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In memoriam P. Jean Geisen SCJ

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In memoriam P. Jean Geisen SCJ

Le 9 novembre 2016 est décédé à Sao Lorenço au Brésil le Père Jean Geisen SCJ. Il y fut enterré le 11 novembre en présence de ses nombreux amis et des personnes avec lequelles il avait œuvré pour plus de dignité et plus de justice.

 

Curriculum Vitae

Jean Geisen est né le 11 novembre 1942 à Luxembourg. Il fut confirmé, le 15.9.1954 à Bivange. Les études secondaires, il les fait à Clairefontaine, de 1955 à 1962. De 1962-1963, il fait le noviciat dans la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur à Amiens, où il prononce les premiers vœux le 15.9.1963. Après des études de philosophie à Lyon de 1963 à 1965, il est envoyé à Rome pour y continuer les études de théologie à l’Université pontificale grégorienne de 1966 à 1970. Après ces études, il est ordonné prêtre par Mgr Jean Hengen à Luxembourg, le 4 juillet 1970. Se destinant aux missions, il fait une année préparatoire pour la mission en Amérique latine dans le Collège missionnaire à Louvain, et part pour le Brésil, le 10 octobre 1971. C’est là qu’il a travaillé avec Dom Helder Camara, et puis comme missionnaire dans les communautés de base du diocèse de Recife, jusqu’à son décès, survenu le 9 novembre 2016.  

 

Témoignage de M. Marc Hubert

 

Voici ce qu’a dit M. Marc Hubert, lors de la messe en mémoire du Père Johny Geisen en la chapelle de Clairefontaine. 


Il y a énormément des gens, qui se sont excusés à contre-cœur pour ne pas pouvoir assister à cette célébration, mais qui m’ont assuré leurs prières et pensées en ce moment. On m’a demandé de dire quelques mots sur Johny et son travail. Je ne sais pas si je le connaissais le mieux, mais je connaissais la plupart de ses amis puisque j’ai fait pendant des années son calendrier quand il venait en automne. Et parce que j’ai vécu chez lui au Brésil pendant une demi-année où j’ai appris à connaître tant d’amis et de militants de son mouvement des communautés populaires.

Vraiment pas facile de dire l’essentiel d’un monument qu’à été, à mon avis, cet homme, qui chez le peuple et surtout son mouvement était adoré comme un saint. Je vais parler surtout de mon point de vue scout.

Johny est né en 1942 comme 4e enfant d’un père luxembourgeois et d’une mère belge. Il a habité à Bivange dans la commune de Roeser. Sa sœur Mimi qu’il adorait et ses 2 frères étaient bien plus âgés.

Au début des années 70, après avoir été ordonné prêtre, il est allé avec d’autres de ses confrères des prêtres du Sacré-Cœur en Amérique du Sud, lui au Brésil en proie à la dictature militaire. Très vite, il s’est, pour ainsi dire, converti aux pauvres, à l’exemple de son grand maître Helder Camara du même diocèse. Il était animé par la dynamique du Vatican II et la théologie de la libération. Il a aidé à fonder le „mouvement des communautés populaires“ (MCP) qui aujourd’hui est présent dans beaucoup d’Etats brésiliens.

La 1re fois que j’ai connu Johny était à l’âge d’environ 14 ans quand on organisait chez les scouts des marches à pied pour rassembler de l’argent pour soutenir les projets de Joao. Notre chef Kéis nous parlait avec passion de ce prêtre hors du commun. Mais ce n’est qu’à la phase terminale de mes études que j’ai osé lui écrire pour aller chez lui au Brésil. Il m’a répondu, mais insistait péniblement sur mon objectif. Il acceptait et je suis parti. Là-bas Johny était en train de terminer ses études de droits. Sa communauté, qui s’appelait MCL à ce temps-là, l’avait demandé. J’ai fait le ménage, surtout la cuisine.

Et j’ai appris à connaître et à aimer ce mouvement tellement fascinant, engagé, avec une méthodologie impressionnante – autonome, démocratique, communautaire.

Mais je ne pouvais pas encore m’imaginer de faire un projet de développement des scouts avec eux. Avec des jeunes de deux mondes tellement différents, eux luttant pour leur survie, et nous tellement gâtés et loin de cette réalité.

Par contre, j’ai souvent organisé à son retour des rencontres, pour donner à d’autres l’occasion d’apprendre à connaître un homme de l’église qui me paraissait tellement authentique. Johny adorait les questions critiques. Malheureusement ses réponses étaient parfois un peu longues. Avec certains thèmes il se mettait à vibrer.

Du point de vu caractère, il y aurait tellement à dire. Pour être court, je cite une amie de lui, qui m’avais écris pour son anniversaire, un de ces messages nombreux dont je me suis retrouvé dépositaire sans pouvoir les transmettre à Joao mourant le même jour : « Ich möchte die Gelegenheit nutzen, dir einfach einmal zu sagen, wie sehr ich dich und deine Arbeit schätze, die du seit Jahren leistest und geleistet hast : mit deinem tiefem Glauben an das Gute im Menschen, Mut, Dinge anzupacken, mit Zielstrebigkeit, Flexibilität und Beharrlichkeit, einer guten Portion Pragmatismus, Intuition, Humor :-) und bereit, in jeder Situation etwas zu lernen ! Danke, dass es dich gibt ! »

Ah oui, l’humour. C’est vrai. Tout en vivant dans une réalité tellement injuste, je ne l’ai jamais vu amer ou frustré. Par contre, j’ai beaucoup ri avec lui. Je me souviens d’une situation tellement drôle dans une église à Sao Luis où il suffoquait de rire. Et puis il aimait fêter son anniversaire, avec autant d’ami(e)s que possible, toujours en communauté !

