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P. Alfred Nothum SCJ: Souvenirs d’Afrique

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Souvenirs d’Afrique

Des problèmes concernant le mariage chrétien au Cameroun


Je voudrais me limiter à « quelques problèmes concernant le mariage au Cameroun », que j’y ai rencontrés pendant mes activités de missionnaire au Cameroun comme directeur et comme professeur (1993 à 2000/2006) au Département de droit catholique de l’Université Catholique d’Afrique centrale à Yaoundé[1] au Cameroun, et aussi comme curé d’une vaste paroisse à la périphérie de Yaoundé comprenant un grand village central (presque une petite ville) avec six quartiers et 23 villages, dont le plus éloigné se trouve à 43 km (2003 à janvier 2009).

I.- Au début de 1995, la Conférence épiscopale nationale du Cameroun (CENC) a constitué la Commission épiscopale pour la Doctrine de la Foi. Cette Commission est composée d’une quinzaine de membres, des prêtres diocésains ou religieux et deux laïcs, tous professeurs à l’Université Catholique d’Afrique Centrale ou dans des grands séminaires du Cameroun :  théologien, moraliste, exégète, historien de l’Église, philosophe, canoniste, et quelques prêtres de la pastorale paroissiale ; en plus un évêque, docteur en exégèse, et, comme président, le cardinal Christian Tumi, archevêque de Douala, Grand Chancelier de l’Université Catholique, docteur en philosophie. J’étais le seul membre non africain de cette Commission.

Lors de la première rencontre, le 24 avril 1995, la Commission a commencé par la question très pratique : Qu’allons-nous faire, comme Commission pour la Doctrine de la Foi, pour aider la Conférence épiscopale dans sa tâche de promouvoir l’approfondissement de l’évangélisation du Peuple de Dieu au Cameroun ? Deux thèmes surtout ont été proposés : les réponses à donner aux objections et difficultés que les très nombreuses sectes font à l’Eglise catholique ; et l’inculturation des sacrements, surtout de la Sainte Eucharistie, comme cela a été fait dans la République démocratique du Congo par la messe dite « congolaise ». J’ai proposé un autre thème qui me semblait plus urgent dans l’immédiat : les réponses à donner aux difficultés de nos fidèles pour préparer, célébrer et vivre leur mariage chrétien.

Cette proposition fut acceptée assez rapidement ; on sentait qu’elle touchait et réveillait vraiment une préoccupation centrale  chez les membres de la Commission, donc aussi des prêtres, qui étaient dans la pastorale paroissiale. Mais comme les trois thèmes avaient chacun son importance dans l’évangélisation, la Commission décidait de continuer encore à réfléchir et de prendre une décision seulement à la prochaine rencontre. Cela fut fait à la rencontre du 12 décembre 1995. La Commission a adopté la proposition de l’étude des cas difficiles du mariage chrétien.

Pour que cette étude ne se perde pas dans de longues discussions théoriques, elle serait restreinte au Peuple de Dieu au Cameroun et elle s’attacherait à des problèmes concrets, on pourrait dire, quotidiens, que les prêtres dans la pastorale rencontrent vraiment et pour lesquels ils ressentent souvent des difficultés à résoudre de façon satisfaisante.  Alors   le président de la Commission, son Éminence le cardinal Christian Tumi s’est engagé à écrire à tous les diocèses du Cameroun, demandant d’envoyer au secrétariat de la Commission « les problèmes pastoraux liés au mariage ». Soixante-quatre cas de situations matrimoniales difficiles et trois questions plus générales concernant des problèmes de mariages parviennent à la Commission pour sa réunion du 15 avril 1996. La Commission me nomme modérateur de ce projet de recherche et demande aux professeurs de l’Institut Catholique de Yaoundé, qui sont membres de la Commission, de faire la synthèse des soixante-quatre cas et d’en confier un certain nombre, trois/quatre/cinq, à l’étude de chaque membre de la Commission épiscopale.

Chaque membre apporte ses réponses à la réunion de la Commission du 14 janvier 1997. Elle fixe sa méthode de travail : l’équipe des enseignants permanents du Département de droit canonique de l’ICY, moi-même, l’Abbé Oscar Eone Eone et la Sœur Silvia Recchi, est  chargée de faire la synthèse des réponses données par les membres de la Commission épiscopale et de la rédiger avec précision et sobrement selon les dispositions du droit canonique ; ensuite ces réponses seront communiquées à tous les membres de la Commission pour une première étude personnelle et puis pour la discussion pendant les réunions suivantes.

