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Lecture de La Transcendance offusquée de Maxence Caron

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Lecture de La Transcendance offusquée de Maxence Caron

 

Maxence Caron vient de publier un nouveau tome du Système nouveau de la Pensée, de l’Art et de l’Histoire passée, présente et à venir. Comme la publication en 2009 de La Vérité captive, c’est le grand événement philosophique pour ces temps-ci. Aussi nous publions ici une première prise de contact avec cette œuvre magistrale qui par son « ontopsychanalyse de l’Âge classique » révolutionne notre compréhension de la philosophie moderne pour mieux faire comprendre où nous en sommes aujourd’hui : à la renaissance de la philosophie, à son véritable commencement, vu qu’elle ose quitter le terrain ontodiaphoriquement oblivisqueux afin de reparler de Dieu et de l’âme après tant de siècles d’immanentisme transcendemental.

Maxence Caron : La Transcendance offusquée - De la philosophie. IIe Partie : Ontopsychanalyse de l’Âge classique, Paris, Les Belles Lettres, 2018. 1042 pages.

ISBN 978-2-251-447759

 


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La Vérité captive – De la philosophie. Cette œuvre n’est pas « la plus importante du dernier demi-siècle », et ce n’est pas dans ces catégories qu’il faut penser : ce livre absolument nouveau, inaugurant une renaissance, laissant son siècle, cela va sans dire, mais tous les autres derrière soi, est l’œuvre où pour la première fois la philosophie commence. Contre ce fait qui dépend de la Vérité, et pas même de moi, personne ne peut rien.

Maxence Caron :
De l’art comme résistance
à l’implication politique,
p. 404

 

 

La Transcendance offusquée – De la philosophie

 

Dans son nouveau livre[1], Maxence Caron poursuit ce qu’il a commencé dans La Vérité captive : une toute nouvelle interprétation de la philosophie et l’élaboration de son « Système nouveau de la Pensée, de l’Art et de l’Histoire passée, présente et à venir » déjà en partie présenté dans une quinzaine de volumes publiés. Il faut spécifier l’expression son Système, car il ne s’agit pas d’un nouveau système qui s’ajouterait aux autres déjà existants : il s’agit plutôt du Système de la Pensée, comme l’écrit à plusieurs reprises Maxence Caron lorsqu’il note : « La philosophie n’avait pas encore commencé. C’est fait.[2] »

Le Système présenté n’est pas simplement le résultat du travail énorme que le philosophe a dû investir pour élaborer cet œuvre, il vérifie aussi ce qu’affirme l’Ode de Salomon : « La pensée de la Vérité m’a conduit, Je l’ai suivie et n’ai pas erré.[3] » Alors que beaucoup ont vu la manifestation du Principe et l’ont fui pour éviter de croiser son Regard, Maxence Caron en parle ouvertement, clairement, quitte à être considéré « comme un étranger[4] » par ceux qui se disent philosophes ou penseurs.

« La Transcendance offusquée » se présente comme une relecture tout à fait originale de la discursion à l’âge classique : sur base de notions qui sont expliquées, Maxence Caron analyse Descartes qui entre dans la totalité de distraction pour « aveugler[5] » face au Principe ; Pascal qui a peur de penser et finit par « interdire[6] » d’aborder par la pensée la Transcendance ; Leibniz qui révolutionne la pensée, mais pour le pire, et parvient à « effacer[7] » tout ce qui concerne le Transcendant pour ne garder que le transcendement ; Kant enfin qui fixe la reptilité, en fait la doctrine qu’il consomme et réussit à « assourdir[8] » tous ceux qui désirent encore parler de Dieu.  

Ces développements illustrent et analysent à la fois cette discursion moderne qui n’a de cesse « qu’elle se soit vue approfondir intégralement l’offuscation de la Différence fondamentale et transcendentale : la discursion court, mais elle ne se regarde pas ; elle ne se regarde jamais, elle ne regarde jamais penser la pensée… ces paupières ne s’ouvrent que pour convoiter l’unique référent et qu’elle détache de sa cause en offusquant la Différence fondamentale du Transcendant et du transcendement[9] ».

