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« Témoin de la tendresse du Père » in Vie diocésaine du 1 février 2010

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Textes publiés par le P. Antonio Tejado SCJ

« Témoin de la tendresse du Père » in Vie diocésaine du 1 février 2010

Témoin de la tendresse du Père

Le regard de celui qui marchait, libre, sur les chemins de Palestine est le guide de ma vie. Je regarde Jésus, Homme-Dieu qui me regarde, lui, avec amour.

Enfant de chœur, à sept ans, j’accueillais don Boni, le nouveau prêtre de mon village natal en Espagne. A la différence de don Gabino. Il n’avait pas de soutane, il aimait rencontrer les gens là où ils vivaient. Il ne se cachait pas dans l’énorme et vieux presbytère : il avait une chambre dans une famille et un petit bureau près de l’église où je le voyais étudier. Souriant, il regardait les gens avec amour, sans reproche. Il s’efforçait de faire grandir en eux la passion pour le Christ.

Homme au milieu des hommes don Boni imitait Jésus. Sa simplicité et son engagement naturel au milieu des gens a fait naître ma vocation.

A sept ans, seul, dans ma chambre, je priais Dieu très fort pour qu’il fasse de moi un prêtre comme don Boni. Cette prière je l’ai répétée souvent. Elle m’a aidé à opter pour la vie religieuse et la prêtrise chez les Prêtres du sacré Cœur,

Séminariste, ma mère me disait toujours : « Antonio, pour suivre Jésus comme prêtre, tu dois aimer les personnes que tu rencontreras sur ton chemin ». Cette parole s’est faite chair en moi.

La spiritualité de la Congrégation m’encourage à vivre la condition humaine au plus proche de Jésus qui se fait pauvre. Lui qui était riche mange avec les publicains et les pécheurs. Avec eux qui L’écoutent, Il construit un monde nouveau.

Mon ministère est une vie “d’homme parmi les hommes” avec la conscience que le père Dehon, fondateur de ma congrégation, nous dit: ” allez au peuple, allez aux hommes, allez aux vivants”.

Ma vocation de religieux-prêtre se vit dans mon engagement simple et naturel dans le quartier, les associations, la paroisse. C’est le Christ qui s’incarne. Lui ne s’est pas dérobé à l’humanité des hommes et des femmes qu’il rencontrait. Au contraire, en l’accompagnant, il témoignait de la tendresse du Père pour tous ses enfants.

Dieu a créé par la Parole. Il nous a donné de devenir co-créateurs avec lui, pour libérer la parole en nous et autour de nous. Car une parole libérée est une parole capable de construire, c’est-à-dire de”créer” de l’humanité. Mais pour parler il faut avant tout écouter. Je m’efforce d’écouter à la manière biblique pour produire beaucoup de vie en moi et autour de moi.

Mon insertion dans la vie associative, mon accompagnement de la JOC et de l’ACO font partie de mon ministère paroissial. Mon regard est rempli de la vie de ceux et celles que je rencontre. Ma personne parle, accueille et célèbre. Elle est écoute de toute cette vie qui essaie d’être solidaire.

Jésus est présent dans tout ce qui construit l’humanité, dans les associations du quartier et de défense des droits de l’homme. il fait corps avec ce “peuple” qui devient la matière de mon Eucharistie qui nous élève, nous remet debout, nous ressuscite, comme Dieu ressuscite son Fils Jésus. Toute ma vie est ainsi Eucharistie.

Antonio Tejado

« La bible et l’accompagnement » in Accompagner la Joc N° 107     2010-04-16

LA BIBLE ET L’ACCOMPAGNEMENT

En accompagnant la JOC, nous vivons une mission d’Eglise, nous permettons à des jeunes de se révéler à eux-mêmes et à découvrir l’Amour de Dieu. Sommes-nous conscients de continuer à écrire la Bible et d’aider ces jeunes à participer à cette écriture ?

La Bible, cette histoire d’Amour de Dieu avec les femmes et les hommes toujours en marche pour se constituer en peuple, est le fruit de multiples relectures que les gens de la Bible, le peuple d’Israël ont faites.

La Bible, parole inspirée par Dieu, nourrie du souffle de sa bouche, traversée par l’Esprit qui lui permet de s’actualiser et de se concrétiser dans l’aujourd’hui des croyants, devient parole écrite par l’acceptation et la collaboration des hommes. L’Esprit lui même veille au quotidien pour qu’elle ne reste pas lettre morte.

L’Esprit nous permet d’actualiser la Bible au fur et à mesure que nous faisons la relecture de notre propre vie. Chaque croyant qui prend au sérieux sa vie et la vie des personnes qui partagent la sienne, devient ainsi un partenaire de Dieu dans la rédaction de la Bible.

Dans l’accompagnement des jeunes de la JOC, dans l’accueil de leur vie, de ce qui les fait grandir, du comment la foi prend racine et se développe en eux , dans ce compagnonnage enrichi, je sens que la Bible, toute fraîche s’écrit et je suis témoin du fait que « le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, le Dieu de nos pères n’est pas le Dieu des morts mais des vivants ».(Cf. Mt 22,32 ; Ex 3,6).