Le document est mis au point après la réunion du 20 avril 1998. Il est ensuite envoyé aux curés de deux zones pastorales (doyennés) de l’archidiocèse de Douala (la capitale économique du Cameroun) ; le 6 juillet 1999 ils répondent que le document « est lisible, facile à comprendre même pour les non-initiés ». Le secrétaire de La Conférence épiscopale, sans avertir la Commission, le communique à la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Celle-ci envoie à son Éminence le Cardinal Christian Tumi une réponse très élogieuse pour ce travail accompli par la Commission, demandant cependant d’y introduire, non pas des corrections, comme elle s’exprime, mais cinq « améliorations ».

Le document est ensuite publié sous le titre : Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun, Commission pour la Doctrine de la foi, Guide pastoral pour le Mariage chrétien, Yaoundé, 2000, Presses de l’UCAC, 65 pages.

II.- Soixante-quatre cas de situations matrimoniales difficiles et trois questions plus générales concernant des problèmes de mariage ont donc été envoyés à la Commission épiscopale pour la doctrine de la foi de la CENC. La lecture même rapide de ces cas montre que les difficultés que les fidèles et les prêtres dans la pastorale rencontrent proviennent surtout de deux coutumes ancestrales ou d’une autre introduite seulement quelque temps après la première évangélisation et donc aussi après l’introduction du mariage chrétien au dix-neuvième siècle.

1.- La coutume ancestrale de la polygamie : le mari vit le mariage avec plusieurs femmes en même temps. L’Eglise catholique n’accepte pas la polygamie. Voilà pourquoi le mariage d’un  catholique, qui se marie avec l’intention de prendre encore une deuxième femme ou d’autres femmes, n’est pas valable, n’est pas un vrai mariage pour l’Eglise catholique. Mais la polygamie est reconnue par la législation civile de plusieurs États en Afrique ou en Asie. Ainsi en est-il au Cameroun, de la manière suivante : le couple qui se présente devant l’autorité civile doit déclarer s’il se marie selon le régime monogamique (le mari a l’intention de vivre toute sa vie conjugale avec une seule femme) ou selon le régime polygamique (le mari a l’intention de vivre sa vie conjugale avec plusieurs femmes) ; si le couple ne donne pas cette précision, le magistrat inscrit  dans les registres civils que le mariage  a été conclu selon le régime polygamique.

2.- La coutume, développée plus tard après l’introduction du mariage chrétien ; les fidèles chrétiens même très pratiquants, comme on dit, et même très actifs dans la vie paroissiale,  concluent souvent leur mariage chrétien seulement plusieurs années, même dix, quinze, ou vingt années, après leur mariage coutumier ou civil. Ils invoquent plusieurs raisons. Il s’agit de voir d’abord, si le couple peut avoir des enfants, et alors au moins un garçon pour continuer la lignée du père ; il faut aussi être sûr, si les caractères, tempéraments et habitudes acquises permettent d’envisager pour l’avenir la bonne entente entre les conjoints et entre leurs familles ; les maris disent aussi qu’ils veulent se rendre compte si l’épouse restera fidèle ; et enfin, les familles pauvres et modestes, comme le sont la plupart des familles au Cameroun, n’ont pas les moyens pour organiser la fête du mariage chrétien, qui coûte très cher, car toute la grande famille et tous les gens du quartier se considèrent comme invités ; et ces familles n’ont pas encore la dot qui est exigée au moins pour la célébration du mariage chrétien.

3.- La coutume ancestrale du lévirat : l’homme, même s’il a déjà conclu un mariage chrétien, doit prendre l’épouse de son frère décédé comme son épouse, pour lui susciter une descendance. Un récit concernant de cette coutume se trouve dans l’Évangile selon Matthieu, 22,23-33.

Les soixante-quatre cas de mariages en difficulté et les trois questions particulières peuvent être classés en quatre chapitres :

I.- mariage selon le régime polygamique

II.- le mariage civil selon le régime monogamique

III.- le lévirat : la veuve est mariée avec son beau-frère déjà marié

IV.- des cas particuliers

Avant d’analyser les différents cas et donner une réponse aux difficultés soulevées, et ne pas toujours répéter les mêmes justifications, la Commission a d’abord expliqué les principes de la théologie catholique et de la morale évangélique, ainsi que les normes du droit de l’Eglise, qui aident à répondre à ces difficultés ; ces principes et normes proviennent évidemment de la révélation divine et de la « praxis », la tradition ou la manière traditionnelle d’agir de l’Église catholique ; et à cette occasion la Commission a insisté sur l’obligation pour l’Eglise de Jésus Christ au Cameroun de rester fidèle à cette « praxis » dans sa pastorale. Ensuite, la Commission a passé à l’analyse de chaque cas, pour donner une réponse claire et concise, en renvoyant  à la partie théorique qui donne les justifications.

