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Présentation du nouveau livre de Maxence Caron: La Transcendance offusquée

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Présentation du nouveau livre de Maxence Caron: La Transcendance offusquée

« La liberté est de quoi dire Oui

à l’Essence surexcelsive »

 

La Philosophie de Maxence Caron

 

Le philosophe français Maxence Caron, un des plus brillants de sa génération, est l’auteur d’un « Système nouveau de la Pensée, de l’Art et de l’Histoire passée, présente et à venir » qu’il a commencé à présenter dans La Vérité captive (2009), suivie depuis lors d’une vingtaine d’autres livres dont La Transcendance offusquée[1] qui vient de paraître.

Dans cet ouvrage magistral, Maxence Caron revisite l’Âge classique : Descartes, Pascal, Leibniz et Kant, pour montrer à partir de son Système nouveau comment ces philosophes modernes n’ont pas seulement raté de penser Dieu dans sa Différence fondamentale, mais ont encore oublié de penser la penser et partant le Sens de l’être d’homme en profondeur.

Certes, tous les modernes parlent de la subjectivité, du moi, de l’homme. C’est même là un de leurs thèmes préférés, depuis le cogito cartésien jusqu’à cette question « Qu’est-ce que l’homme ? » par laquelle Kant prétend résumer toute la philosophie sans pourtant citer dans son intégralité le verset qui demande bien : « Qu’est-ce que l’homme pour que Tu penses à lui ? » C’est justement l’omission de cette référence à Dieu qui montre que Kant s’est décidé d’évoluer dans le transcendement immanentiste que Leibniz avait institué en obligeant son Dieu de choisir parmi tous les mondes possibles le meilleur et de se conformer aux lois de sa physique mathématique. C’est à Paris que le futur philosophe de Hanovre, avait élaboré les bases de son système immanentiste en étudiant les écrits scientifiques de Pascal. Celui-ci qui n’avait jamais lu ni le De Trinitate de saint Augustin, ni sérieusement les œuvres de saint Thomas d’Aquin finissait par contraindre la raison moderne à ne plus s’occuper de Dieu mais uniquement de ce qui devait devenir le monde de la science. Dieu, seul le cœur peut l’aborder, ce cœur dont Pascal affirme qu’il a « des raisons que la raison ne connaît point ». En conséquence, dans son célèbre Mémorial, Pascal ne parle plus que du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob et ignore le nom propre de Dieu : « Celui qui est », nom que Dieu nous a révélé lui-même et qui aurait permis une approche philosophique et métaphysique de l’être de Dieu. Interdisant ainsi à la raison de penser l’être même de Dieu, Pascal ne fait que confirmer et suivre ce que Descartes avait initié.

Partant du cogito qui aurait pourtant pu lui montrer qu’« être substance réflexive, c’est manifester avec soi la différence radicale au sein de laquelle on est tenu », « l’idiotique rêveur au poêle » se passe de « la teneur essentielle diaphorique et antéréelle du Principe afin d’établir une doctrine qui abolit la pensée dans l’érection d’un système physique demandant un exercice exclusif à même le transcendement ».

Descartes est ainsi loin de ce cogito auquel saint Augustin fait référence à cinq reprises. Alors que le grand penseur de l’ère dodécapostolique (vocable que Maxence Caron emploie pour désigner les douze siècles après celui de Jésus-Christ) assume « la dimension réflexive et la tâche de la pensée en tant que relation à la Différence fondamentale dont l’Initiative, transcendantale par soi, est à la fois intimement et objectivement pour l’homme structure et révélation », Descartes ne s’appuie sur le cogito que pour fonder de manière pragmatico-immanentiste la réduction de la philosophie à la physique et de l’activité humaine à une physiologie, simple physique des passions.

La méditation cartésienne du cogito ne porte plus vers la connaissance de Dieu dans sa Différence fondamentale qui est « Paradidonodiaphore », c’est-à-dire, qui par sa propre initiative communique (paradidono) à l’être d’homme sa Différence fondamentale (diaphore).

Descartes et tous ceux qui l’ont suivi n’ont fait qu’offusquer la Transcendance et consolider ainsi ce qui avait commencé après 1277, année charnière pour la conception maxencéiste de la marche de la pensée. Là en effet s’est terminé l’ère dodécapostolique pour commencer avec le scotisme une ère nouvelle qui devait durer jusqu’au début de notre siècle, plus précisément jusqu’à l’apparition du Système nouveau. Cette ère, Maxence Caron la subdivise en plusieurs étapes : De Duns Scot à Montaigne où l’immanentisme obliviscent ternit le Sens ; puis de Descartes à Kant, où la Transcendance est effacée ; enfin de Hölderlin à Heidegger où la Différence de l’Être est intégralement rouverte, puis souillée par les disciples de cette phénoménologie au service de l’affirmation de l’immanence. De cette ère intermédiaire entre les grands penseurs du XIIIe siècle et le Système nouveau du XXIe, La Transcendance offusquée étudie l’âge classique et en fait l’ontopsychanalyse.

