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Vivre la vie religieuse dans un monde arc en ciel

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Religieux, religieuses en lien avec les migrants

Vivre le vie religieuse dans un monde arc en ciel

Une chance ? une risque ? une espérance ?


Ce fut le thème de la session organisée par la « Conférence des Religieux et Religieuses de France » (CORREF) les 17 et 18 octobre 2009 à Francheville (69) avec quelques 130 religieux et religieuses représentants 47 congrégations féminines et 11 masculines dont notre province avec les pères Joseph Duquet et Bernard Massèra représentants le père provincial.

1.S’écouter

Cette session s’ouvrit avec quelques témoignages dont un, très remarqué au sujet des « Cercles de silence » apporté par le frère Stéphane, franciscain de Toulouse auxquels revient l’honneur d’avoir initié en France cette forme d’action qui se développe aujourd’hui dans de très nombreuses villes françaises. Voici ci-dessous l’essentiel de ce témoignage. 

Les Cercles de silence

Fr Stéphane (franciscain) 17/10/09

Depuis le 30 octobre 2007, à l’initiative des frères franciscains de Toulouse et de la famille franciscaine, des hommes et des femmes, français ou étrangers, de tous âges et de toutes conditions, se réunissent une fois par mois sur la place du Capitole pour une heure de silence et, pour les croyants, de prière. Leur objectif : dénoncer l’enfermement des sans-papiers dans les Centres de Rétention Administrative (CRA).

La presse s’est largement fait l’écho de cette initiative au cours de l’année 2008, mais surtout près de 140 villes ont emboîté le pas, suscitant à leur manière une nouvelle forme d’engagement dans le débat national sur la question des personnes en situation irrégulière.

Ceux et celles qui, parmi vous, ont déjà participé à un Cercle seraient tout aussi qualifiés que je ne le suis pour témoigner de ce qui s’y vit et des changements que cela peut susciter en eux. C’est donc vers eux que j’aurais envie de vous renvoyer. Je me contenterais quant-à moi de revenir sur les fondements de cette action telle qu’elle peut être pensée et menée sur Toulouse. Chaque Cercle de silence en effet a son histoire propre et ses revendications : toutes ces initiatives sont parties de la base et n’ont pas cherché a priori à former un collectif organisé. Mais venons-en aux fondements avant d’ébaucher quelques éléments de perspective…

Quoi ? Cette présence mensuelle au cœur politique de la cité a beau être silencieuse, elle s’entend résolument comme une dénonciation. Elle part en effet d’une indignation que nous ressentons face à tant de vies de sans-papiers brisées par l’enfermement. Et, là où aucune parole ne peut plus être dite, elle crie son NON par le simple rempart des corps. Les passants qui s’arrêtent ne s’y trompent pas : le silence n’est pas approbation, mais dénonciation existentielle.

Le choix que nous avons fait sur Toulouse consiste à dénoncer l’enfermement en Centre de Rétention Administrative. Ce choix pose questions à nombre de militants engagés de longue date auprès des sans-papiers : les racines sont plus profondes nous rappellent-ils, dans la politique même d’immigration des gouvernements français successifs… Pourtant, nous tenons à cet objectif pour 3 raisons. D’une part, il s’agit d’une situation concrète que tous nos contemporains peuvent saisir dans ses conséquences : des personnes non dangereuses pour la société sont privées de liberté, blessées dans leur dignité fondamentale, du seul fait qu’elles sont entrées illégalement en France. D’autre part, les anciens résidents des CRA nous l’ont dit : l’enfermement représente un tournant dans leur vie. Ils se découvrent alors criminels, menottés et incarcérés. Enfin, dans une perspective non-violente, nous tenons à des objectifs réalistes pour qu’ils puissent être totalement remplis. Notre visée est donc claire : dans un premier temps, que l’on revienne sur l’enfermement systématique des sans-papiers (il ne s’agirait plus que d’une mesure d’exception comme la loi le stipulait jusqu’en 1993), et dans un second temps que d’autres solutions plus respectueuses de la dignité de chacun puissent être mises en place.

