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Actualité du Père Dehon

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Essai de relecture du Père Dehon

à la lumière de l’enseignement de l’Eglise du XXIème siècle

« La vérité et la charité ont été les deux grandes passions de ma vie »

MASTER  « THEOLOGIE ET SPIRITUALITE »

 

MEMOIRE

Présenté  par Jean-François JACQ

sous la direction de M. R. SCHNEIDER

Juin 2006

 

LISTE DES SIGLES UTILIES

CST            Constitutions des Prêtres du Sacré-Coeur

DC La Documentation Catholique

DCE Lettre Encyclique Deus Caritas Est (BENOIT XVI)

DM Lettre Encyclique Dives in Misericordia (JEAN-PAUL II)

DV Lettre Encyclique Dominum et Vivificantem (JEAN-PAUL II)

FR Lettre Encyclique Fides et Ratio (JEAN-PAUL II)

GS Constitution Pastorale du concile Vatican II : Gaudium et Spes

HC Histoire du Christianisme

LG Constitution dogmatique du concile Vatican II : Lumen Gentium

NHV Notes sur l’Histoire de ma Vie (DEHON Léon)

NMI Lettre Apostolique Novo Millennio Ineunte (JEAN-PAUL II)

NQ Notes Quotidiennes (DEHON Léon)

OSC Œuvres Sociales (DEHON Léon)

OSP Oeuvres Spirituelles (DEHON Léon)

PC Décret sur la Rénovation et l’Adaptation de la vie religieuse : Perfectae Caritatis

RCJ Le Règne du Cœur de Jésus dans les âmes et dans les sociétés (DEHON Léon)

RH Lettre Encyclique Redemptor Hominis (JEAN-PAUL II)

RMi Lettre Encyclique Redemptoris Missio (JEAN-PAUL II)

RSC La Rénovation Sociale Chrétienne (DEHON Léon)

TMA Lettre Apostolique Tertio Millennio Adveniente (JEAN-PAUL II)

VS Lettre Encyclique Veritatis Splendor (JEAN-PAUL II)


INTRODUCTION

A partir du Concile Vatican II, les ordres et Congrégations religieuses ont travaillé à un ressourcement de leur inspiration, sous l’impulsion de l’Esprit-Saint et la direction de l’Eglise. Selon Perfectae Caritatis[1], cette « rénovation adaptée » comprend à la fois le retour continu aux sources de la vie chrétienne ainsi qu’à l’inspiration originelle de chaque Institut,  et la prise en compte des conditions nouvelles de l’existence. En ce début de troisième millénaire, il est donc d’actualité d’évaluer le message dehonien, porté par la Congrégation religieuse des Prêtres du Sacré-Coeur de Jésus.

Pour cela, ce message doit d’abord être situé en lien avec son initiateur, le Père Dehon. Né en 1843 à La Capelle, le Père Dehon a été ordonné prêtre en 1868, à la veille du Concile Vatican I. Il a fondé la Congrégation des Prêtres du Sacré-Coeur en 1878. La plus grande partie de son ministère de prêtre s’est effectuée sous le Pontificat de Léon XIII (1878-1903). Il est mort en 1925 à Bruxelles, et a laissé un nombre important d’écrits.

Le début du troisième millénaire se situe sous le pontificat de Jean-Paul II. Celui-ci est né en 1920 en Pologne, et à travers son enseignement, il a essayé de mettre en oeuvre le Concile Vatican II (1962-1965), lequel est à la base de l’enseignement actuel de l’Eglise. Le corpus doctrinal de Jean-Paul II, constitué entre 1978 et 2005, est donc un repère de référence pour cet enseignement.

Une première conclusion se dégage : les écrits du Père Dehon datent de la période qui suit le concile Vatican I, tandis que l’enseignement actuel de l’Eglise est un fruit du Concile Vatican II. Il est important de voir le lien entre ces deux enseignements à travers une séparation d’un siècle

Le premier point d’articulation entre les deux enseignements est leur fondement qui prend sa source dans l’expérience de la rencontre avec le Christ. Ce doit être la règle suprême de la vie religieuse selon le premier principe indiqué par « Perfectae caritatis » pour la rénovation[2]. Ainsi, la citation de l’Evangile la plus fréquente chez le Père Dehon est celle de Saint-Paul dans Gal. 2,20 :

« Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Car ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi ».

Et Jean-Paul II s’appuie constamment pour sa part dans son enseignement sur les passages de la Constitution Pastorale du Concile Vatican II, Gaudium et spes 22 et 24 :

« Le Mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe Incarné. Le Christ, dans la Révélation même du Mystère du Père et de son Amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même, et lui découvre la sublimité de sa vocation »[3].

« L’homme ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même »[4].

Ce fondement est double. D’une part, le sens de la vie de l’homme se trouve dans le Christ, dans la rencontre de l’homme avec le Christ. D’autre part, cette rencontre du Christ appelle l’homme à se donner librement au Christ et à ses frères, à travers le don désintéressé de soi.