Aussi savait-il pleurer. Des récits de souffrance le touchaient en plein cœur et lui mettaient les larmes aux yeux. C’était un lion doux, qui luttait avec rage et douceur en même temps. Il se reposait, mais toujours pour remplir les batteries. Il ne voulait pas perdre son temps pour son plaisir. Il refusait d’aller voir un film ou de lire des livres qui ne contribuaient pas à la libération du peuple. Toute sa raison d’être était au service de son « povo sofrendo », son peuple souffrant.

J’ai jamais rencontré quelqu’un comme lui qui était respecté par tous : croyants et non-croyants, pieux et anticléricaux, conservateurs et progressifs, riches et pauvres, jeunes et vieux.

Il était pour une certaine séparation entre le pouvoir politique et l’Église, mais pas pour une séparation entre politique et spiritualité en soi. Pour lui, il n’y avait qu’une seule chose qui comptait : c’était la pratique, l’exemple, la lutte. Mais pas une lutte individuelle, mais toujours en communauté, pour la communauté et avec la communauté.

Parmi les nombreux messages que j’ai reçus pour son 74e anniversaire et son décès, ceux des jeunes m’ont particulièrement touché. J’en cite quelques-uns :

„De Johny wäert net vergiess ginn. Duerch hien konnte mir déi wonnerschéin Erfahrung a Brasilien maachen...“ 

„De Johny war fir eis e Beispill vu Bescheidenheet, Openheet a Engagement.“

„De Johny war sou e gudden an staarke Mensch,... hien huet d’Welt definitiv e Stéckelche besser verlooss wéi en se virfonnt huet. Ech wärt nach vill an laang un hien zréckdenken.“

„Hie war ee wiirklech gudde léiwe Mensch... et ass net ze gleewen, datt mer hien net méi remgesinn.“

„De Johny war esou e léiwen Mann an et war eis eng grouss Eier heen duerch den Brasilienprojet kennenzeléieren. Sein Engagement fir d’Land an d’Léit, seng Warmhärzegkeet an einfach säi Wiesen si bewonnerenswärt. Heen huet eis Groussarteges mat sengem Liewen virgeliewt... Ech mengen datt heen an eisen BA’en weiderliewt. Amigos para sempre.“

„Hien huet mech stark impressionéiert duerch seng Art a Weis ze schwätzen, a säi Liewen esou anzesetzen, ganz a guer, fir säi Brasilien. Ee Mann, dee säi Glaawen esou gelieft huet wéi hien, dee lieft weider, nët nëmmen an der Éiwegkeet, mee och an all deene Spueren, déi hien hei op der Welt hannerléisst, an duerch säi Beispill.“ 

Il y a eu beaucoup de coïncidences en rapport avec sa maladie et son décès : Une d’elle est le fait qu’on arrivait au Brésil pour le camp-chantier « Mutirao » juste au moment où son état était tellement critique qu’il fallait s’attendre à tout. C’était comme pour nous dire : « Maintenant c’est à vous les jeunes. J’ai tout donné ! » On avait compris. Mais c’était dure, très dure de le voir souffrir. Un médicament à base génétique lui a permis de vivre un peu plus longtemps, assez pour préparer les gens et son départ.

Dans le tas de photos de l’enterrement impressionnant que nos amis brésiliens nous ont envoyés, il y a plein de jeunes que nous avons appris à connaître lors de nos camp-chantiers. On les voit porter le cercueil de Johny.

C’est un symbole tellement fort pour montrer qu’ils ont littéralement pris la relève. Et puis il y a tous ces gens autour, qui ont l’air d’applaudir, c’est touchant et consolant.

Dans sa manière d’affronter la maladie et la mort, il nous paraissait plutôt brésilien que luxo. Par exemple il ne voulait pas trop connaître la réalité médicale exacte ou régler les dernières choses. Il ne voulait entendre que du positif, même quand il n’y en avait plus rien.

Mais sa foi était inébranlable : Je l’entends encore entonner cette phrase quand je sortais de sa chambre d’hôpital : « Jesus esta comigo » - Jésus est avec moi. Ah oui, Johny avait une relation intime à Jésus. A côté de son povo, c’était son 2e pied. Une famille qu’il adorait m’a écrit : „Meng ganz Famill trauert ëm den Pater Johny den eis laang Zäit vill Freed an Léift an d’Haus an eis d’Härz bruet huet. Säin Lachen, seng Art an Weis ze sin wärt eis éiweg begleeden an an déiwer Erënnerung bleiwen ! Den Pater Johny as een Viirbild fir mech, sou wéi Jesus, wat jo och säin Virbild war. An ech sin sëcher dass Jesus den Johny mat openen Ärm empfangen huet !“

Comme Jésus, Joao a donné sa vie pour ses les siens. « Prova de amor major nao ha, que doar a vida pelo irmao. » Il n’y pas de plus grand amour que de donner sa vie pour son frère.

Je veux terminer avec une citation amérindienne que son ami Patrick avait envoyée : N’allez pas sur ma tombe pour pleurer ! Je ne suis pas là, je ne dors pas ! Peut-être pourrait-on ajouter : « Je suis dans mon povo sofrendo ».

Merci au nom de Johny Pe Joao à vous toutes et tous qui avez soutenu avec fidélité et par d’innombrables manières son engagement qui sera perpétré par ses amies et amis au Brésil parce que leur souffrance est devenue la sienne et son engagement est devenu le leur. Obrigado !

Marc Hubert