Sommes-nous naïfs en prenant ainsi position publiquement sur un sujet aussi complexe ? Nous ne le croyons pas, mais il nous semble essentiel de distinguer deux éléments : d’une part la complexité de la question migratoire (d’un point de vue objectif et plus subjectivement pour nos concitoyens souvent habités par des peurs vis-à-vis de l’étranger) et d’autre part l’espérance qui est la nôtre et qui nous pousse à l’action. Nous croyons ainsi fondamentalement qu’une solution humaine doit pouvoir être trouvée entre la constitution d’une « forteresse Europe » illusoire et l’ouverture sans condition des frontières. Nous ne détenons pas cette solution, mais nous pensons que c’est à travers l’engagement de tous qu’elle pourra être inventée, par le biais d’un changement de regard sur l’étranger et de discussions approfondies entre spécialistes de l’administration et des associations. Ce sont ces 3 éléments que visent les Cercles de silence : une conscientisation de la population, un dépassement des préjugés et une pression pour que le dialogue se maintienne entre l’Etat et les associations engagées avec les sans-papiers.

Avec qui ? Nous ne cherchons en aucune manière à nous substituer aux associations qui oeuvrent auprès et en faveur des personnes privées de papiers (Cimade, Resf, Pastorale des Migrants, collectifs divers, syndicats…). En effet, ce sont elles qui connaissent les situations, qui oeuvrent au quotidien (souvent dans l’ombre) et qui, demain, seront appelées à négocier concrètement les avancées avec les pouvoirs publics. Sur Toulouse, elles nous ont accueillis chaleureusement, nous aidant au fil du temps à conserver le cap qui était le nôtre dans la complémentarité avec leur propre engagement.

Contre qui ? En ce domaine, notre position se veut résolument non-violente. Nous n’entendons stigmatiser personne, ni le gouvernement, ni les forces de l’ordre, ni le personnel judiciaire. Mais nous condamnons fermement des pratiques déshumanisantes pour ceux qui les subissent et pour ceux qui les font subir, appelant à la conscience de tous par rapport à des faits qui nous semblent graves (la privation de liberté notamment). En venir à humilier l’adversaire, ne serait que prolonger le cercle de la violence et empêcher l’émergence d’une solution acceptable par tous.

Comment ?… A travers un appel à la conscience adressé :

  • §Aux passants surpris et prenant le temps de lire les panneaux expliquant le sens de notre action. En effet, en dépit de toute l’information diffusée dans les médias au sujet des Centres de Rétention Administrative, nombre de nos concitoyens continuent à méconnaître leur existence. Il s’agit donc d’informer, d’appeler chacun à sa conscience face à cette situation concrète d’enfermement en vue d’un rééquilibrage du rapport de force concernant la situation de l’étranger dans l’opinion publique française. Sans cela aucun changement de la politique gouvernementale ne pourra être envisagé.
  • §A ceux qui sont en prise avec les sans-papiers (policiers, personnels préfectoraux, juges, législateurs…) pour les appeler eux aussi à écouter leur conscience dans les gestes qu’ils sont amenés à poser. La dignité des sans-papiers au quotidien dépend très concrètement de leur attitude. L’existence des Cercles de silence leur rappelle qu’ils ne sont pas seuls dans leurs efforts pour le respect de chacun.
  • §A ceux qui sont dans les Cercles. Nous entrons là dans une des dimensions fondamentales de cette action qui tient à son caractère silencieux.

Le travail du silence… La dimension silencieuse est pour nous essentielle. D’une part, elle permet très concrètement à des personnes d’orientations politiques et religieuses parfois opposées de s’engager ensemble : par-delà leurs idées et pour l’homme. Il s’agit aujourd’hui d’un des rares lieux où tous puissent se retrouver côte à côte.

Mais le silence nous mène plus loin. Demeurer ainsi sans parole, c’est accepter de faire face à sa conscience et à ses questions. Jusqu’où suis-je touché par l’atteinte à la dignité de mon frère ? Où s’arrête mon engagement concret ? Ma propre humanité n’est-elle pas blessée quand l’autre est privé de ses droits ?… Autant de questions portées en profondeur semaine après semaine et qui appellent une réponse en vérité. En cela, la dynamique proposée par les Cercles de silence prend l’exact contre-pied de l’émotion suscitée par les médias audio-visuels. Celle qui, le premier soir, face à une situation dramatique nous fait pleurer et désirer changer le monde, puis le lendemain nous plonge dans les remords, avant finalement d’être oubliée le surlendemain au nom même de notre propre survie à travers une pratique d’évitement des plus compréhensibles. Face au jeu des émotions, le silence nous pousse à l’approfondissement, au discernement et à la responsabilité consciente. Il faudra sans doute plus de temps pour se mettre en marche, mais l’action qui en découlera sera plus centrée et résolue. Elle ira à son terme.