Un deuxième principe de rénovation indiqué par « Perfectae caritatis » est que tout Institut doit communier à la vie de l’Eglise et, tenant compte de son caractère propre, faire siennes ses initiatives et intentions, ainsi dans les domaines biblique, dogmatique, pastoral, œcuménique, missionnaire et social[5]. Selon deux autres principes de rénovation de « Perfectae caritatis », d’une part on mettra en pleine lumière et on maintiendra fidèlement l’esprit des fondateurs et leurs intentions spécifiques, de même que les saines traditions, d’autre part, les Instituts doivent promouvoir chez leurs membres une suffisante information de la condition humaine à leur époque et des besoins de l’Eglise.

Pour cela, il s’agit de vérifier un deuxième point d’articulation entre les deux enseignements qui est leur contenu. L’enseignement du Père Dehon s’appuie sur la spiritualité du Sacré-Cœur dans l’Eglise, et sur la réflexion sociale de l’époque en lien avec l’enseignement du pape Léon XIII. Cette spiritualité est enracinée dans la Bible, l’Eucharistie, l’adoration, et l’amour de Jésus dans les mystères de sa vie, sa mort et sa résurrection. Elle doit se traduire dans une motivation au don de soi en retour d’amour pour tous, fidèles et prêtres. Elle doit conduire les chrétiens à mener une vie chrétienne au service de la mission dans la justice et la charité, en particulier auprès des pauvres. Ainsi, le Père Dehon s’est efforcé d’aider les ouvriers à retrouver leur dignité en mettant en oeuvre l’enseignement de l’encyclique Rerum Novarum de Léon XIII.

Jean-Paul II, en s’appuyant sur le concile Vatican II et la démarche jubilaire centrée sur le mystère de la Trinité et la mise en mémoire du mystère de l’Incarnation, propose à l’homme un chemin d’épanouissement de sa liberté dans la vérité et la charité à travers un accomplissement de sa vocation. Pour cela, l’homme est appelé à s’appuyer sur une bonne morale et une bonne philosophie, mais aussi à se laisser éclairer par le Mystère de la Trinité, porte d’accès, à travers une vie sacramentelle (Baptême, Confirmation, Réconciliation, Eucharistie…) à une vie nouvelle se manifestant dans un engagement missionnaire dans l’Eglise et le monde en lien avec les autres religions.

Forts de la mise en lumière des deux fondements qui relient l’enseignement du Père Dehon à celui du Magistère à l’aube du Troisième Millénaire, nous pouvons tenter une évaluation du message Dehonien. Cette évaluation doit se faire au niveau des sources de la vie chrétienne, dans laquelle selon « Perfectae caritatis » la spiritualité est prioritaire, et prendre en compte les conditions nouvelles de l’existence.

La mise en perspective du message dehonien avec l’enseignement ecclésial contemporain va permettre de reconsidérer ses différents aspects pour en faire une relecture et proposer des orientations pour le vivre dans le troisième millénaire. D’ailleurs, le Magistère de Jean-Paul II a plusieurs fois encouragé la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur à faire ce travail d’actualisation. Son message contient deux composantes essentielles : la contemplation et la mission.

Pendant l’année 1997, consacrée au Père dans le cadre de la préparation du Jubilé de l’an 2000, Jean-Paul II insiste sur l’importance de la vie spirituelle comme base de fidélité au charisme dehonien, caractérisé par l’amour et la réparation, dans la docilité à l’Esprit-Saint. Il rappelle ensuite que le Cœur du Christ est au centre de la consécration dehonienne et que les personnes consacrées sont appelées non seulement à contempler ce Coeur, mais à y pénétrer pour vivre et agir en communion avec ses sentiments. Jean-Paul II encourage enfin la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur à s’avancer dans la mission sur les chemins du Troisième Millénaire à partir de cette union au Cœur du Christ. Cette mission doit se réaliser dans la fraternité, le service apostolique et la communion ecclésiale. Il souligne que le principe de cette mission est le témoignage de la charité divine:

« Le Charisme du Père Dehon est un don fécond pour la construction de la civilisation de l’amour, puisque l’âme de la nouvelle évangélisation est le témoignage de la charité divine : Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique… » (Jn.3,16)

Conservez toujours vivante l’ardeur missionnaire ! »

Une réunion du Chapitre Général de la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur qui s’est tenue en l’an 2003 à Rome publie un texte tenant largement compte de cette volonté d’aggiornamento[6]. Il s’agit pour le Supérieur général des Prêtres du Sacré-Coeur d’une « refondation » de la vie religieuse, c’est-à-dire de revenir sérieusement à l’essentiel de la vie chrétienne, religieuse et dehonienne, dans la confrontation aux défis de notre temps, et dans une reconversion du service apostolique des Dehoniens.