Pour résumer le résultat de l’approche analytique, on peut reprendre les titres des quatre grandes parties de La Transcendance offusquée : Descartes entre dans la totalité de distraction pour « aveugler[2] » face au Principe ; Pascal a peur de penser et finit par « interdire[3] » d’aborder par la raison la Transcendance ; Leibniz révolutionne la pensée, mais pour le pire, car il parvient à « effacer[4] » en elle tout ce qui concerne le Transcendant pour ne garder que le transcendement ; et Kant enfin réussit à « assourdir[5] » par son immanentisme transcendemental, qui n’a plus rien de transcendantal, tous ceux qui pensent la Différence fondamentale et son eïkautopoïèse, c’est-à-dire, ceux qui pensent la réflexivité leur attestant que c’est Dieu qui a créé (poïèse) l’homme à Sa propre image (eïkauto). 

Le lecteur aura sans doute remarqué que dans cette galerie des philosophes classiques manque quelqu’un pourtant fort populaire de nos jours. Maxence Caron s’explique : « Parmi les suiveurs littéraux du cartésianisme, il y a ce minuscule Spinoza dont il est réellement inutile de faire le moindre cas et qui, en éplucheur de haricots, ne représentant rien sur le plan historique, n’est rien d’autre qu’une note applicative et aveugle au bas de la page cartésienne, et rien qui puisse retenir l’attention magistrale du Diaphorisme transcendantal. »

Ce dernier c’est le Système nouveau de Maxence Caron. Pour (re)commencer la philosophie, la vraie, il repense la pensée comme réflexivité que la Différence fondamentale a librement donnée à l’homme en le créant à Son image. L’être d’homme est alors bien différent de ce qu’affirme l’animalolâtrie contemporaine de notre outre-modernité dont l’Être a été chassé et qui fait « marcher le singe debout et l’homme à quatre pattes ». Créé à l’image de Dieu, l’homme n’est pas un composé de deux substances dont on pourrait oublier une selon ses préférences idéologiques, mais bien une vraie unité : pour le maxencéisme le corps est dans l’âme dont il est l’étendue et, comme l’âme est réflexivité, la chair reflète elle aussi la Différence fondamentale. Cette « diaphoro-flexivité » de la chair ouvre de toutes nouvelles perspectives de compréhension de la sensation et des sentiments, qui donnent à repenser le Sens de la réalité et de l’homme face à son paradidonodiaphorique créateur et miséricordieux rédempteur.

La philosophie de Maxence Caron rétablit à nouveau des liens avec la pensée de l’ère dodécapostolique, ces douze siècles après celui de l’Incarnation, en développant et en approfondissant la pensée de la réflexivité par une compréhension originale de ce qui s’est passé après la rupture de 1277. De même qu’au cours des treize premiers siècles après Jésus-Christ grâce à une pensée juste de Dieu et de l’homme « les avatars du monotone et vain immanentisme antique, celui du Tao comme celui des Présocratiques et de leurs dérivés helléniques » pouvaient prendre fin, de même avec Maxence Caron les immanentismes de notre temps peuvent s’ouvrir pour nous libérer de notre « nodernité mihiliste ». On comprend que ce néologisme maxencéiste souligne notre nullité moderne qui oublie Dieu et, tenant la Vérité captive, ne connaît que ce moi enfermé dans le nihilisme alors qu’il pourrait être libéré pour penser sa réflexivité et reconnaître qu’il « porte sur soi la signature de Dieu, / Le blanc-seing du sein de Dieu – et c’est la liberté ».

Cette dernière citation est reprise de l’Envoi, le long poëme d’une soixantaine de pages qui clôt La Transcendance offusquée. Y sont redites encore, dans la beauté de la poësie propre à Maxence Caron, les vérités du Système nouveau qui ouvrent de nouveaux horizons à une humanité qui en a tant besoin.

 

Jean-Jacques Flammang SCJ

 



[1] Maxence Caron : La Transcendance offusquée - De la philosophie. IIe Partie : Ontopsychanalyse de l’Âge classique, Paris, Les Belles Lettres, 2018. 1046 pages. ISBN 978-2-251-447759

[2] id., p. 323-481.

[3] id., p. 483-619.

[4] id., p. 621-758.

[5] id., p. 759-930.

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