On voit ici apparaître une des fonctions du Cercle et du silence qui s’y vit : il s’agit d’amener chacun à agir selon sa conscience. En ce sens, cette action n’est pas centrée sur elle-même. Pour des personnes qui n’avaient jusque-là jamais connu d’engagement social, elle représente un premier pas qui sera peut-être suivi d’un accompagnement d’une famille au tribunal, de la participation à une manifestation classique, d’un parrainage… Pour les militants de toujours qui nous rejoignent, souvent confrontés à l’échec dans l’accompagnement des sans-papiers, c’est l’occasion d’enraciner encore davantage leur engagement. Certains nous ont ainsi parlé de véritable expérience spirituelle les amenant à une action encore plus déterminée. Les Cercles de silence se révèlent donc comme des lieux de passage et d’approfondissement par le silence et la présence commune autour d’une même dénonciation.

Prier au cœur du monde… Je vous le disais en commençant, certains viennent au Cercle pour prier. C’est notre cas à nous, frères franciscains, mais nous ne sommes pas les seuls. Cette dimension nous semble essentielle face à une problématique aussi complexe et engageant des acteurs et des intérêts aussi différents. La prière, dans ce qu’elle comporte d’engagement concret mais également de reconnaissance de nos limites et de lâcher-prise, nous rappelle que cet problème nous dépasse mais que ce constat ne doit pas nous empêcher de nous engager. Elle incarne cette dimension d’espérance inséparable de notre action. Alors oui, nous voulons continuer à prier humblement pour tous les sans-papiers, pour ceux qui les soutiennent, pour leurs proches, mais également pour tous ceux qui ont affaire à eux dans les Centres de Retention Administrative, dans les tribunaux et dans les préfectures et pour tous ceux qui établissent les lois et les réglementations qui feront leur quotidien demain…

Et dans l’avenir ?… Nous entrons dans la troisième année du Cercle de silence à Toulouse et la question de l’avenir se pose. Jusqu’à quand tiendrons-nous sur la place du Capitole ? Il nous semble essentiel de durer d’une part par fidélité aux personnes privées de papiers et, d’autre part, parce que l’essence même d’une action de conscientisation comme celle-ci tient dans sa durée. Il faudra encore sans doute deux années pour que, cercle après cercle, reportage et prise de position après prise de position, le rapport de force dans l’opinion publique change.

Nous sommes témoins de l’apparition de nombreux Cercles de silence, mais également de nombreuses initiatives innovantes d’engagement auprès des sans-papiers. Un Cercle des voisins s’est créé sur Blagnac, la ville limitrophe du Centre de Rétention Administrative de l’agglomération toulousaine. Ils se sont engagés comme « voisins » contre l’atteinte faite aux personnes dans l’enfermement : obtenant la construction d’un arrêt de bus devant le Centre, s’organisant pour aller chercher les personnes libérées le soir, conscientisant auprès du conseil municipal et dans les écoles… Ils nous rappellent que chacun doit pouvoir trouver sa place dans ce mouvement.

Enfin, il faudra un jour passer à une autre étape, celle de la négociation avec les pouvoirs publics. Ce dialogue ne pourra se faire que sur la base de la conscientisation et de la pression exercée par les différents Cercles de silence, mais elle aura son organisation propre. Il lui faudra pouvoir s’appuyer sur un collectif national reconnu et sur une sensibilisation préalable des milieux politiques. C’est dans cette phase du mouvement que des actions ciblées de désobéissance civile menées par un petit nombre de personnes formées pourront trouver tout leur impact.

Tel est l’esprit dans lequel nous avançons jour après jour, essayant de demeurer centrés sur ces hommes et ces femmes blessés, tout en maintenant ouvert un espace silencieux où nous percevons imperceptiblement l’Esprit à l’œuvre, cet Esprit qui nous promet de faire toute chose nouvelle… mais jamais sans nous.

2.Comprendre

Pour accompagner le travail de la session, madame Catherine Wihtol de Wenden, politologue, chercheuse au CERI de Sciences Po et consultante à l’OCDE et à diverses instances européennes, permit de mieux mesurer l’ampleur et la diversité des phénomènes migratoires sur notre planète. On pourra utilement tenter d’approcher la complexité du phénomène en se rapportant à son « Atlas des migrations dans le monde » (Paris – Autrement 2008) qu’elle vient de rééditer.

