Home | Publications | Jean-Jacques Flammang | A propos du livre d’André Léonard : Les raisons de croire

A propos du livre d’André Léonard : Les raisons de croire

Taille de la police: Decrease font Enlarge font
A propos du livre d’André Léonard : Les raisons de croire

A propos du livre d’André Léonard : Les raisons de croire

Non pas projection consolante, mais « injection » déconcertante

La foi chrétienne et ses raisons de croire

 

A peine nommé archevêque de Malines-Bruxelles Mgr André-Joseph Léonard vient de republier son très beau livre « Les raisons de croire », en édition revue et augmentée.

« Oui ou non Dieu existe-t-il ? Oui ou non, s’il existe, Dieu plane-t-il loin au-dessus de nos vies et des drames du monde, ou bien intervient-il activement dans notre histoire, pour l’éclairer et la conduire à son aboutissement ? Oui ou non, Jésus-Christ est-il l’Unique en lequel Dieu s’est révélé et livré à l’humanité pour toujours ? Oui ou non, Jésus-Christ est-il aujourd’hui vivant et accessible dans l’Eglise ? »

Voilà les questions auxquelles le professeur André Léonard a jadis répondu magistralement dans les grands auditoires de l’Université catholique de Louvain dans son cours de religion pour les étudiants de 3e ou 4e année. Car l’Université de Louvain étant catholique exigeait de chaque étudiant qu’il suive à côté de ses autres cours aussi un cours de religion. Aux milliers d’étudiants concernés était proposé chaque année une liste de cours parmi lesquels ils pouvaient en choisir un. Le cours d’André Léonard, un des plus brillants esprits de l’Université, avait la renommée d’être un « très bon cours » tant pour le contenu que pour la forme, et nombreux étaient ceux qui le choisissaient. Il avait un tel succès que le professeur s’était décidé à le publier. C’était en 1987.

Aujourd’hui, archevêque de Malines-Bruxelles, André Léonard propose au grand public une nouvelle édition revue et augmentée de ce chef-d’oeuvre qui éblouit le lecteur tant par la clarté de l’exposé et par le jugement juste sur les différentes positions théologiques ou philosophiques que par le sens pédagogique mis en œuvre pour expliquer ce qui dans la foi est à comprendre et pour montrer que la foi dépasse aussi toujours la simple raison.

Suivant la logique interne de son objet d’étude, les raisons de croire, André Léonard divise son texte en quatre parties. La première, plus philosophique, montre en quoi une justification rationnelle de la foi est importante pour tout croyant quitte à ce qu’elle varie selon la formation et la culture des personnes concernées et que l’essentiel n’est pas ce que l’on peut dire, mais ce que l’on vit et éprouve intérieurement, même si on a de la peine à le verbaliser.

Evitant le double écueil d’un rationalisme qui croit tout comprendre par la seule raison et d’un fidéisme qui se refuse à toute approche rationnelle, la foi catholique garde une confiance dans la raison droite qui lui fait comprendre qu’elle est à la fois raisonnable et transrationnelle. S’appuyant sur des raisons de croire solides et éprouvées, la foi ne sera pourtant vraiment digne de Dieu et de l’homme que si elle transcende la simple raison.

Les deuxième et troisième parties présentent et commentent les raisons de croire.

D’abord les raisons de croire en Dieu. Ici le professeur de philosophie part du monde (la voie métaphysique), puis de l’esprit (la voie métanoétique) pour montrer à ses étudiants les chemins qui mènent à Dieu. Il réussit à présenter et commenter en quelques pages les cinq voies de saint Thomas d’Aquin. Nouveau dans cette deuxième édition est le débat avec les sciences naturelles. En s’inspirant du livre de J. Staune, Notre existence a-t-elle un sens ? André Léonard présente la remise en cause du matérialisme par les découvertes de la physique quantique ; le principe anthropique qui guide en grande partie les travaux en cosmologie ; les compléments que donnent les sciences de l’évolution à un darwinisme valorisant trop le hasard ; les découvertes impressionnantes des neurosciences et le principe d’incomplétude qu’elles mettent en évidence pour aborder ce qui est convenu d’appeler l’esprit.

