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Deux ouvrages exceptionnels du professeur Emilio Brito

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Deux ouvrages exceptionnels du professeur Emilio Brito

Ce que peut nous dire l’anthropologie théologique sur l’Homme

La traversée de la question anthropologique proposée par Emilio Brito dans son récent ouvrage magistral Sur l’Homme

 

 

Après son œuvre de référence « Philosophie moderne et christianisme »[1], Emilio Brito vient de publier un second ouvrage exceptionnel, intitulé « Sur l’homme. Une traversée de la question anthropologique »[2] où il essaie de thématiser l’essence de l’homme.

Après un long parcours historique et philosophique, explicatif et critique, Brito tente, comme il est usage, de ramasser le savoir sur l’homme dans une formule concise.

Pour ce faire[3], il élimine d’abord ce qui ne convient pas. L’homme n’est pas ce « microcosme » dont parle Démocrite, ni l’homo natura de Nietzsche, encore moins « l’homme-machine » de La Mettrie. Il faut aussi prendre ses distances par rapport à des formules comme « l’être de manque » de Gehlen ou « l’être excentrique » de Plessner. Le professeur émérite de la Faculté de théologie de Louvain refuse aussi la description de Portmann parlant de l’homme comme de « celui qui arrive un an trop tôt dans le monde » ainsi que celle de Nietzsche qui voit en l’homme « das noch nicht festgestellte Tier ».

Fort de ses recherches, Brito veut trouver mieux que « l’animal doué de raison » d’Aristote ou « l’animal symbolique » de Cassirer. Les expressions Homo viator de G. Marcel et Homo abyssus de F. Ulrich sont certes belles, mais trop vagues. W.E. Mühlmann retient l’Homo creator, mais cette formule est trop unilatérale, de même que sont trop restreintes les expressions Homo passionis de C. Thies, Zôon politikon d’Aristote ou encore celle fort répandue Homo Faber, déjà critiquée par Bergson et Scheler. Le slogan de Feuerbach qui affirme que « l’homme est le dieu de l’homme » n’a pas grand-chose à voir avec le deus humanatus de Nicolas de Cues ; elle est sujet à caution tout comme les formules bien connues « Sein zum Tode » de Heidegger ou « passion inutile » de Sartre. Les deux expressions de Ricœur « homme faillible » et « homme capable » n’expriment pas non plus l’essentiel de l’homme, ni d’ailleurs les formules « l’homme en contradiction » de E. Brunner, « l’homme problématique » de G. Marcel, « l’homme révolté » de Camus, « l’homme unidimensionnel » de H. Marcuse et « l’homme sans alternative » de L. Kolakowski qui toutes donnent de l’homme une impression trop négative. Il y aurait l’expression homo absconditus, mais elle est trop compromise par l’athéisme d’E. Bloch.

En revanche, les formules de K. Rahner pour qui l’homme est « esprit dans le monde » et « chiffre de Dieu » trouvent grâce aux yeux critiques d’Emilio Brito, encore faudrait-il pouvoir les fondre en une seule expression, tout en sauvegardant la double relativité de l’être humain. Car celui-ci est bien ce point de transfiguration et de spiritualisation où la Nature transite au monde spirituel : Schelling l’a bien remarqué lorsqu’il parle de cette liberté spécifique de l’homme, qui est à la fois libre de Dieu en ce qu’il a dans la Nature une racine indépendante, et libre de la Nature en ce que le divin est éveillé en lui.

C’est - comme le fait encore plus radicalement Pascal - situer l’homme entre les deux abîmes de l’infini et du néant, là où l’homme se rend compte qu’il est « également incapable de voir le néant d’où il est tiré, et l’infini où il est englouti » (Pascal).

Les quelque 2000 pages de l’ouvrage magistral d’Emilio Brito élucident l’arrière-fond philosophique et théologique nécessaire pour comprendre en quoi les formules proposées au long de l’histoire moderne n’arrivent qu’en partie à dire l’essentiel sur l’homme.

P. Jean-Jacques Flammang SCJ



[2] Emilio Brito : Sur l’homme. Une traversée de la question anthropologique (Bibliotheca Ephemeridum Theologicarum Lovaniensium, CCLXXI A + B), Leuven-Paris-Bristol, 2015, 2045 pages. ISBN 978-90-429-31312.

[3] Nous ne faisons ici que paraphraser les pages 1976-1978 de Sur l’homme.

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