En parcourant son atlas, l’intervenante fit mieux comprendre combien la mobilité des hommes et des femmes est inscrite dans l’histoire de l’humanité et qu’elle se développe aujourd’hui comme hier à partir de causes multiples et spécialement aujourd’hui avec l’appauvrissement des terres, le réchauffement climatique, la désertification, les catastrophes naturelles, la hausse du niveau des mers, les guerres et les dictatures …

En réfléchissant avec cet atlas, Mme Wihtol de Wenden su montrer combien les populations obligées de se mettre sur les chemins de l’exil, se mettent du même coup sur des chemins de souffrances (exploitations par les passeurs, emprisonnements, risques de toutes sortes en tentant de franchir les frontières puis mauvais logements, concentration en bidonvilles, surexploitations et risques dans des conditions de travail indignes, maladies …etc.)

En reprenant certaines données de cet atlas, on prend aussi conscience que les sommes envoyées par les migrants pour faire vivre leur famille au pays sont infiniment plus importantes que les aides officielles de nos pays riches qui en profitent en générale pour se donner bonne image et conscience tout en maintenant une dette écrasante… Aussi, s’il est évident que l’argent des migrants apporte un mieux être aux familles restées au pays, il ne contribue quasiment pas au développement collectif ou industriel du pays. Par contre, il conforte l’idée qu’il n’y a pas d’avenir en dehors de la migration.

L’intervenante montra enfin combien l’Europe, historiquement continent de départ, a aujourd’hui du mal à intégrer qu’elle est devenue un territoire d’accueil. De ce fait, attisées par les extrêmes droites, des inquiétudes et des peurs surgissent devant l’arrivée de nouvelles populations malgré les besoins évidents d’immigrations tant pour le travail, qualifiés ou non, que pour le rajeunissement des populations européennes.

Les politiques mises en place sont l’expression de ces inquiétudes et peurs. Elles hésitent ainsi entre la construction d’une « Europe forteresse » et celle d’une « immigration choisie » avec des mesures administratives culpabilisantes, souvent inhumaines et extrêmement onéreuses qui n’aboutissent qu’à figer sur place, dans des conditions de misères et de surexploitations inhumaines, des populations nombreuses parce qu’on leur refuse les papiers qui leur permettraient de bouger et de circuler. Et ce qu’il y a de surprenant et de contradictoire, c’est que de multiples rapports, à l’intérieure des instances européennes, soulignent l’inefficacité et même la dangerosité de ces politiques. Il est vrai que les politiques se soucient souvent plus de donner l’illusion de changer les choses que de les changer réellement. Ainsi, l’indignation générale en direction du tout libéralisme des banques ne semble pas, dans le temps, changer fondamentalement les choses …

En dénonçant la confusion entre politique de l’immigration et politique sécuritaire, Mme Wihtol de Wenden plaide pour une politique migratoire plus souple et pragmatique, qui s’intéresse plus aux aspects du vivre-ensemble qu’au contrôle des frontières, et pour une politique d’information des candidats à l’immigration, mais aussi des opinions publiques européennes.

Mme Wihtol de Wenden fit enfin réfléchir sur l’émergence d’un droit à la mobilité qui serait comme un droit de l’homme susceptible d’améliorer la situation mondiale. Son ouvrage sur « La globalisation humaine » qu’elle publia en 2008 (PUF) peut aider à comprendre les phénomènes migratoires et ouvrir des perspectives de réflexions sur ces sujets, sur les politiques qui les accompagnent, sur les perspectives en terme de droits de l’homme et à partir de là, sur notre regard et comportement de croyants.[1]

3.Croyants, en devenir, dans la diversité

Monsieur José da Silva, directeur émérite de la Pastorale des Migrants, apporta son expérience d’immigré et de croyant en responsabilité ecclésiale pour faire réfléchir sur la façon de s’assumer comme hommes – femmes, croyants, en devenir, dans la diversité de notre société.