« Nous nous caractérisons par une perspective spirituelle, celle du Fondateur, qui constitue une forme originale et commune d’approcher le mystère du Christ et de nous associer à son oblation réparatrice au Père, solidaires avec l’humanité. C’est une perspective qui s’enracine profondément dans l’Ecriture. Le P. Dehon eut l’intuition de la résumer toujours en des mots clé de la Bible comme « Ecce venio », « Ecce Ancilla », « Sint unum », « Adveniat Regnum Tuum »[7].

A cette occasion, Jean-Paul II a encouragé à nouveau les Prêtres du Sacré-Cœur à mettre en oeuvre le thème de leur chapitre Général : « Soyez « Dehoniens en mission : cœur ouvert et solidaire », prêts à vous mesurer avec les exigences de votre époque et à qualifier votre apostolat dans les domaines de la spiritualité, de la mission « ad gentes », de la présence dans le social et d’une attention spécifique à la culture »[8]. Dans son discours de clôture du Chapitre, le Supérieur Général des Prêtres du Sacré-Coeur indique la signification de l’expression « cœur ouvert et solidaire » et développe ensuite l’ouverture à laquelle le Cœur de Jésus appelle la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur, selon trois directions : Dieu, les frères, les autres. Pour chaque axe, il indique quelles sont les racines dehoniennes et les orientations possibles pour l’avenir.

Pour une actualisation, il faut repartir de la contemplation du Cœur de Jésus. Il est significatif que Benoît XVI, dans son Encyclique Deus caritas est, reprenne également le thème du Cœur transpercé, point de départ d’un chemin pour l’homme intégral :

« Le regard tourné vers le côté du Christ, dont parle Jean, comprend ce qui a été le point de départ de cette encyclique : « Dieu est amour ». C’est là que cette vérité peut être contemplée. Et partant de là, on doit maintenant définir ce qu’est l’amour. A partir de ce regard, le chrétien trouve la route pour vivre et pour aimer »[9].

Pour une actualisation, il faut repartir également de la charité, âme de la nouvelle évangélisation. Dans son Encyclique, Benoît XVI prend en compte le thème de la Doctrine sociale de l’Eglise en indiquant que l’amour – caritas – sera toujours nécessaire, même dans la société la plus juste[10], rejoignant également ici le lien que fait le Père Dehon entre la spiritualité du Cœur de Jésus et le règne de la justice et de l’amour dans la société.

Ces deux bases de réactualisation reprennent en fait les deux fondements communs au Père Dehon et à Jean-Paul II, mais pour les présenter quatre étapes s’avèrent utiles, en tenant compte des trois directions présentées par le chapitre général.

Une première partie donne les bases de la réactualisation en présentant un résumé du message dehonien dans le cadre du paysage ecclésial du XIXème siècle, et décrivant les nouveaux repères ecclésiaux du troisième millénaire, suite au Concile Vatican II et au Jubilé de l’an 2000.

Une deuxième partie développe « Un cœur ouvert à Dieu : Une spiritualité revisitée, redécouverte, revitalisée ». Dans cette partie, on s’attachera à relire la spiritualité dehonienne par rapport à ses bases anthropologiques, bibliques et théologiques en référence avec l’enseignement ecclésial contemporain.

Une troisième partie s’intitule « Un cœur ouvert aux frères : renouvellement d’une vie de communion ». Elle aurait pu être intégrée dans la deuxième ou la quatrième partie, mais son importance est telle pour la vie dehonienne qu’elle semble mériter un développement significatif. Elle incite aussi à développer également tout ce qui a trait à l’Eucharistie.

Enfin, une quatrième partie présente « Un cœur ouvert au monde : un engagement renouvelé dans la mission ». Il s’agit ici de situer le message dehonien, avec  son charisme spécifique, par rapport aux défis du troisième millénaire

CHAPITRE I

BASES POUR UNE ACTUALISATION DU MESSAGE DEHONIEN

Le  XIXème siècle est marqué par un mouvement d’idées contestataires de l’autorité politique et de l’Eglise, se traduisant par un courant matérialiste d’humanisme athée, cherchant à éliminer Dieu, visant à démontrer que celui-ci est impensable. Pour aider l’Eglise à se défendre, va apparaître un renouveau spirituel. Celui-ci utilise le langage du cœur, il a pour principe d’aimer, pas de prouver, et donc d’entrer dans la vérité par l’amour. En même temps, on découvre qu’une spiritualité authentique doit déboucher sur l’action. Ce sera l’objectif du catholicisme social.