Discursivité transcendementale mais jamais transcendantale, la philosophie moderne aboutit à « cet ordre outre-humano-moderne, à cette nodernité dont tout l’Être a été chassé[10] » et dont le fruit est « de faire marcher le singe debout et l’homme à quatre pattes ».

Heureusement le maxencéisme[11] – c’est ainsi que l’on nomme désormais la pensée ontodiaphorique fondamentale de Maxence Caron – heureusement le maxencéisme regarde au fond de la possibilité de la pensée et du Principe de cette possibilité pour rencontrer la pensée qui connaît, en se connaissant, la Transcendance antéréelle du Créateur. Désormais donc « la Vérité n’est plus captive : le Principe Transcendant, la pure splendeur de son irréductible Différence est apparue en toute rationalité comme la possibilité même de la rationalité et dans son essence souveraine, elle est apparue comme la constitution même de la pensée.[12] » L’essence propre de la Transcendance cesse ainsi d’être offusquée : la grandeur du Principe est assumée et sa Différence fondamentale aimée.

Avoir reconnu l’acte d’obliviscence par lequel a sévi et s’est perpétrée une même et multiséculaire volonté d’offuscation de la précédence diaphorique propre au seul Essentiel, c’est le point de départ des analyses éclairantes de Maxence Caron, suite à La Vérité captive où il avait déjà dressé la nosologie fort (im)pertinente de l’outre-modernité. Si la postmodernité a montré l’humain qui a oublié le Principe, l’outre-modernité éclaire comment par choix systématique en faveur du pire et du mauvais le Principe est oublié. Toute cette évolution vers le pire est préparée par la discursion moderne dont La Transcendance offusquée procède à une ontopsychanalyse montrant comment l’âme, la pensée, le cogito pourtant au centre de l’intérêt, ne sont jamais vraiment saisis comme réflexivité et donc finalement méconnus dans leur différence ontologique.

On l’a remarqué : pour exprimer le Système nouveau, Maxence Caron forge de nouveaux concepts et se sert de néologismes dont le sens apparaît au cours de la lecture du texte dense, mais rédigé dans un style transparent, lumineux, harmonieux si différent de celui des discours outre-modernes contemporains offusquant la Transcendance.

A partir du latin « obliviscor » (j’oublie), Maxence Caron définit l’obliviscence[13] qui au cours de l’âge classique n’est pas un simple oubli, mais bien l’oubli fondamental, cette action de mettre en face de soi (ob) ce que l’on a effacé (livi), dans une manière de satisfaction de ne pas voir, exprimée par la forme déponente du verbe « obliviscor », forme qui met au cœur du verbe la présence intéressée du sujet à l’origine de l’action. C’est donc bien le sujet qui oublie, qui efface, et l’obliviscence se comprend comme acte de mépris envers la Vérité, effacement progressif de la Différence fondamentale, mis en œuvre après l’ère dodécapostolique clos par saint Thomas et saint Bonaventure.

Ces deux grands penseurs du XIIIe siècles avaient en effet uni en leurs pensées les douze siècles de gloire panoranoétique qu’avait inaugurés la rupture introduite par la foudre de l’Evangile en qui la Différence a dit sa Parole.

Pendant douze siècles – Maxence Caron forge le concept de « Dodécapostole diaphoriquement suspendues par-dessus le monde et le temps » pour les désigner – pendant douze siècles prirent donc fin les avatars du monotone et vain immanentisme antique, celui du Tao comme celui des Présocratiques et de ces dérivés helléniques.

Tous les termes forgés à partir du grec « diaphora » réfèrent à la différence ontologique et tiennent une place centrale dans le Système nouveau de sorte que le maxencéisme peut se dire aussi le Système du Diaphorisme transcendantal.