En philosophe averti, André Léonard évite de tomber dans un concordisme facile qui verrait dans les recherches scientifiques de véritables preuves de l’existence de Dieu. N’empêche qu’à partir des interrogations suscitées par les découvertes scientifiques, il est légitime d’amorcer une réflexion métaphysique (qui va au-delà de la nature) et métanoétique (qui va au-delà de l’esprit humain) pour s’ouvrir à l’existence d’une Pensée présidant à l’intelligibilité de l’Univers.

L’homme est autorisé à accomplir cette démarche métaphysique et métanoétique car son esprit lui fait découvrir qu’il est lui-même un être métaphysique et métanoétique. Libre, il ne peut donner lui-même un fondement à cette liberté. Car comme le disait Sartre « nous sommes une liberté qui choisit, mais nous ne choisissons pas d’être libres : nous sommes condamnés à la liberté ». Et André Léonard commente correctement : « Il y a donc bien une « facticité » de la liberté, qui, en dépit de sa créativité, est pour elle-même un « fait » qu’elle n’a pas posé ». L’esprit fini ne pouvant être sa propre origine, ni s’expliquer à partir du monde vu sa dimension strictement métaphysique,  « il en résulte en toute rigueur, que l’esprit humain doit ultimement s’enraciner en un esprit personnel dont la liberté soit infinie, absolue et proprement créatrice. Nous ne sommes donc pas « condamnés » à la liberté, mais nous sommes « créés » pour la liberté par une Liberté. »

Même s’il est possible d’établir des raisons de croire en Dieu, celles-ci doivent tenir devant les forces destructrices du néant. Aussi André Léonard termine-t-il cette deuxième partie en mettant les raisons de croire en Dieu à l’épreuve du mal. Ce qui l’amène à sa troisième partie, celle qui traite des raisons de croire en Jésus-Christ. Car seule la foi en Jésus-Christ permet une affirmation de Dieu qui puisse soutenir l’épreuve du mal. Par cette affirmation, André Léonard ne prétend pas soutenir qu’il n’existe de foi en Dieu qu’à l’intérieur de la foi chrétienne, mais bien « qu’une foi en Dieu solide, durable et complète, c’est-à-dire capable d’intégrer toute la condition humaine, n’est ultimement possible que dans la foi en Jésus-Christ ».

Pour présenter cette foi, le théologien part de la figure de Jésus qui réunit sa prétention divine, sa chute dans l’abîme et sa Résurrection. Fils unique de Dieu, Jésus s’est fait homme, est mort sur la croix et est ressuscité, la résurrection ayant comme implications sa réhabilitation et sa transfiguration ainsi que l’inauguration du monde nouveau. De cette figure de Jésus pourrait se développer tout le dogme catholique, mais le propos d’André Léonard étant ici seulement apologétique, il ne traite que des raisons que nous avons pour croire en la réalité de la figure de Jésus telle que nous la présente le Nouveau Testament.

Ici le sens pédagogique du grand professeur se manifeste surtout quand il présente en quelques lignes la diversité des positions christologiques et les interprétations les plus variées du dogme de la Trinité, ou lorsqu’il explique les enjeux théologiques d’une exégèse autour du Jésus de l’histoire et du Christ de la foi, ou encore lorsqu’il détruit les critiques rationalistes et réductionnistes de toute religion.

Le christianisme n’est pas une simple forme parmi d’autres de la religiosité de l’homme en quête de Dieu. Il est lié à l’histoire et se comprend moins comme une aventure de l’homme à la recherche de Dieu que comme l’aventure de Dieu à la recherche de l’homme. Au soupçon freudien est ainsi imposé un frein, et un coup d’arrêt à la réduction marxiste. Le christianisme n’est pas cette « projection » consolante et illusoire des aspirations humaines dans une représentation mythique de la divinité, il est bien plutôt l’« injection » déconcertante de la vie divine dans l’histoire des hommes.

La foi en Jésus se présente ainsi comme une espérance séduisante d’une cohérence unique, garantie par l’histoire et vérifiée par l’expérience.