I/1 Le paysage ecclésial du XIXème siècle

Cette nouvelle spiritualité est marquée par un christocentrisme se traduisant par un apostolat envers les pauvres, les malades, les vieillards. Elle a deux fondements : Tout d’abord l’Eucharistie et l’adoration du Saint-Sacrement, se manifestant en particulier dans les Congrès Eucharistiques, et l’appel à la communion fréquente, l’objectif étant le développement de l’Eucharistie au sein la spiritualité chrétienne ; Ensuite, le Cœur de Jésus. Le XIXème siècle sera appelé le « siècle du Sacré-Cœur ». La spiritualité du Sacré-Cœur, liant le sentiment religieux et le sentiment monarchique, s’est beaucoup développée dans les « Missions paroissiales » au début du XIXème siècle. Pie IX étend la fête du Sacré-Cœur et béatifie Marguerite-Marie en 1864. De nombreuses Congrégations religieuses sont créées sous ce vocable. Cette spiritualité renforce le sens de l’Eglise par la doctrine du Corps Mystique. On retrouve ce christocentrisme chez tous les spirituels au XIXème siècle.

La piété mariale est sous-tendue par quatre grandes apparitions : la Médaille Miraculeuse en 1830 à la Rue du Bac, la Salette en 1846, Lourdes en 1858, Pontmain en 1871. Des Congrégations religieuses se placent sous cette protection, développant les attitudes d’abandon, d’enfance spirituelle, de dévouement.

C’est un christianisme populaire qui construit la vie chrétienne. Des lectures, des retraites, faisant une synthèse de vie de prière et d’action permettent de développer le rôle du laïc, sous une conception différente de celle de Vatican II. Les actions dans le domaine de la charité se multiplient, par exemple avec Ozanam.

Il y a une explosion de fondations religieuses et la consolidation d’ordres anciens, témoignant de la vitalité religieuse de l’époque. Ces fondations exercent leur apostolat principalement dans le domaine de l’enseignement et de l’assistance, et jouent un rôle social majeur. Elles se préoccupent en particulier d’un catholicisme social lié à la révolution industrielle. Le Père Dehon, en fondant la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur en 1878, se situe dans cette ligne. Il est porteur de ce que nous appellerons le « message dehonien ».

I/2 Le message Dehonien

Pour cerner le message dehonien, deux ouvrages principaux du Père Dehon vont nous aider : Les « Couronnes d’amour au Sacré-Cœur » en ce qui concerne la spiritualité, et la « Rénovation sociale chrétienne » en ce qui concerne l’engagement social[11].

2.1 Une spiritualité du Cœur de Jésus éclairée par le mystère central de la foi

Le Père Dehon privilégie trois moments comme étant les grands mystères du message chrétien : la venue de Dieu en Jésus de Nazareth, la Passion, et l’Eucharistie. La signification christologique de la tradition spirituelle du Sacré-Coeur est résumée dans ces trois temps que le Père Dehon appelle « les trois grands fleuves d’amour »[12]. Ils résument, à ses yeux, « tous les mystères du salut, tous les bienfaits de Dieu, toutes les richesses de sa grâce et de sa miséricorde »[13]. Ils articulent toute sa perspective théologique en devenant les références évangéliques de la dévotion au Coeur du Christ. C’est dans l’oeuvre « Couronnes d’amour au Sacré-Cœur » que cette perspective est la mieux développée.

Nous sommes ici en présence d’une spiritualité christologique. A travers la contemplation des œuvres d’amour de Jésus,  le Père Dehon veut faire rentrer le disciple dans une voie d’amour, chemin de la perfection. Le Cœur de Jésus veut s’imprimer dans le cœur du disciple, y vivre et règner parfaitement, comme ce fut le cas pour Sainte Marguerite-Marie[14]. C’est chez le Père Dehon une méthode spirituelle, à travers une pédagogie de l’approfondissement,  pour conduire le lecteur sur le chemin d’une vie cachée : la vie ou la voie d’amour[15].

Cette vie cachée, principe de l’union la plus intime avec Dieu, vécue avec fidélité, permet de s’élever, par la confiance et l’amour, dans la vie d’oraison et d’union. L’union au Christ va se concrétiser dans la méditation de l’Incarnation, la Passion et l’Eucharistie. La christologie du Père Dehon est moins un corpus dogmatique qu’une mise en oeuvre de la vie chrétienne en suivant les grandes étapes de la vie du Christ.

La dynamique de l’Incarnation se traduit pour le Père Dehon par l’ « Ecce Venio »[16]. L’Ecce Venio est un acte d’amour parfait par lequel Jésus consacre sa vie au Père : « Je viens pour accomplir votre volonté qui est gravée au fond de mon cœur »[17]. Dans cette oblation, le Sacré-Cœur nous a offerts et continue à nous offrir avec lui. En réponse, le disciple est invité également à l’oblation. « Vous êtes l’oblat de votre Père, je veux être celui de votre Cœur »[18]. Cette oblation invite à adhérer le plus totalement possible au Christ dans le mystère de son Cœur dans l’instant présent.

La spiritualité christologique du Père Dehon se réalise dans la vie eucharistique. Dans et par l’Eucharistie, le Christ est au travail dans le monde, il continue son oeuvre de rédemption, il manifeste son amour pour le Père et pour les hommes. L’Eucharistie achève la trilogie Dehonienne des mystères de la vie du Christ : Incarnation, Passion, Eucharistie. Dans l’adoration eucharistique qu’il recommande à ses religieux, il participe à l’oblation du Christ à son Père pour le salut du monde.