A partir de 1277, année charnière pour la conception maxencéiste de la marche de la pensée, est apparue avec le scotisme une ère nouvelle qui devait durer jusqu’au début du XXIe siècle, plus précisément jusqu’à l’apparition du Système nouveau. Maxence Caron subdivise cette ère comme suit : « De Duns Scot à Montaigne l’immanentisme obliviscent ternit le Sens ; puis de Descartes à Kant la Transcendance du Théodiaphore est effacée, offusquée ; enfin de Hölderlin à Heidegger la Différence de l’Être est intégralement rouverte, puis souillée par les disciples de cette phénoménologie au service de l’inversion de tout et de l’affirmation de l’immanence référente.[14] » 

De cette ère intermédiaire entre les grands penseurs du XIIIe siècle et le Système nouveau du XXIe, La Transcendance offusquée présente l’âge classique pour en faire l’ontopsychanalyse et pour montrer comment l’offuscation de la Transcendance procède bien de choix et de décisions précises.

Chez Descartes d’abord.

Partant du cogito qui devrait pourtant montrer qu’« être substance réflexive, c’est manifester avec soi la différence radicale au sein de laquelle on est tenu[15] », « l’idiotique rêveur au poêle » se passe de « la teneur essentielle diaphorique et antéréelle du Principe afin d’établir une doctrine qui abolit la pensée dans l’érection d’un système physique et qui lui demande un exercice exclusif à même le transcendement[16] ». Pour se faire « maître et possesseur de la nature », Descartes pose le cogito comme fondement, dont il entrevoit aussi la réflexivité et son diaphorisme, mais, une fois sa physique fondée, il finit par oublier la différence réflexive que le cogito incarne et la Différence fondamentale qu’il désigne.

Notons que du cogito l’ère Dodécapostolique avait déjà parlé : saint Augustin y revenait à cinq reprises. Mais là se laisse aisément voir « l’assomption de la dimension réflexive et la tâche de la pensée en tant que relation à la Différence fondamentale dont l’Initiative, transcendantale par soi, est à la fois intimement et objectivement pour l’homme structure et révélation[17] ». Et saint Augustin qui veut connaître Dieu et l’âme ne s’appuie pas sur le cogito comme le fait Descartes uniquement pour fonder de manière pragmatico-immanentiste la réduction de la philosophie à la physique et de l’activité humaine à une physiologie, physique des passions. La méditation cartésienne du cogito par contre ne fait pas entrer en Diaphorisme et ne fait pas penser le caractère transcendantal de la Différence fondamentale ainsi que de la diaphoranoèse ; elle ne porte pas vers la recherche de Dieu « c’est-à-dire vers la connaissance de Dieu que demande Dieu afin que de sa Différence fondamentale nous puissions recevoir l’initiative de sa Métadiaphore, l’initiative de sa Paradidonodiaphore[18] ».

Descartes se décide plutôt contre la Vérité, ne regardant jamais la teneur diaphorique de la réflexivité, ni du Principe sur lesquels pourtant – à lire les IIe et IIIe Méditations – repose la totalité de son œuvre. Maxence Caron de résumer : « Descartes fait de la réflexivité un instrument d’expression pour le transcendement et non l’occasion panoranoético-diaphorique d’un approfondissement nécessaire à qui veut que soit non la physique ou le détournement de la philosophie dans la métaphysique au service de la physique, mais à qui veut que soit en vérité la philosophie.[19] »

On comprend : pour se rendre « maître et possesseur de la nature », Descartes réduit la philosophie à cette métaphysique qui fonde la physique sur les effets du Principe, en oubliant Celui-ci, son antéréalité et son essence possibilisatrice. En conséquence, la Vérité reste captive et la Transcendance offusquée : le Principe Transcendant ne lui est pas plus qu’« un appui, un moyen et un instrument pour connaître le transcendement et pour affirmer le transcendement afin de n’établir qu’en lui la pensée et l’exercice de la pensée[20] ». Ayant encore entrevue la Transcendance, Descartes qui enfant aimait « un fille qui était un peu louche[21] » ne voit, adulte, que d’un œil la Transcendance dont il emprunte les effets, tout en offusquant son Essence pour finir par aveugler ceux qui désirent s’adonner encore à la vraie philosophie. « Entrepreneur d’immanentisme », le premier pilosophie de la modernité étale dans son Discours de la méthode ses préférences qui préparent ce terrain ontodiaphoriquement oblivisqueux si cher à tous ceux qui le suivent.  