José da Silva a bien voulu, par amitié, nous transmettre ses notes que nous vous partageons

Dans la diversité de notre société…

José da Silva – 17 octobre 2009

Dans la lettre de confirmation de votre inscription il était annoncé que je vous aiderais à réfléchir sur notre devenir en société et en Eglise avec des origines différentes. Et il m’a été demandé de partir d’un témoignage personnel en tant que membre de cette immense famille de la migration. Facilement énoncé, ce sera bien plus compliqué à mettre en pratique. Je souhaite simplement vous laisser quelques réflexions à haute voix, une sorte de petite grammaire qui, personnellement, m’aide, parfois, à m’assumer comme homme et croyant en devenir. En fait… à assumer ou à habiter  « mon immigritude». Et, d’entrée, pour que nous soyons en égalité, je souhaite, si cela vous est possible, que vous vous mettiez en situation d’étrangeté… vous par rapport à tous les autres qui sont différents, qui ne sont pas « vous » !

Mon témoignage sera marqué par tout ce que j’ai vécu dans ce pays depuis que j’y suis arrivé le 12.10.1971 : ma vie de travail en usine et dans le bâtiment, comme permanent en Aco et surtout les 17 années de responsabilité au sein de la Pastorale des Migrants. Je chercherai à dire ce que, depuis 38 ans, je deviens en France- dans la société et dans l’Eglise -  terres de mon immigration. Mais je n’oublierai pas tout ce que j’ai vécu avant de venir. C’est un devenir marqué par des évènements, mais surtout par des hommes et des femmes du monde entier rencontrés dans une histoire commune.

En effet, je crois profondément que parler de la rencontre des cultures, du travail des diversités les unes avec les autres, n’a de sens que s’il y a prise de conscience de ce « devenir autre » qui nous vient de la rencontre de personnes de chair et de sang qui donnent à voir des diversités (les diversités ont des corps, des visages, des mains) ; rencontre de personnes qui sont sur un même chemin avec tout ce qui les rend semblables et différentes. Je ne pense pas qu’il soit possible de parler de rencontre oubliant que dans toute rencontre il y a toujours trois termes : moi, les autres et notre chemin commun d’humanité.

Pour m’en expliquer je reprends un ensemble de choses que j’ai mûries et partagées pendant ma vie au service de l’Eglise, me faisant aider d’un certain nombre de textes et réflexions qui m’ont touché ces dernières années et dont vous trouverez la liste en annexe. Depuis que je suis rentré chez-moi à Orléans – cela fait deux ans – je n’ai pas réussi à modifier ce regard ; mais devant les difficultés du quotidien dans la modestie de mes engagements associatifs et paroissiaux, je mesure l’humilité que doit entourer tout ce que je peux vous dire aujourd’hui. Ce sera avec beaucoup de modestie parce que je connais aussi personnellement l’engagement de beaucoup d’entre vous qui m’avez aidé dans mon devenir d’home et de chrétien. J’essayerai en final de  réfléchir à voix haute à cette passion pour la rencontre relationnelle des frères les uns avec les autres, relation qui exprime tout simplement cette identité de chrétiens qui cimente l’unité ou la cohérence de nos vies. Et pour nous introduire dans cette réflexion je vous propose d’écouter une parabole.

Parabole : « Il était une fois … ma vigne ! »

C’était en hiver. Avec mille précautions, j‘ai arraché le petit greffon marcotté de vigne à cette terre rocailleuse du centre du Portugal. Les multiples racines qui l’avaient nourri et tenu droit je les ai enveloppées dans du papier journal humidifié. Il ne fallait pas laisser se perdre la motte de terre qui, avec ténacité, tenait à faire partie du voyage.

Quelques jours plus tard et toujours avec mille soins, je l’ai inséré, mis en terre, le petit greffon : en terre de France. Les racines bien à l’aise, la motte de terre du Portugal se mêlant à la terre de l’Orléanais. Arrosée, taillée, liée, petit à petit ma vigne forcit ; ses racines se multiplient, les nouvelles se mêlant, dans l’entrecroisement, aux anciennes ! Je n’ai jamais osé couper les unes ou les autres. Et ma vigne grandit, son feuillage devenant d’été en été la petite tonnelle bien portugaise dont je rêvais !

Et j‘entends les questions de ceux qui ne connaissent rien à la vie de la vigne immigrée : alors le fruit de ta vigne est-il portugais, français ou mélangé ?

Racines du Portugal, racines de France, terre d’Oleiros mêlée à la terre d’Orléans, sève nourrie avec soin de cette vigne intégrée à l’appellation bien définie, donnant un fruit original et unique, ni hybride, ni mélangé : le raisin de l’immigration.