Dieu est un Dieu qui marche avec son peuple, toujours et en tout lieu. Il emprunte le chemin des hommes pour les rencontrer et leur parler dans leur propre réalité, dans leur vie au quotidien.

Le peuple de la Bible reconnaît que Dieu lui parle en étant attentif aux événements de l’Histoire et en gardant en mémoire ce qu’il a vécu.

Les croyants de la Bible se souviennent toujours de l’histoire de leurs pères, de l’histoire du peuple. Dieu marche avec eux. Il les inspire, les aide à relire la Bible, la méditer, l’écrire et la ré-écrire avec des regards différents selon les époques, mais avec la certitude que c’est Dieu qui se dévoile, se révèle, toujours comme le Dieu qui fait route avec son peuple.

La lecture de la Bible ouvre toujours un avenir, elle provoque en nous des questions sur notre vie et la vie qui nous entoure. Rien n’est jamais bouclé ni fini pour le croyant qui s’approprie la Bible. Il y a un chemin qui s’ouvre et Dieu se dévoile peu à peu, sans violence, calmement mais sûrement. « Je suis qui je serai » (Ex 3,14), c’est à dire, vous me découvrirez progressivement, dans la progression même de votre histoire humaine, dans le processus même de votre libération humaine et spirituelle dans laquelle je m’engage avec vous.

Quand aujourd’hui nous nous approchons de la Bible et nous demandons à Dieu son nom, Dieu nous renvoie aujourd’hui, vers notre prochain. Si Dieu a appelé Moïse un jour, il appelle aussi chacun de nous aujourd’hui. Il nous appelle pour nous envoyer vers les autres. « Je suis Celui qui suis. Je t’envoie vers tes frères, pour que tu les libères. Va là-bas, Moïse. Je t’accompagnerai. Je serai avec toi ».

Personnellement je sens que Dieu renouvelle son appel, qu’il dévoile sa parole qui devient lettre vivante et Bible quotidienne dans ma vie, quand j’exprime dans l’accompagnement des jeunes jocistes, le bonheur de savoir que je ne marche pas tout seul, que Dieu fait toujours route avec les hommes se révélant comme quelqu’un qui me met, qui nous met en relation, donnant toujours de l’importance au collectif, invitant les hommes et les femmes à s’ouvrir les uns aux autres pour construire ensemble.

La JOC est un mouvement qui permet aux jeunes de se construire les uns par les autres et pour les autres.  En tant qu’accompagnateur, je sers cet « entre eux, par eux et pour eux » et par là, je sers l’appel et l’envoi que Dieu ne se lasse pas de refaire.

Avec les jeunes jocistes, je suis témoin que chaque fois qu’ils osent aller à la rencontre d’autres jeunes pour leur proposer de remplir une enquête, même s’ils se sentent incapables ou ridicules, ils s’approprient réellement la démarche du mouvement et renforcent leurs convictions. Après l’avoir fait, il expriment ce qu’ils ont vécu avec beaucoup de joie. Ils sont capables et heureux de se le dire les uns aux autres, pour s’améliorer, s’encourager mutuellement et surtout constater que l’Esprit, par eux, est à l’œuvre dans les copains et qu’avec eux la Bible prend corps une fois de plus.

On pourrait aussi comparer la patience des accompagnateurs à la patience des prophètes. Combien de fois les accompagnateurs n’ont-ils pas attendu longtemps les jeunes pour une rencontre d’équipe et constater qu’aucun ne venait . Cela ne les a pas empêché de contacter à nouveau le responsable de l’équipe pour fixer une autre date. Là aussi la Bible se ré-écrit. Inlassablement les prophètes rappelaient au peuple comme aux rois, la fidélité de Dieu, le sens de l’Alliance. Comme Dieu marchait avec les prophètes, il marche avec nous, accompagnateurs, pour nous permettre de continuer à tenir la lampe allumée dans l’espérance qu’un jour le feu prendra. Nous, accompagnateurs, sommes des veilleurs qui guettons l ‘arrivée de l’aurore comme celle de l’époux (Cf. Mt 25,1-13). L’aurore arrive pour les accompagnateurs quand un jeune jociste prend une nouvelle dimension, quand il grandit en personnalité et responsabilité. L’aurore arrive pour l’accompagnateur quand une équipe se construit et prend toute son autonomie.

L’aurore et l’époux arrivent pour l’accompagnateur quand un  jeune jociste vient partager que lui aussi a été un veilleur dans son milieu de vie et qu’il a vu ses copains se mettre à l’action…

L’aurore arrive pour l’accompagnateur quand il a pu aider des jeunes à lire dans l’aujourd’hui de leur existence la parole que Dieu continue à co-écrire avec eux.

Ainsi s’écrit une nouvelle page de la Bible. Elle contient l’histoire d’Amour de Dieu avec les femmes et les hommes de tous les temps qui marchent debout, pour se constituer en peuple.

Antonio Tejado

Accompagnateur de Liaison

Picardie Champagne-Ardenne