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In memoriam P. Félicien Le Douaron et P. Paul Mortier

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In memoriam P. Félicien Le Douaron et P. Paul Mortier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En souvenir de nos chers confrères décédés


 

P. Paul Mortier, décédé le 16 novembre 2013, à Mougins

né le 2 février 1926

première profession religieuse, le 29 septembre 1944

ordination sacerdotale, le 10 mars 1951

 

 

 

Homélie prononcée le jour des funérailles

 Où se trouve le vrai bonheur ? Les premières paroles de Jésus répondent à cette question fondamentale de notre vie. Nous venons de les entendre. Nous les appelons « les béatitudes ». C’est une « bouffée d’air du ciel » qui nous laisse les pieds bien sur terre. Loin d’être un refuge ou une échappatoire, la vie avec Dieu en Eglise est une communion qui nous engage ici et maintenant. C’est ce que le Père Paul Mortier a essayé de vivre.

Il était né à Paimboeuf en Loire Atlantique en 1926 d’une famille de 12 enfants. Dès l’âge de 11 ans il est venu au petit séminaire des Prêtres du Sacré-Cœur à Viry-Chatillon, dans l’Essonne, où il a poursuivi ses études jusqu’au baccalauréat. De 1943 à 1944 il a fait son noviciat à Busséol, dans le Puy-de-Dôme et y a prononcé sa première profession religieuse. Il a été ordonné prêtre en 1951. Après son ordination, il a poursuivi ses études. Très vite il a reçu la mission d’enseigner la philosophie dans notre grand séminaire à Lyon, où il a été mon professeur de 54 à 55. Dans la décennie qui s’en est suivie, les temps ont profondément changé avec les turbulences culturelles. Paul lui-aussi y a cherché sa voie.

En 1972, avec le Père René Marcoux, tous deux, au nom de la Province des Prêtres du Sacré-Cœur, ont acheté la maison de Mougins, en particulier pour accueillir nos missionnaires qui revenaient du Cameroun et du Congo. Il en est devenu le supérieur religieux. Il s’est investi très fort dans la vie du diocèse, où il a reçu des missions nombreuses et variées. Son charisme a été l’accompagnement spirituel. Il est devenu aumônier des Equipes Notre-Dame, accompagnateur spirituel de « Foi et Lumière », de la Fraternité Carmélitaine de Notre-Dame de Cagnes-sur-Mer, prêtre au Foyer de Charité à Roquefort-les-Pins, aumônier à la Maison d’Arrêt de Grasse. Il a été élu 2 fois au Conseil Presbytéral du diocèse de Nice pour représenter la vie consacrée. Il a terminé ses missions comme aumônier du Carmel à Carros.

Il me semble que, parmi les béatitudes qu’il a vécues intensément, il y en a deux, à savoir « heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés » et «  heureux les miséricordieux ils obtiendront miséricorde ». Voilà, Paul, très humblement, quelques traits de ton parcours de vie ! Tu as fini ta vie dans la maison que tu avais eu mission d’acheter. Tu y es revenu en mars 2011. Paul, nous prions pour que tu trouves la paix du cœur et la joie de vivre en communion avec Celui à qui tu as donné ta vie.

 

Les Pères Léon HILGER et Jean BIONDARO,

Prêtres du Sacré-Cœur et confrères du Père Paul Mortier

à la Maison de Retraite Jean Dehon. 

 

*  *  *  *  *

 

 

 

P. Félicien Le Douaron, décédé le 24 octobre 2013 à Dauendorf

né le 20 janvier 1929

première profession, le 29 septembre 1948

ordination sacerdotale, le 29 juin 1956

 

 

A l’occasion des funérailles du Père Le Douaron le Père Jean Dubray nous a fait parvenir ce message :  

 

Le p. Félicien Le Douaron vient donc de nous quitter. Les dernières nouvelles concernant sa santé n’étaient, il est vrai guère rassurantes et ne laissaient augurer rien de bon. Toutefois, quelles que soient les précautions prises et les parades élaborées, l’événement nous atteint dans sa brutalité. Sans verser dans l’idéalisation excessive, le p. Félicien a toujours personnifié à mes yeux le modèle même de « l’âme pure ». Si la pureté peut, selon l’expression du philosophe B. H. Lévy, se révéler parfois dangereuse, elle se montra chez lui au contraire, contagieuse et féconde. Refusant les faux-semblants et les postures accommodantes, dégagé, par ailleurs, des compromissions, étranger à la flagornerie, inaccessible à toute ambition cléricale, il pouvait parfois pousser le culte de la franchise jusqu’à l’intransigeance.

Il fut dans les années 1951-52, à son retour du service militaire, effectué comme officier notre professeur d’allemand en classe de seconde et de première. A ce grammairien rigoureux, amoureux de la littérature et de l’art allemands je dois personnellement une connaissance correcte de la langue, une ouverture à la culture germanique et une prononciation qu’il voulait à ce point impeccable qu’elle amuse et ravit encore de nos jours les confrères allemands.

