de sa seule usine. 273 personnes sur les 850 étaient licenciées après plusieurs mois de grève et de luttes. La pauvreté s’était aggravée fortement : 33% de la population était au chômage.

Pour une plus grande proximité, la fraternité fait le choix d’habiter dans une H.L.M. et non dans le presbytère du village. Tout en demeurant prêtre ouvrier, Bernard est d’abord nommé vicaire de la paroisse puis, en 1986, responsable du secteur avec ses 10 paroisses.

En 1988, le père Léon Hilger rejoint la fraternité où il fait le choix de résider tout en prenant la charge de la paroisse d’Arnay-le-Duc avec un secteur comprenant également 10 autres villages.

En 1995, le frère Antoine Atzenhoffer quitte à son tour, la maison de Dômois et vient rejoindre la fraternité alors que le père Léon Hilger est appelé comme supérieur de la maison de retraite des prêtres du Sacré-Cœur à Mougins (06). Il sera remplacé par le père Bernard Radin qui devra se retirer au bout de 3 ans pour raison de santé.

AUJOURD’HUI  COMME  HIER

 
Outre l’habitat et les revenus, la fraternité partage la condition ouvrière des populations rurales ; Hier Jean ne travaillait qu’en grands déplacements partant le dimanche soir pour ne revenir que le vendredi en soirée. Jean Claude allait travailler à Beaune, à quelques 30 Km comme beaucoup du village.

Lorsque l’âge de la retraite arrive, les engagements professionnels s’arrêtent mais le compagnonnage sur la route des hommes demeure pour y servir la croissance de l’humain en y décelant les traces de l’Esprit à l’œuvre. Ainsi malgré les faiblesses qu’apportent l’âge et la maladie, la fraternité témoigne que Dieu nous aime au plus profond de notre condition humaine et qu’il continue à se faire « Dieu parmi les hommes »

 
A la suite de Jésus

Disciples de Jésus : c’est lui notre maître, notre modèle, notre ami. C’est à lui que nous avons donné notre vie. C’est lui que nous voulons aimer, imiter et servir.

En s’incarnant, il s’est inséré dans un peuple, dans un village .On l’appelait « le nazaréen ». Il a vécu là pendant une trentaine d’années, travaillant de ses mains.

Il a dit qu’il était venu non pas pour être servi, mais pour servir. Comme un serviteur, il a lavé les pieds de ses apôtres.

Il a mis au premier plan la dignité de l’homme qui passe avant l’argent, avant même la religion : « l’homme est plus important que le sabbat ».

Il a voulu rendre à l’homme toute sa dignité : le lépreux guéri, il l’envoie se montrer au prêtre pour qu’il soit réintégré dans la société.

Par ses paroles et ses gestes et toute sa vie, il a voulu révéler au monde l’amour et la miséricorde d’un Dieu-père qui chérit tous ses enfants, spécialement les petits, les faibles, les malheureux, les étrangers, les malades, les prodigues, les pécheurs.

Il est allé jusqu’au bout de son engagement, par amour de son père, et de la multitude : « père, je remets mon âme entre tes mains »

Toute sa vie était prière. Il a appris à ses disciples à prier …Le jeudi saint, il a fait l’eucharistie avec ses apôtres leur recommandant de faire ce geste « en mémoire de Lui »...

A la suite du Père Dehon

Disciples du père Dehon, c’est à sa suite, à sa manière que nous avons engagé notre vie de religieux dans l’esprit de la « Rêgle de Vie » (RdV) des prêtres du sacré Cœur.

Cette adhésion au Christ, caractérisée par une extrême attention aux hommes, en particulier aux plus démunis, s’exprime et se concentre dans le sacrifice eucharistique, de sorte que toute vie devienne une messe perpétuelle » RdV.5

Par sa solidarité avec les hommes, Jésus a révélé l’amour de Dieu et amorcé  le royaume : ce monde nouveau qui est déjà en germe à travers les efforts des hommes. RdV 10

Partageant nos joies et nos peines, le christ s’est identifié aux petits et aux pauvres, à qui il annonce la « bonne nouvelle ». A sa suite nous devons vivre dans une solidarité effective avec ces hommes. RdV 28

Nous avons mission de témoigner de l’amour du Christ dans un monde en recherche d’unité difficile, et de relations nouvelles entre les personnes et les groupes. RdV 43

Nous nous rendons attentifs à ce que l’Esprit nous suggère par la parole de Dieu reçue dans l’Eglise, et par les évènements de la vie. RdV 57

Des choix significatifs :

Le choix du travail manuel salarié : c’est le choix qu’a fait Jean en quittant Dômois pour la fraternité d’Aubigny. C’est le choix de Jean Claude dès le début de sa vie religieuse. C’est celui d’Antoine, cuisinier ;.celui de Bernard, chauffeur scolaire... Ce choix implique d’accepter des conditions de travail souvent dures, le licenciement, le chômage, la recherche d’un emploi…mais sur ces chemins nous y avons trouvé la camaraderie et l’amitié, la solidarité et l’entraide, l’équilibre et l’épanouissement humain et spirituel.