Comme je ne retiens que quelques cas difficiles de mariages chrétiens, où les réponses sont toujours différentes, je peux donner la réponse et sa justification, tout de suite après avoir décrit et analysé chaque cas. Pour quelques cas, qui me semblent faciles, je ne donne pas de réponse.

III.- Le mariage civil polygamique.

(1) Un mari catholique a conclu un mariage civil polygamique, c’est-à-dire devant le magistrat de l’État, il a dit son intention de prendre plus tard encore une ou plusieurs autres femmes. Mais en fait, ce mariage a été suivi rapidement du divorce civil. Et le mari demande à célébrer un mariage chrétien avec une autre personne, c’est-à-dire un mariage selon les dispositions de l’Eglise catholique. – Cette situation ne présente pas de difficultés spéciales ; seulement avant le mariage chrétien, ce couple devra conclure un mariage civil sous régime monogamique, donc avec l’intention, clairement exprimée par les deux conjoints, de conduire toute leur vie d’époux, eux seuls,  sans l’introduction d’une autre femme. Ce mariage civil avant le mariage chrétien est exigé par la législation civile. Mais en plus le  mari doit affirmer clairement devant l’autorité ecclésiastique qu’il rejette l’intention polygamique, qu’il avait eu lors de son premier mariage à régime polygamique, et qu’il célèbre son mariage chrétien avec l’intention monogamique.

(2) Ce même cas connaît une difficulté spéciale, si le mari veut célébrer un mariage chrétien avec une autre femme, tout en gardant la première, celle du mariage polygamique, non pas comme épouse mais à cause des enfants et aussi à cause de la condition sociale de cette femme dont il doit prendre soin en justice ; en plus, il n’y pas de divorce civil pour le premier mariage polygamique, parce que les démarches civiles pour obtenir le divorce durent très longtemps et surtout coûtent trop cher pour les familles de condition modeste. – Le mariage chrétien peut être célébré  à deux conditions : d’abord, le mari doit faire une déclaration officielle, devant le curé et deux témoins, attestant sa mentalité actuelle monogamique ; ensuite, le curé doit expliquer cette manière de faire à la communauté chrétienne, pour prévenir « le scandale » qui pourrait provenir du fait qu’il n’y a pas eu de divorce avec la première femme, qui pourtant demeure dans la concession du mari pour obtenir le nécessaire pour vivre et pour s’occuper des enfants.

(3) Un autre problème se présente, lorsque, un certain temps après la conclusion d’un mariage polygamique, la femme catholique regrette sa situation en désaccord avec sa foi catholique et demande la célébration du mariage chrétien ; mais le mari, bien que  catholique, refuse catégoriquement; alors la femme catholique demande si au moins elle peut communier. – La Commission épiscopale donne la réponse suivante : « Sa situation  est semblable à celle des divorcés remariés : ils ne peuvent pas être admis à la communion eucharistique, car, dit Jean-Paul II, ”leur état et leur condition de vie sont en contradiction objective avec la communion d’amour entre le Christ et l’Église, telle qu’elle s’exprime et est rendue présente dans l’Eucharistie“ (Familiaris consortio, 84). ”Cela vaut aussi pour la Pénitence, dont la double et unique signification de conversion et de réconciliation est contredite de fait par la condition de vie des divorcés remariés qui restent tels“ (Discours à l’Assemblée plénière du Conseil pontifical pour la famille, 24 janvier 1997, in Documentation catholique, 94 [1997] 203). Il convient, ajoute la Commission, de leur expliquer la valeur de la communion spirituelle, qu’ils ne sont pas exclus de l’Église et qu’au contraire, ils peuvent participer à bien des activités dans l’Église ». La Commission ajoute cette explication pour réfuter l’opinion très répandue que les catholiques vivant dans un mariage polygamique ou que les catholiques divorcés remariés seraient excommuniés.

(4) Voici encore quelques autres cas de mariage avec le régime polygamique.

(a) Le mariage entre un mari catholique et une femme non baptisée est célébré selon la tradition ancestrale. L’épouse non baptisée veut devenir catholique et s’inscrit au catéchuménat pour la préparation aux sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation et Eucharistie). Mais, après la naissance du premier enfant, le mari, contre la volonté de son épouse, impose le mariage civil avec régime polygamique. Qu’en est-il du désir de l’épouse non baptisée de devenir catholique ?