Pour Descartes, Dieu existe bien : il lui permet le réagencement des sciences pour une organisation générale du transcendement, mais la Transcendance diaphorique, la Différence fondamentale, ne bouleverse en rien le fond de la vie ou les lignes de l’existence individuelle. Autrement dit : « Que Dieu existe permet au cartésien d’essayer cette chose extraordinaire qui consiste à ne plus jamais penser à Lui ». L’ « évidence » du Principe n’est pas regardée « comme une présence de précédence dont l’antéprédication imprègne la possibilité même que, panoranoèse, je pense et sois toujours déjà dans la réflexivité en qui est éployée toute pensée ; l’ « évidence » cartésienne en laquelle est regardé le Principe n’est pas ici un motif de reconnaissance de l’antécédence possibilisatrice dont dépend l’ontoréflexivité diaphorique même sans laquelle est impossible la moindre pensée ou la moindre sensation » ; l’« évidence » apparaît au contraire pour ne sauter aux yeux (étymologiquement : ex-videre) qu’afin de ne plus être prise en vue et de ne précisément point constituer un motif d’intérêt pour la pensée. »

La pensée est désormais invitée à ne plus s’occuper de la Vérité. Le Sens de celle-ci, Descartes le confie à la religion et instaure ainsi le dualisme entre foi et savoir qui fera en sorte que la pensée ne s’occupe plus de la Substance du Transcendant et reste enfermée dans cet immanentisme dont le monde s’imprègne de plus en plus.

Le lecteur aura remarqué l’absence d’un philosophe moderne, pourtant fort populaire en notre « nodernité » outre-moderne. Maxence Caron note : « Parmi les suiveurs littéraux du cartésianisme, il y a ce minuscule Spinoza dont il est réellement inutile de faire le moindre cas et qui, en éplucheur de haricots, ne représentant rien sur le plan historique, n’est rien d’autre qu’une note applicative et aveugle au bas de la page cartésienne, et rien qui puisse retenir l’attention magistrale du Diaphorisme transcendantal.[22] » Dont acte.  

Passons alors au deuxième représentant de ce qui depuis le refus cartésien d’occuper la pensée à la Transcendance n’est plus de la philosophie, mais bien de la « philosophiscariote[23] » qui trahit la vraie philosophie en enfermant la pensée dans l’immanentisme du transcendement quitte à laisser Dieu au cœur : Pascal.

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 Jean-Jacques Flammang scj

 


 



[1] Maxence Caron : La Transcendance offusquée - De la philosophie. IIe Partie : Ontopsychanalyse de l’Âge classique, Paris, Les Belles Lettres, 2018. 1042 pages. ISBN 978-2-251-447759

[2] id., e.a. p. 1042 ; et le texte mise en exergue.

[3] id., p. 25.

[4] id., p. 25.

[5] id., p. 323-481.

[6] id., p. 483-619.

[7] id., p. 621-758.

[8] id., p. 759-930.

[9] id. p. 40.

[10] id., p. 41.

[11] id., p. 75.

[12] id., p. 45.

[13] id., p. 71.

[14] id., p. 72.

[15] id., p. 44.

[16] id., p. 347.

[17] id., p. 464.

[18] ibid.

[19] id., p. 336.

[20] id., p. 338.

[21] id., p. 323.

[22] id., p. 469.

[23] id., p. 468.

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