Le choix de partager la vie du peuple ouvrier : nous voulons « être-avec », partager la vie et le destin des locataires de notre H.L.M, de lutter pour plus de dignité, d’être solidaires dans les difficultés, mettre en commun nos ressources et nos compétences…

Le choix de l’attention aux plus démunis : c’est ainsi qu’Antoine est devenu « bénévole » aux restaurants du cœur de notre canton, que l’un d’entre nous participe au CCAS (centre communal d’action sociale), que Bernard, après avoir été responsable de la pastorale des migrants continue de soutenir des migrants dans une communauté d’Emmaüs (cours de Français Langue Etrangère)

Choix d’insertion dans la vie collective : il va de soi que la solidarité avec le monde ouvrier se traduit par la participation à un syndicat. Nous participons aussi aux rencontres et aux manifestations locales … Nous avons notre place au CCAS ; avec les retraités du village, nous nous retrouvons au club des anciens pour taper le carton et boire le canon, nous allons aussi aux « cercles de silence » à Dijon, tous les 2èmes mardis du mois. Des échanges se font autour des jardins, du club d’informatique…Peu à peu, nous sommes devenus des « lacanchois » comme Jésus a été « nazaréen »

Notre fraternité ressemble à un arbre. Le tronc, c’est notre fraternité religieuse. Nos racines, ce sont les Ecritures, nos traditions religieuses et notre vie sacramentelle. Les feuilles sont toutes nos relations. Comme le tronc d’un arbre, notre fraternité ne peut vivre que si elle favorise la vie qu’elle puise dans ses racines et que si elle vit en retour de cette vie que lui apportent les feuilles.

C’est de cette actualité de la vie religieuse pour le monde d’aujourd’hui, que témoignait le journal paroissial distribué dans toutes les maisons du canton. C’est aussi ce que soulignait notre évêque, Mgr. Minnerath après la lecture de nos « Récits se vie »

Témoins d’une Eglise missionnaire :

Dans un service local : La vie religieuse est rendue visible dans l’Eglise du secteur par la présence de la fraternité au « comité paroissial » et au « conseil pastoral du doyenné », par le soutien  aux équipes locales de liturgie, par sa présence active aux efforts missionnaires qui se vivent dans le doyenné : Comité Catholique contre la Faim et le Développement (CCFD), soirées d’échange et de partage …

Dans un service diocésain : Les frères participent aux rencontres de la vie religieuse dans le diocèse. Ils soutiennent l’action catholique rurale et sont membres actifs, depuis près de 30 ans, de l’équipe diocésaine de la Mission De France(MDF

Un certain visage d’Eglise : Nous sommes les « ministres des chaises vides », de ceux qui ne viennent pas dans nos églises. Les gens disent leur joie de notre proximité, de nos contacts personnels, de notre respect du monde du travail, de notre attention aux « petits » qui n’intéressent personne…C’est le regard de Jésus que nous essayons de porter au quotidien sur ceux qui sont sans intérêt et ceux qui sont marqués par mille misères.

C’est ce visage d’Eglise qu’ont bien traduit les responsables du journal paroissial qui écrivaient à notre sujet « quand on pense aux religieux, on a presque toujours la tentation de les situer par rapport aux services à rendre à la communauté chrétienne, or, ce n’est pas du tout la vocation des religieuses et des religieux de vie apostolique. Un religieux est un chrétien qui vit en communauté, avec d’autres frères. Il participe à la messe, à la liturgie, aux activités paroissiales comme tous les chrétiens. Il n’a habituellement aucun ministère…Il est envoyé par l’évêque, en accord avec les responsables de sa congrégation, dans un lieu où l’Eglise veut manifester un signe de sa présence. Il exerce un métier, il prend des engagements sociaux, culturels, caritatifs ou humanitaires, comme tout chrétien et tout homme est appelé à le faire. Il a pour mission d’être là où il a été envoyé, dans son lieu de vie et son lieu de travail, un signe de l’amour de Dieu pour tous, un témoignage de la présence du Royaume en œuvre (et c’est la mission même de l’Eglise)….Il témoigne d’une vie toute entière engagée au service de Dieu et des hommes : c’est le sens de ses vœux….Certes, tout cela ne se repère pas d’un coup d’œil superficiel. C’est par un long compagnonnage, un long enracinement, une présence humble et discrète que germe le Royaume qui ressemble à une petite graine destinée à devenir un grand arbre dans lequel nicheront les oiseaux du ciel. »

 

voir aussi les Récits de vie des Fraternités en classe ouvrière