(b) Le mariage entre deux personnes non baptisées est célébré selon la coutume ancestrale et, comme il est célébré au Cameroun, il est inscrit dans le registre civil. L’épouse désire devenir catholique et est acceptée par le curé de la paroisse à suivre la préparation au catéchuménat. Le mari donne son accord. Lui-même il ne veut pas changer de religion, comme on dit ; bien plus, il devient même polygame. Qu’en est-il du désir de l’épouse non baptisée de devenir catholique ?

IV.- Aujourd’hui les célébrations de mariages civils avec régime monogamiques ont tendance à se multiplier, parce que beaucoup de personnes, même des hommes, mais surtout de jeunes femmes plus instruites et mieux formées, refusent la polygamie.  Pourtant très souvent les couples remettent la célébration du mariage chrétien jusqu’après la naissance de plusieurs enfants. Mais alors il arrive encore assez souvent que le mari  refuse la célébration du mariage chrétien, alors que son épouse catholique la désire pour pouvoir communier et se confesser. – Deux situations peuvent se présenter.

(1) Dans un premier cas, le conjoint qui refuse le mariage chrétien n’est pas catholique, mais protestant ou païen ; il considère le mariage civil qu’il a célébré avec son épouse catholique comme son vrai mariage qui perdure et il dit que lui, en tant que protestant ou païen, en conscience, il ne peut ni ne doit répéter une autre célébration de ce mariage. Pourtant il est d’accord que l’Eglise fasse tout ce qu’elle juge bon et nécessaire pour aider son épouse, qui est catholique, et qu’elle puisse  communier. – Le prêtre ou la personne qui examine cette situation doit présenter ce cas à l’évêque diocésain. Celui-ci examinera toutes les circonstances, surtout l’intention clairement manifestée du mari, qui n’est pas catholique, de vouloir être et rester l’époux légitime de la femme avec qui il a conclu le mariage civil, avec un vrai consentement matrimonial. L’évêque pourra alors, par un document officiel,  déclarer ce mariage civil monogamique valable pour l’Eglise catholique, sans donc qu’il faille de nouveau le célébrer selon la loi de l’Eglise catholique.  Les spécialistes parlent de « convalidation radicale », selon le canon 1161 du Code du Droit de l’Eglise.

(2) Dans un deuxième cas, c’est un conjoint catholique qui refuse le mariage chrétien avec son épouse catholique qui l’a demandé pour pouvoir communier et se confesser. – Le mari sait pourtant que son mariage civil n’est pas accepté par l’Eglise catholique et qu’il doit conclure un mariage chrétien, selon les normes de l’Eglise. Si donc il refuse la célébration du mariage chrétien, on doit présumer (supposer) que c’est le mariage comme sacrement  qu’il refuse, c’est-à-dire qu’il refuse de se lier pour toujours. Voilà pourquoi, on ne peut pas lui attribuer l’intention du mari non catholique du cas précédent.  Par conséquent la solution qui y est proposée ne peut pas être adoptée dans ce deuxième cas.

V.- Le lévirat : selon la coutume ancestrale de certaines tributs, après la mort de son mari, la veuve, si elle est jeune, est mariée avec le frère de son mari, pour lui procurer une descendance.

(1) Un mari païen a conclu un mariage civil avec une femme païenne ; celle-ci veut devenir catholique et elle s’inscrit au catéchuménat pour se préparer au baptême. Quelque temps après, le mari meurt et la femme est donnée en mariage – par lévirat – au frère de son mari, qui a déjà conclu un mariage civil. – La veuve ainsi remariée peut-elle continuer la préparation pour devenir catholique et recevoir le baptême ?

(2) Un cas bien plus compliqué a été présenté. Un mari païen conclut un mariage civil avec une femme catholique. Mais ensuite il est obligé de prendre encore en mariage  – par lévirat – la jeune épouse païenne de son frère décédé ; alors sa première femme catholique mécontente le quitte et part au loin dans une autre paroisse. Trois ans plus tard, elle contacte le curé ; celui-ci juge que, puisque son mariage n’a pas été un mariage chrétien, elle peut se confesser et communier. Mais plus tard, à la suite de pressions exercées par sa famille, elle retourne chez le mari païen. Mais celui-ci la refuse, parce qu’il vit dans un ménage heureux avec la veuve de son frère décédé ; il lui permet pourtant de rester et de vivre dans sa concession. Elle contacte le curé de sa nouvelle paroisse, qui, tenant compte de l’ensemble de la nouvelle situation, lui permet de participer aux sacrements de la pénitence et de l’Eucharistie.