Les chapitres forts éclairants de la quatrième partie traitent le mystère du mal et le péché originel, thèmes qu’aucune foi en Dieu ne puisse esquiver.

La nouveauté de Pâques, proclamée dans l’Eglise, faisant découvrir la contingence du mal, celui-ci ne peut plus être conçu comme une simple illusion que dissiperait une meilleure connaissance du réel ou qu’évacuerait l’extinction de nos désirs égoïstes, ainsi que le voudraient certains philosophes (Spinoza, par exemple) ou certaines mystiques orientales. Il n’appartient pas non plus à la nature nécessaire des choses, comme le pensent de nombreux athées. Il n’est ni esthétiquement cette zone d’ombre nécessaire à un meilleur relief de la lumière ni pédagogiquement cette étape provisoire de la création pour que l’homme prennent conscience de ses limites natives et apprenne à tout attendre de Dieu.

Non pour la foi chrétienne, le mal ne dépend d’aucune nécessité métaphysique, physique, morale, esthétique ou pédagogique. Il est pourtant dramatiquement réel, mais comme ce-qui-n’aurait-pas-dû-être. Absolument injustifiable, il peut aussi être vaincu et ne plus être. Ce qui mène André Léonard à interroger les textes bibliques relatant la venue dans le monde du mal par le péché originel, et ceux de la résurrection par laquelle est inauguré le monde nouveau dépourvu du mal et du malheur.

La conclusion retient que nous avons bien des « raisons » de croire, mais ce sont bien des raisons de « croire », c’est-à-dire de faire confiance à une réalité qui nous dépasse. Car même si elle est raisonnable, la foi chrétienne reste transrationnelle.

Face au mal, il reste toujours la question pourquoi Dieu a-t-il pris le risque de créer un monde où le mal est nécessairement possible et où il est devenu effectivement réel. Il reste aussi la question pourquoi Dieu laisse l’ancien monde avec tout son mal aller vers sa fin au lieu d’instaurer tout de suite les cieux nouveaux et la terre nouvelle inaugurés par la résurrection de Jésus ! Il reste enfin la question du sens ultime de toutes les souffrances.

Après avoir lu et médité le riche texte « Les raisons de croire » nous savons que nous pouvons faire confiance à Dieu jusqu’au bout et quoi qu’il arrive, car il a payé le prix qu’il fallait pour obtenir de nous tous une telle confiance, le prix de son Amour crucifié, le prix de son sang. Et si malgré tout, il nous arrivait de douter ou de vouloir nous détourner de Dieu, que nous revienne à l’esprit ce que répondait saint Pierre à Jésus: « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as, toi, les paroles de la vie éternelle. Nous croyons, nous, et nous savons que tu es le Saint de Dieu.»

P. Jean-Jacques Flammang SCJ


André Léonard : Les raisons de croire. Edition revue et augmentée. Communio, Sarment. Editions du Jubilé, 2010, 273 pages. ISBN 978-2-86679-526-9.

Nos bibliothèques

Les derniers ajouts

Présentation des Dehoniens-Prêtres du Sacré-Cœur

Présentation des Dehoniens-Prêtres du Sacré-Cœur

              Qui sommes-nous?... Tout l'article

Le pape François et les réfugiés

Le pape François et les réfugiés

                      **** Le pape François propose plusieurs points pour la pastorale des réfugiés. Voici le texte récemment publié. Apporter une réponse aux réfugiés et aux migrants Vingt points d'action pastorale cliquez... Tout l'article

P. Joseph Famerée SCJ - Professeur de théologie à UCL

Joseph Famerée, né en 1955 à Emptinne, est membre de la Congrégation des Dehoniens - Prêtres du Sacré-Coeur de Jésus et théologien belge. Il est... Tout l'article

Rencontre des fraternités en monde ouvrier

Rencontre des fraternités en monde ouvrier

Rencontre des petites fraternités en classe ouvrière à la communauté de formation de Paris   Lundi, 30 octobre 2017 les fraternités en monde ouvrier se sont... Tout l'article