De la spiritualité de l’Ecole Française, le Père Dehon retient la vision spirituelle du sacerdoce[19]. Le prêtre, selon la formule de Bérulle, est un « autre Christ ». Il doit vivre en Christ, être consacré à Dieu. C’est la condition indispensable pour devenir serviteur des hommes. Si le Père Dehon se fait religieux, c’est pour devenir davantage prêtre, c’est-à-dire oblat du Père.

2.2 La réponse active aux difficultés et aux défis de l’Eglise et de la société

La vision de foi du Père Dehon est théocentrique, mais en même temps très attentive aux drames du monde et aux attentes des hommes. Chez le Père Dehon, l’amour du Christ renvoie au peuple à élever et à sauver… et l’amour du peuple renvoie au Coeur du Christ, parce que seulement en lui on peut avoir le salut. Les deux pôles sont, entre eux, en tension dialectique permanente.

2.2.1 Influence mutuelle entre visée mystique et engagement social

Le lien entre visée mystique et engagement social  apparaît plus ou moins clairement dans tous ses écrits. En 1889, il fonde la revue Le Règne du Coeur de Jésus dans les âmes et dans les sociétés, titre qui souligne le lien entre visée mystique et action sociale. Pour lui, « le Coeur de Jésus peut seul rendre à la terre la charité perdue. Lui seul regagnera le coeur des masses, le coeur des ouvriers, le coeur des jeunes-gens »[20].

C’est à ses écrits « sociaux » qu’il faut se référer pour rencontrer des réflexions d’ordre proprement politique et syndical. Il manifeste une évolution nette et audacieuse entre 1870 et 1900. Il commence à Saint-Quentin, aristocrate intellectuel, lié à la tradition monarchique et à l’intégralisme catholique et il aboutit au mouvement de la démocratie chrétienne[21]. En Août 1903, à la mort du pape Léon XIII; il écrit:

« Léon XIII a gardé jusqu’à la fin une confiance inébranlable (…) Ce siècle sera démocratique. Les peuples veulent une grande liberté civile, politique et communale. Les travailleurs veulent une part raisonnable du fruit de leur labeur.

Mais cette démocratie sera chrétienne ou ne sera pas. La nature humaine est tout imprégnée d’égoïsme. Toutes les civilisations païennes ont vu la faiblesse opprimée par la force. L’Evangile peut seul faire régner la justice et la charité »[22].

2.2.2 Rerum Novarum en France

Le texte pontifical majeur qui prend en compte la double nouveauté de la démocratie et de l’industrie est Rerum Novarum, l’Encyclique que Léon XIII publie le 15 mai 1891. L’impact historique de l’Encyclique n’a pas été tant d’articuler le catholicisme au mouvement ouvrier naissant que d’être le texte de référence en matière sociale. Tous les papes inscrivent leur intervention dans la continuité de Rerum Novarum, qui est considérée par le magistère comme un texte-source d’où jaillit une nouvelle vision du monde et de la société. Il procède en effet d’une nouvelle ecclésiologie qui pose l’Eglise comme partenaire et non plus souveraine.

Parmi les abbés démocrates, Dehon est probablement celui qui comprend le mieux la pensée de Léon XIII. Dehon prêche les Encycliques du pape, mais il ne se contente pas de répéter Rerum Novarum.  Il s’y réfère en permanence pour élaborer une véritable pensée sociale, une pratique pastorale et un projet chrétien sur l’homme et la société. Le titre de l’ouvrage qui paraît en 1900, La Rénovation sociale chrétienne, est révélateur de cette dynamique Dehonienne.

Ses contemporains ont vu dans le Manuel social chrétien qui paraît en 1894 le commentaire autorisé de Rerum Novarum. Les positions équilibrées qu’il adopte dans ses multiples interventions publiques lui feront jouer le rôle d’homme de confiance et de conciliation dans les différents Congrès.

2.2.3 Une véritable « restauration sociale » à partir de l’Evangile de l’amour

Dans La Rénovation sociale chrétienne, le Père Dehon lui-même parle souvent de « doctrine sociale », ou plus catégoriquement encore de « dogme social de l’Eglise »[23] : « Il nous manque un minimum de dogme social chrétien…l’Eglise seule peut nous le donner. Il faudra le lui demander, ou périr »[24].

A la lumière de l’Evangile, à condition de le lire comme « il faut savoir le lire »[25], il s’agit de renouveler l’ensemble de la société, les lois et leur mise en oeuvre en tous les mécanismes de la vie sociale. « C’est la chrétienté qu’il faut rétablir », disait-il déjà en 1889, c’est-à-dire le concert des nations sous la direction du Souverain Pontife.

Mais le Père Dehon est prêtre avant tout : Un prêtre qui dans la mouvance de l’Ecole française a été formé à vivre en tout « l’union à Notre-Seigneur ». Cette union, il entend bien la concrétiser jusque dans le combat social qu’il mène au nom même de son adhésion au Christ.