V.- Quelques questions particulières

(1) Comment faut-il faire les démarches requises pour la déclaration de nullité d’un mariage? Comment aider à préparer le dossier? – Le mieux consiste à confier les démarches à un canoniste; mais, comme ils sont peu nombreux (au Cameroun), le plus sage sera que le prêtre qui a été contacté rédige une description du cas avec indication succincte de ce qu’il croit justifier la présentation du cas à un tribunal ecclésiastique et qu’il envoie cette description au tribunal ecclésiastique , lui demandant de lui indiquer comment procéder pour la rédaction du libelle introductif valide, ou mieux encore lui demandant un rendez-vous pour la partie demanderesse, pour qu’elle expose elle-même son cas ; le tribunal ecclésiastique indiquera alors les démarches à entreprendre.

(2) Un jeune homme catholique donne une grossesse à une jeune fille catholique mineure. La famille de celle-ci oblige le jeune homme à conclure le mariage civil et à célébrer le mariage chrétien avec la jeune fille, sous menace de plainte au tribunal civil (parce que le jeune fille est mineure). Ce qui se fait. Mais après quelque temps de mésententes et de  disputes, la femme quitte le foyer et l’homme demande s’il peut célébrer le mariage chrétien avec une autre femme. Le prêtre qu’il a contacté demande si le tribunal ecclésiastique peut intervenir pour que la célébration de  ce mariage soit autorisée ? – Oui, le cas peut être déféré aux tribunaux ecclésiastiques, auxquels il appartient de l’examiner et de porter une sentence déclarant la nullité du mariage ou au contraire déclarant que la nullité n’est pas prouvée.  Seul si ce premier mariage est déclaré nul par un tribunal ecclésiastique et une deuxième fois par le tribunal d’appel, l’homme peut célébrer un autre mariage chrétien.

(3)  Après la célébration du mariage civil et chrétien entre deux catholiques, il y a le divorce civil. Quelques temps après, les conjoints regrettent ce divorce et demandent comment faire pour « se remarier à l’Eglise ». – Le divorce civil n’annule  pas le mariage catholique célébré auparavant; les deux peuvent donc, et même doivent reprendre la vie matrimoniale, sans célébrer encore une fois leur mariage chrétien. Mais ils doivent se rappeler que devant la loi civile, à cause du divorce civil, ils ne sont plus mariés. Cela peut avoir des répercussions civiles sur d’éventuels enfants futurs. Il convient donc hautement d’annuler légalement le divorce civil obtenu antérieurement.

(4) Le mariage est célébré selon les coutumes ancestrales entre deux personnes non baptisées (païennes). L’épouse veut devenir catholique. Peut-elle s’inscrire au catéchuménat et recevoir, après la préparation et les épreuves voulues,  les sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation et communion) ? – Pour répondre, il faut d’abord voir quelle est la valeur du mariage coutumier pour l’Eglise catholique (l’Eglise catholique l’accepte-t-elle comme valable ou non ?) et quelle est l’attitude du mari devant le projet de sa femme de devenir catholique (est-il d’accord ou s’y oppose-t-il) ?

(a) Quant à la valeur du mariage coutumier : dans les États modernes, là où, à côté du mariage civil, se célèbre encore le mariage coutumier, et si la législation civil le reconnaît comme valable, il est aussi accepté comme valable par l’Eglise catholique. Mais au Cameroun il faut plus ; il faut que l’acte du mariage coutumier soit transcrit à l’état civil, pour que la l’ordonnancement civil le reconnaisse comme valable ; et alors l’Eglise le reconnaît également comme valable[2]. Voilà pourquoi, la femme païenne peut suivre le catéchuménat et recevoir les sacrements, si son mariage coutumier a été inscrit à l’état civil et est considéré comme valable par l’Eglise catholique. Si son mariage coutumier n’a pas été inscrit, la législation civile et l’Eglise catholique ne le considèrent pas comme valable et la femme ne peut pas recevoir les sacrements, parce qu’elle vit come épouse sans être mariée.

(b) Quant à l’attitude de l’homme païen, dans le cas où le mariage coutumier est valable, parce que l’acte du mariage coutumier a été transcrit à l’état civil :

- S’il est d’accord que sa femme devienne chrétienne, elle peut s’inscrire pour la préparation aux sacrements ; aucun autre mariage n’est à célébrer, puisque le mariage coutumier est valable.