Plus tard (1954) je retrouvai au scolasticat de Lyon mon ancien professeur, devenu un de nos confrères. Sa liberté de ton, l’acuité de son jugement, ses exigences critiques en face de ses maîtres tranchaient, à l’époque, avec le conformisme ambiant et effrayaient les esprits timides que nous étions. Quand il devint étudiant de théologie à la faculté catholique de Lyon, réputée alors pour ses prestigieux exégètes, son exemple et sa conduite inspirèrent beaucoup mon propre comportement quand, quelques années plus tard, je fus appelé à suivre ses traces. Après les années de formation lyonnaise, je le retrouvai professeur de langues vivantes et préfet de discipline à St Clément de Viry-Châtillon où je faisais moi-même mes premiers pas de jeune enseignant. Félicien, en dépit des responsabilités écrasantes qui pesaient sur ses épaules, avait réussi à s’inscrire dans un cursus universitaire, passant d’abord une licence d’allemand, puis une d’anglais. A posteriori, on se demande comment il a pu mener de front toutes ces tâches, infligeant ainsi implicitement une formidable leçon à ceux qui, au même moment, se plaignaient de manquer de temps pour se former, alors qu’ils disposaient de loisirs plus importants et ignoraient les contraintes que nous subissions. Il nous a fait partager cet idéal et ces valeurs, quand en compagnie de Léon Robert, de J. M. Leclerc, J. Cayrac et de plusieurs scolastiques stagiaires nous décidâmes, à notre tour d’acquérir une formation universitaire, exigence minimale et justice élémentaire à l’égard des élèves que nous avions pour mission d’enseigner et d’éduquer. Je passerai sous silence les circonstances et les péripéties qui présidèrent au départ – involontaire – de Félicien pour le Nord de la France, afin d’épargner certaines mémoires et d’éviter la résurgence de souvenirs douloureux. Toujours est-il que ce départ désorganisa complètement une jeune équipe pédagogique en voie de formation et engagea l’institution que nous animions, vers une fermeture prévisible. Les petits séminaires français, alors en pleine crise, avaient besoin d’un véritable aggiornamento et nous l’abordions en position de faiblesse…

Nos destinées se séparèrent à ce moment-là. Après avoir exercé diverses responsabilités, Félicien opta finalement pour un ministère pastoral au Cameroun où j’eus la joie de le rencontrer lors d’un voyage en l’an 2000. Je le retrouvai en 2008 à la communauté de la rue St Maur et c’est là que germa le projet un peu fou, de concert avec le P. Provincial allemand, H. Wilmer, un ami de longue date, de traduire la thèse de ce dernier, consacrée au philosophe M. Blondel et qui avait obtenu la plus haute mention à la faculté de Freiburg–in–B, en 1991. Le P. Masson (op.) directeur, au CERF, de la collection Cogitatio Fidei, se déclara vivement intéressé et donna immédiatement son accord. Nous nous tournâmes alors vers Félicien qui, après quelques hésitations, accepta la proposition. Il se mit aussitôt au travail avec sa rigueur et son sérieux habituels, livrant, après plusieurs mois, un texte d’une exactitude littérale parfaite, tout en me laissant le soin de formuler plus littérairement la pensée de l’auteur. Ce fut, finalement, son « chant du cygne » et la fin de notre collaboration active. Il lui aurait certainement beaucoup plu de voir imprimé cet ouvrage qui lui devait tant et dont la publication est prévue au début de 2014. Cette petite satisfaction humaine lui aura été finalement refusée au profit, il faut le croire, de joies plus sublimes et plus intenses.

Dans la perspective de la Toussaint toute proche, nous pourrions peut-être laisser résonner en nous le texte inoubliable des Béatitudes, proclamé à cette occasion et qui me semble correspondre à la personne et à l’action de notre confrère et ami Félicien. En parodiant librement cet Evangile nous pourrions aller jusqu’à dire de lui :

-         Il professait le mépris des richesses et condamnait l’orgueil pharisien, il était donc un pauvre de cœur.

-         Il rêvait d’une terre de fraternité et de réconciliation universelle, il était donc un doux.

-         Il s’affligeait du malheur du monde et refusait les compromis hypocrites, il était donc un consolateur, digne à son tour d’être consolé.

-         Il s’élevait contre toutes les oppressions et toutes les formes de servitude, réclamant même le châtiment des coupables, il était donc un juste.

-         Inflexible sur les principes il savait accueillir et réconforter les humbles pécheurs il était donc un miséricordieux.

-         Adversaire résolu des ambiguïtés et des impostures, il portait une parole haute et forte, il était donc un cœur pur.

-         Avide de concorde, mais désireux de la fonder sur des bases saines, il était donc un artisan de paix.

Puissent ces quelques mots, cher père, atténuer la peine que nous cause la disparition du p. Félicien et ranimer en nos cœurs l’espérance.

 

P. Jean Dubray SCJ