En conclusion, les deux dimensions spirituelle et sociale ainsi mises en évidence dans l’oeuvre du Père Dehon, font apparaître une spiritualité missionnaire, en même temps que l’unité de sa vie et de sa pensée. Il dit d’ailleurs :

« La vérité et la charité ont été les deux grandes passions de ma vie, et je n’ai qu’un désir, c’est qu’elles soient les deux seuls attraits de l’oeuvre que je laisserai, s’il plaît à Dieu  »[26].

Il est intéressant de voir que cette phrase du Père Dehon date du 29 mars 1887. La fondation de sa Congrégation a été marquée par une première dissolution en 1883. Elle est ensuite rétablie en 1884 en tant que Congrégation de droit pontifical, ce qui va accentuer son internationalisation. Il avait en effet la pensée de former une congrégation d’étude, avec son centre à Rome et le 4ème vœu de soutenir les doctrines romaines, même non définies comme de foi. A travers les évènements, le Seigneur lui a demandé une autre œuvre et il se sent appelé à unir les deux buts : l’étude selon l’esprit de Rome et la réparation au Sacré-Cœur de Jésus.

Le Christ est le chemin, la vérité et la vie. Vouloir vivre en union avec le Cœur du Christ ne peut conduire qu’à un chemin de vérité dans la charité. Le Père Dehon a vécu ces deux exigences à son époque, où le langage du cœur a été un don de Dieu pour entrer dans la vérité par l’amour face à un courant matérialiste d’humanisme athée, à travers l’action du catholicisme social.

Ces deux exigences de la vérité et de la charité sont fondamentalement constitutives du message chrétien. A l’aube du troisième millénaire, dans un contexte ecclésial et social différent de celui du XIXème siècle, elles demeurent donc un fondement de l’avenir du message dehonien.

I/3 Le contexte ecclésial au début du troisième millénaire

La situation du monde contemporain a beaucoup changé depuis le XIXème siècle. L’évènement ecclésial majeur qui a marqué le XXème siècle est le Concile Vatican II. Pour l’évaluation dehonienne, il est tout d’abord essentiel de dégager les points importants du Concile, et ses conséquences pour la théologie du Magistère du début du Troisième Millénaire. Un point de référence clair pour la théologie contemporaine est le Jubilé de l’an 2000, qui se situe dans les dernières années du Pontificat de Jean-Paul II, et est en lien étroit avec son enseignement et son ministère. Cet enseignement, lié à un pontificat de 26 ans, est donc d’actualité comme référence pour cette évaluation, tout comme l’enseignement de Benoît XVI, qui a publié en 2006 une Encyclique dont le titre Deus Caritas est rejoint également le cœur du message dehonien.

3.1 Les perspectives de Vatican II

L’Assemblée du concile sera représentative du monde entier et se terminera le 8 décembre 1965 sous le pontificat de Paul VI. Celui-ci affirme « Au centre de tout, le Christ » et que la richesse doctrinale du concile ne vise qu’à une seule chose : servir l’homme. Pour servir l’homme, il faut apprendre à le connaître. Mais, pour connaître l’homme, il faut connaître Dieu, et donc le Christ puisqu’Il est le chemin vers le Père. Et il est également vrai que pour connaître Dieu, il faut connaître l’homme. Paul VI en déduit que le concile est destiné à ouvrir au monde moderne les voies d’une ascension vers la liberté et le vrai bonheur, à travers l’enseignement de l’amour[27].

Les actes du Concile se composent de quatre Constitutions, neuf décrets, et trois déclarations. Les points importants qui s’en dégagent sont les suivants :

Dans la Constitution dogmatique Lumen Gentium, l’Eglise est définie désormais comme le « sacrement » – le signe et le moyen – de la rencontre de Dieu avec l’humanité. Sa vocation est d’être une communauté missionnaire. Peuple de Dieu dans l’histoire, elle est formée d’une diversité de membres ont tous ont même dignité dans une variété de mission. Elle ne saurait se définir comme structure cléricale pyramidale.

Dans la constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps Gaudium et spes, l’homme se trouve placé au centre de la préoccupation et de la mission de l’Eglise. Les chrétiens sont situés dans le monde de leur temps pour y voir à l’œuvre l’Esprit de Dieu. Les questions importantes qui leur sont posées sont : la famille, la culture, la vie économique, politique et sociale, la paix et le développement.

Dans la Constitution sur la Sainte Liturgie Sacrosanctum concilium, l’Eucharistie est présentée comme « la source et le sommet de la vie de l’Eglise ». La constitution aborde la place de la messe dans l’existence chrétienne, et l’association étroite du Peuple de Dieu à la célébration. Les aspects de la vie liturgique sont revisités.