- Si, au contraire, il refuse qu’elle devienne catholique, il faut l’instruire sur le droit à la liberté de conscience et de religion pour tous les hommes et en particulier aussi pour sa femme le droit et la liberté de choisir sa religion; si cela s’avère inutile, et qu’il maintienne son refus, il faut voir si la femme peut recourir à la suggestion de saint Paul (selon les précisions qu’elle a reçues dans l’Eglise catholique) : la femme peut quitter son mari et célébrer un mariage chrétien avec une autre personne[3]. Mais généralement la coutume et les deux familles ne le permettent pas, surtout s’il y a des enfants en bas âge. Dans cette situation, le prêtre consulté essayera de lui faire comprendre qu’elle peut être catholique « dans son cœur » devant Dieu (voir le baptême du désir) et même devant la communauté catholique, si celle-ci connaît ses difficultés.

Comment conclure cette analyse de quelques cas difficiles de mariage chrétien au Cameroun et l’ensemble des réponses qu’une équipe d’évêques, de prêtres et de fidèles laïcs a jugé bon de donner ? Un professeur de théologie, spécialiste de l’inculturation, vicaire dominical dans une grande paroisse de la périphérie de la capitale, a étudié tout le document de la Commission épiscopale pour donner une « introduction théologique ». Nous pouvons retenir deux conclusions importantes en vue d’une évangélisation authentique du mariage en Afrique :

« Les cas difficiles ici examinés disent assez les frottements entre la vérité révélée sur le mariage et les cultures ambiantes. Si tout n’y est pas mauvais, beaucoup reste à évangéliser. Le non sera donc catégorique quant à qui est franchement mauvais et incompatible avec la foi catholique. À tout ce qui n’est pas tout à fait mauvais, il s’agit d’en récupérer les aspects positifs, de l’éclairer par la lumière de l’Évangile, de le purifier, de l’élever et finalement, de l’assumer s’il se peut, selon les instructions de Vatican II[4]… Et comme corollaire à la vision proprement chrétienne du mariage ainsi à inculquer, l’Église en appelle à une « saine opinion publique favorable au véritable amour conjugal » et à un « nécessaire renouveau culturel, psychologique, social en faveur du mariage »[5].

Père Alfred Nothum scj



[1] L’université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC) a été fondée en 1998 par l’Association des Conférences Épiscopales de la Région d’Afrique Centrale (ACERAC). En 1991, le pape Jean-Paul II a  érigé l’Institut Catholique de Yaoundé (ICY), qui comprend des Facultés et Départements ecclésiastiques (théologie, philosophie, droit canonique, sciences sociales). Dans la suite, des Instituts et Écoles supérieures profanes furent ajoutées (École des Sciences Infirmières ; Institut Supérieur de Technologie). D’autres Facultés ou Instituts profanes sont projetés (agronomie, communications sociales, sciences juridiques).

[2] Pour la valeur du mariage civil et du mariage coutumier dans ces cas, pour l’Eglise catholique, on peut se référer au Concile Vatican II, la Déclaration sur la liberté religieuse, Humanae Dignitatis, 4 : « La liberté ou l’immunité de toute contrainte en matière religieuse qui revient aux individus doit aussi leur être reconnue lorsqu’ils agissent ensemble. Des groupes religieux [ainsi également les Religions traditionnelles], en effet, sont requis par la nature sociale tant de l’homme que de la religion elle-même. Dès lors, donc, que les justes exigences de l’ordre public ne sont pas violées, ces groupes sont en droit de jouir de cette immunité afin de pouvoir se régir selon leurs propres normes [...] ». Voir également le Décret sur l’œcuménisme, Unitatis Redintegratio, 16.

[3] Saint Paul dans la première lettre aux Corinthiens 7, 12-15 : … si une femme a un mari non croyant [païen] et qu’il consente à vivre avec elle, qu’elle ne le répudie pas … Si le non-croyant veut se séparer, qu’il le fasse ! … la sœur [la femme chrétienne] n’est pas liée dans ce cas : c’est pour vivre en paix que Dieu vous a appelés ». C’est ce que l’Eglise catholique appelle le privilège paulin, qui se trouve exprimé plus clairement dans le droit de l’Eglise, aux canons 1143 et suivants.

[4] Voir  Concile Vatican II, la Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps, Gaudium et Spes n° 58 §4.

[5] Gaudium et Spes 49 § 3.