Home / Publications / Jean-Jacques Flammang / Les poèmes religieux de Friederike Migneco

Les poèmes religieux de Friederike Migneco

Taille de la police: Decrease font Enlarge font
Les poèmes religieux de Friederike Migneco

 

 

« La pensée qui Te reflète est le souffle de l’âme sauvée »

Les poèmes à empreinte religieuse de Friederike Migneco

 

Poète et écrivain, née au Luxembourg, Friederike Migneco a étudié à Rome la littérature ainsi que les religions et philosophies orientales. Ayant vécu dans différents pays européens et au Japon, elle a pratiqué le dialogue et la rencontre spirituelle entre l’Orient et l’Occident. Dans ses publications elle aborde des thèmes de bioéthique, de critique littéraire et de religion.

Avec Annonciade[1], Friederike Migneco publie un recueil de poèmes en italien, allemand et français qui invitent le lecteur à une rencontre personnelle avec l’Autre. Les « hymnes pour la biographie d’une âme » s’aventurent en effet en ces zones de l’intériorité où la pensée touche aux sources originaires de l’être, à ce Tu qu’elle reflète alors pour devenir le souffle de l’âme sauvée. « Tabernacolo/ noi siamo/ della Tua creazione… » Nous sommes le tabernacle de la création de cet Autre qui nous a choisis comme lieu où pénétrer et demeurer « afin d’ancrer les racines/ dans les profondeurs des abîmes/ et de les percer de lumière fluide ».

Docile à l’écoute de Celui qu’elle tutoie, Friederike Migneco nous appelle, dans une prière fervente, à oser : « oser T’imaginer/ Te parler/ Te nommer/ T’aimer/ au-delà/ de la sagesse… » pour « céder/ à la lumière/ absolue/ de Ton Visage ».

Est évoquée alors, dans le « Chant des catacombes », la situation de ceux qui aujourd’hui portent la Parole nouvelle : « Nous sommes en dessous du sol/ réfugiés, nous contemplons/ Ta Vérité la plus interne/ afin que de cet autel/ puissent pousser des racines/ et percer la voûte/ en portant aux hommes du jour/ le champ toujours fleuri/ de Ta Miséricorde ».

La miséricorde et ses bienfaits reviennent souvent dans Annonciade, aussi dans les poèmes écrits en allemand. Ceux-ci nous font savoir que « nur die Augen/ der Barmherzigkeit/ sind ungeteilt/ nach innen wie nach/ aussen gleich/ spiegeln sie die/ eine Heiligkeit ».

Surgit alors l’espérance, car « la nuit est bleue foncée/ et non pas noir/ est le soir/ et non pas triste/ la mort/ mais commencement/ divin/ renversement/ du monde » - lorsque celui-ci s’ouvre à l’Autre.

Un très beau poème sur « Les reliques de Sainte Marie Madeleine » redit la condition humaine qui a pu rencontrer - « elle, indigne/ se trouvant/ par le regard saint/ digne/ belle » - la miséricorde qui sauve et qui libère pour vivre « maintenant/ fille du Père/ le dialogue saint/ par l’Esprit/ avec le Fils ».

C’est ici qu’est repris explicitement le thème de la Trinité, si cher à Maxence Caron qui a écrit pour Annonciade une préface où il scrute le sens que pourrait bien avoir l’emploi de trois langues dans un recueil de poèmes à empreinte religieuse. Il constate : « Friederike Migneco a conjoint les langues pour les mettre en regard du Verbe unique qui les surplombe. » Changer d’une langue à l’autre, n’est pas ici signe de « dissolution de la personnalité dans les transitivités de l’immanence ». Les trois langues servent plutôt à se placer au cœur d’une trinité verbale requise pour « ne dire qu’une seule réalité : la Réalité de précédence », la surabondante singularité de l’Ultime, l’incirconscriptible richesse de l’Universel. Chacune des trois langues a donc, selon Maxence Caron, la mission trinitaire de désigner, au sein de l’environnement qui lui est particulier, « le Sens de l’Unique qui, Vérité, éploie sa Présence et fait connaître son Amour ».

La langue italienne regarde l’Absolu comme Père ; elle expose les douleurs et les joies, elle est le véhicule de la confidence et du secret. Attente du Salut, elle exprime et la révolte et la persévérance de la foi. L’emploi de la langue allemande, par contre, fait ressentir l’Absolu comme Fils, comme Celui qui s’est fait frère des hommes. Le contenu reste certes le même, mais l’intonation et la coloration changent : les poèmes en langue allemande sont davantage imprégnés d’un assentiment déjà acquis à la Volonté divine. Pour exemple : « Als Du einbrachst/ wurde die Welt/ wie sie hätte sein sollen:/ weit und gut. » Reste la langue française : elle déploie la relation à l’Absolu comme Dieu Saint Esprit, cet Esprit « en qui nous vivons, nous nous mouvons et nous sommes ».

C’est de cette dernière langue qu’elle pratique au quotidien que Friederike Migneco a traduit en italien sept extraits du « Chant du Veilleur »[2], le grand Poëme Symphonique de Maxence Caron, qu’elle a insérés dans son Annonciade. 

Le style lumineux des poèmes ici rassemblés, pur dans son accueil pour l’Autre, mystérieux et proche à la fois comme la « fragilité du bien », exprime pour ceux qui cherchent le fil de leur vie, la joie devant le déploiement éclatant et incandescent de la création interpellant l’être humain dans les profondeurs de son âme. Et « si tu trouves le fil/ de ta vie/ reste fidèle/ au chas de l’aiguille/ par lequel elle passe/ Il est le revers des mondes/ où la terre est fertile et le ciel est déployé ».

La réponse pourrait alors être cette belle profession de foi : « Adorateurs en esprit et vérité/ nous sommes les fils de la gloire/ gardiens/ de Ta fragilité ».

P. Jean-Jacques Flammang SCJ



[1] Friederike Migneco : Annonciade. Inni per la biografia di un’anima. Poesia lirica. Prefazione bilingue con sette estratti da Il Canto di Colui che veglia di Maxence Caron. Caldonazzo, Estrella de Oriente, 2017, 129p. ISBN 978-8887-037364

[2] Maxence Caron : Le Chant du Veilleur. Poëme Symphonique. Préface du Père Renaud Escande, Via Romana, 2010. Cf. notre présentation de ce poëme dans la Warte du 3 janvier 2011.

Nos bibliothèques

Recherche