Dans la Constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum, est affirmé le fait que toute vie chrétienne est d’abord une écoute de la Parole de Dieu : Comment Dieu parle t-il ? Non par des vérités à croire en toute soumission à l’autorité, mais en s’adressant à l’humanité par des mots et des gestes, une rencontre qui a culminé en Jésus-Christ.

Dans le décret sur l’œcuménisme Unitatis reintegrtio, les catholiques sont invités à un engagement résolu sur la voie de l’unité à retrouver entre tous les chrétiens. Le Décret sur la charge pastorale des évêques dans l’Eglise Christus Dominus présente l’épiscopat comme un service collégial. Dans le Décret sur le ministère et la vie des prêtres Presbytérium ordinis, le ministère des prêtres est ordonné à l’annonce de l’Evangile dans le monde. Le Décret sur l’apostolat des laïcs Apostolicam actuasitatem présente tout baptisé comme « prêtre, prophète et roi », avec un appel à prendre des responsabilités apostoliques dans l’Eglise. Le Décret sur la rénovation et l’adaptation de la vie religieuse Perfectae caritatis invite les Congrégations religieuses à se ressourcer à leur charisme et à prendre en compte l’évolution du monde. Le Décret sur l’activité missionnaire de l’Eglise Ad gentes divinitus invite chaque chrétien à être missionnaire, affirme qu’il n’existe qu’une seule mission de l’Eglise dans les cultures et que la découverte du Christ permet de progresser en humanité.

La Déclaration sur les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes Nostra Aetate invite les chrétiens au dialogue interreligieux, les autres religions comportant des éléments de vérité. La Déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae affirme que la liberté religieuse, fondée dans la dignité de la personne humaine et dans la Révélation, doit être garantie aux chrétiens et aux non-chrétiens. D’autre part, nul n’est dispensé de rechercher la vérité dont témoigne l’Eglise.

3.2 L’évolution de la théologie depuis Vatican II

La fin des années soixante-dix et les années quatre-vingt représentent un tournant dans la théologie systématique occidentale, dépassant ainsi la tentation ecclésio-centrique qui est celle du catholicisme du XXème siècle. Désormais les travaux de pneumatologie et de théologie trinitaire vont occuper le devant de la scène. La seconde reçoit la fonction structurante de l’ensemble de la théologie systématique. La décision de penser la foi à partir de Dieu se répand de plus en plus. Cela permet de dépasser certains clivages confessionnels du passé en invitant le croyant à penser l’expérience de son humanité et de la totalité de réel – la création – jusqu’au bout. Certains parlent d’un tournant cosmologique, d’autres d’un tournant phénoménologico-herméneutique et d’autres d’un tournant interreligieux.

L’Eglise de Vatican II désire rendre proche le Dieu saint qui s’avère toujours plus humain[28]. Elle renonce à un savoir assuré sur la société pour se laisser atteindre par l’énigme de la vocation humaine qui la dépasse. En même temps, l’expérience de la mondialisation a fait durant l’époque moderne prendre progressivement conscience à la chrétienté que la Révélation existe en lien avec sa réception historique et culturelle. Cela l’invite à déployer une créativité interprétative à l’image de celle des premières communautés chrétiennes.

Ce changement paradigmatique met en évidence certaines réalités : D’une part, le magistère défend une certaine théologie, et ne joue pas seulement un rôle de régulation entre paradigmes concurrents. D’autre part, la pluralité des cultures et des religions n’est plus médiatisée par une philosophie unifiée. Ensuite, la mondialisation et la régionalisation mettent les théologiens devant le défi d’un nouvel œcuménisme. L’universalisme chrétien a été par le passé le puissant ferment d’une mondialisation. Aujourd’hui dépassé par la globalisation technique, économique et médiatique, il est invité à s’interroger sur sa propre forme prophétique : le mystère de la catholicité et de l’unité du monde qui se fonde sur une réconciliation des cultures et des consciences.

3.3 Une philosophie de l’homme, clé d’interprétation de Vatican II

Toute l’oeuvre philosophique de Karol Wojtyla a pour centre le Concile Oecuménique Vatican II. Personne et acte, le livre qui couronne et conclut l’activité philosophique de Wojtyla, a probablement été conçu dans ses lignes essentielles au cours de ce Concile, et comme tentative de rendre raison, au plan de l’analyse philosophique, de la conception de l’homme qui est présupposée par les documents conciliaires.

Personne et acte est la formulation nouvelle du rapport entre conscience et vérité qui est exigé par Vatican II. Wojtyla y montre comment la conscience est bien subordonnée à la volonté, laquelle est à son tour orientée, grâce à la connaissance de soi, par la vérité. La recherche et l’obtention de la vérité ne sont pas une entreprise simplement intellectuelle, mais une aventure que l’homme vit de tout son être. La vérité conduit la personne à réaliser un acte humain qui l’engage en tant que personne. En introduisant dans la détermination même de la personne la structure de la connaissance de soi, Wojtyla brise le cercle vicieux des philosophies de la conscience  qui ne reconnaissent aucune vérité hors de la conscience.

Wojtyla demeure tout à fait dans l’esprit du Concile, tout en étant conscient des difficultés et des crises de l’après-concile. Personne et acte réforme la philosophie de l’existence en la rattachant étroitement à celle de l’être. Wojtyla propose une rencontre entre la philosophie de l’existence et le thomisme, sur la base d’une réforme du thomisme. Il s’agit d’un développement qui sauve entièrement l’ontologie classique et mène, sur cette base, une analyse phénoménologique de l’être de l’homme dans le monde qui, loin de la contredire, l’intègre et lui confère une prégnance existentielle, en utilisant la méthode phénoménologique avec une parfaite honnêteté.

Le développement de cette philosophie est lié à l’évènement historique du Concile. La tâche du concile, selon Wojtyla, est de faire de la foi une expérience de vie, en créant une mentalité chrétienne et un christianisme appris sans intellectualisme mais existentiellement vécu.

3.4 Eclairage par rapport à la démarche jubilaire de l’an 2000

Apparaît dans la démarche jubilaire un appel du Saint-Père pour que l’Eglise et tous les hommes se tournent vers le mystère de l’Incarnation. Celui-ci peut « éclairer le mystère de l’homme pour qu’il puisse répondre à sa très haute vocation ». Il est significatif que les trois années de préparation soient consacrées respectivement au Christ, à l’Esprit et au Père, la célébration de l’année jubilaire proprement dit ayant pour objectif la glorification de la Trinité. Jean-Paul II explique que « la structure thématique de ces trois années, centrée sur le Christ, Fils de Dieu fait homme, ne peut être que théologique, c’est à dire trinitaire »[29]. Se retrouve ainsi sur le plan pastoral la perspective trinitaire dans laquelle il avait placé son ministère de successeur de Pierre dans l’Encyclique RH. En conclusion de cette approche de la démarche jubilaire, il y a bien une confirmation et même une mise en oeuvre de cette affirmation chez Jean-Paul II de GS 22 : « Le Mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe Incarné… Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation »[30].

A peine le jubilé est-il terminé, Jean-Paul II publie le 6 Janvier 2001 la Lettre Apostolique Novo Millennio Ineunte dans laquelle il invite l’Eglise à rendre grâce pour l’année jubilaire et à avancer au large : Duc in altum (Lc 5,4 ). Il y fait le point sur l’année jubilaire et reprend la citation de GS 22 pour expliciter la profondeur du mystère de l’Incarnation, base de l’anthropologie chrétienne, et inviter les hommes à contempler le visage du Christ

Dans son homélie d’ouverture du XXIème Chapitre général de la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur en 2003, le Supérieur Général rappelait que le Chapitre est un évènement ecclésial et de grâce, qui doit être célébré à la lumière de la foi, guidés par l’Esprit et dans la perspective du « Duc in altum » (LC. 5,4), ce à quoi appelle avec insistance le Saint-Père dans NMI. Nous sommes en effet dans un moment décisif de l’histoire, marquée par de grands changements de fond qui configurent une nouvelle époque, dans laquelle les Prêtres du Sacré-Cœur sont appelés à être des protagonistes. Il s’agit donc pour les dehoniens d’être « Dehoniens en mission : cœur ouvert et solidaire ».

Dans son discours de clôture du chapitre, le nouveau Supérieur Général indique ce que cela signifie : « Le cœur évoque l’amour de Dieu, Père de miséricorde. Le cœur nous met devant le Rédempteur, cloué sur la croix, le cœur ouvert par la lance et remettant l’Esprit à son Eglise. Cœur ouvert par l’amour, capable d’aimer sans conditions le Père et les hommes et de donner sa vie pour eux… Cœur ouvert et solidaire exprime disponibilité, accueil, cordialité et communion ; cœur capable de rencontrer l’autre et d’être ensemble ; il rappelle la réparation et la réconciliation ».

Il développe ensuite l’ouverture à laquelle le Cœur de Jésus appelle la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur, selon trois directions : Dieu, les frères, les autres. Pour chaque axe, il indique quelles sont les racines dehoniennes et les orientations possibles pour l’avenir.

CHAPITRE II

UN CŒUR OUVERT A DIEU : UNE SPRITUALITE REVISITEE, REDECOUVERTE, REVITALISEE. « ECCE VENIO, ECCE ANCILLA ».

Le XXIème chapitre général rappelle tout d’abord que l’expérience d’être personnellement aimés par Dieu fonde la spiritualité dehonienne centrée sur le Cœur transpercé du Sauveur[31] :

« Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi ». (Ga 2,20)

L’actualisation de la spiritualité dehonienne passera par deux attitudes fondamentales :

L’Ecce Venio, et l’Ecce Ancilla. L’Ecce Venio rappelle l’amour immense de Dieu à travers le Cœur ouvert du Christ, qui se fait don et source d’une humanité nouvelle, libérée et appelée &agra