Récit réel, il devient parabole et me laisse toujours rêveur en pensant à ce que je deviens avec ma femme dans ce pays, à ce que deviennent mes deux enfants (et maintenant mon petit-fils) avec leurs racines portugaises, françaises et aussi espagnoles. Et quand je regarde ces fruits uniques d’une vie en immigration, je frémis à l’idée que quelque part — en France ou au Portugal, dans la société ou dans l’Eglise — il y a toujours quelqu’un qui veut nous faire choisir les racines les unes contre les autres… comme si ‘s’intégrer’ – donner ce fruit original — signifiait disparaître, devenir anonyme et silencieux ou alors rester toujours à part et… à l’écart !  [2]

A. Les migrants au cœur d’un voyage sans fin

qui associe la qualité d’émigré à la condition d’immigré

La parabole que j’ai souhaité vous faire entendre il y a quelques instants veut traduire ce que peut être une vie de migrant : un homme, une femme, des familles, au cœur d’un voyage. Contrairement à ce que l’on veut parfois nous faire croire, les immigrés, moi, mes enfants, mon épouse, tous les autres… nous ne sommes pas des êtres hybrides, une sorte de mélangés sans odeur ni saveur. Nous sommes des hommes et des femmes particuliers, des êtres en chemin, sujets et souvent objets d’un voyage extraordinaire qui ne s’arrêtera jamais entre déracinement de notre terre et enracinement dans une autre. Dans ce voyage nous associons la qualité d’émigré (marqués par l’arrachement à notre terre) et la condition d’immigré (marqués par la plantation dans une autre terre).

Ce voyage entre déracinement physique, géographique, corporel, culturel et religieux et enracinement dans une autre terre, un autre peuple, avec beaucoup d’autres peuples, dans une autre culture, une autre Eglise, chacun de nous le fait avec ce qu’il est, selon son âge, son histoire, sa génération. Ce voyage est différent selon que c’est moi ou que ce sont mes enfants nés en France qui le font.

Revenant au témoignage personnel, parlons de ce voyage dans lequel nous associons la qualité d’émigré à la condition d’immigré.

1. Entre la qualité d’émigré, arraché à une terre

Je parlais portugais ; je voyais le monde à partir du Portugal et à la portugaise (les libertés de penser, de regarder, de savoir ce qui se passait dans le monde, la liberté de parler étaient très limitées, nous vivions sous la dictature) ; j’étais chrétien, pratiquant et priant à la portugaise. Avec beaucoup d’autres, je me révoltais en silence et en cachette contre la situation de misère et d’oppression de mon peuple qui n’avait pas assez à manger et qui partait à la guerre coloniale en Afrique ! Et un jour, j’ai fait comme des milliers à cette époque : puisque l’on nous empêchait de parler avec les lèvres, j’ai parlé avec mes pieds et je suis parti sur la route de l’émigration. Je suis arrivé en France avec ma manière de penser, ma manière de parler de la vie, ma manière de croire en Dieu, ma manière de considérer les autres, avec ma formation, avec les connaissances que l’on m’avait données ou imposées à l’école. Comme beaucoup d’autres, je suis arrivé en France avec les défauts et les valeurs du peuple portugais et de son histoire.

2. Et la condition d’immigré, en voie d’enracinement dans une autre terre

En France, j’ai commencé à découvrir d’autres horizons, d’autres peuples, des manières différentes de vivre, de penser et d’être homme et chrétien. Tout d’abord j’ai vu que l’on peut parler, dire ce que l’on pense ; que des opinions différentes peuvent être respectées.

Avec des immigrés de beaucoup d’origines, j’ai découvert la solidarité du quotidien, la valeur de la dignité d’un homme. Sur un chantier, en 1971, des Algériens m’ont défendu contre un chef qui m’insultait (et qui était lui-même immigré…).

Dans des associations, j’ai rencontré des gens qui s’organisaient pour défendre les étrangers ; à l’usine, avec le syndicat, j’ai compris que les travailleurs ont des droits et j’ai lutté avec d’autres – de toutes nationalités – pour défendre ces droits. J’y ai mieux compris comment fonctionne la société, comment des gens de pouvoir et d’argent essayent de profiter des pauvres et des plus petits. Et j’ai mieux compris qu’un homme ne doit jamais se résigner ni attendre que l’on vienne faire les choses à sa place.

Et j’ai poursuivi mon chemin de chance et de grâce, puisque avec des prêtres français, dans ma paroisse, avec la JOC et plus tard avec l’Action Catholique Ouvrière j‘ai renouvelé ma foi et j’ai donné chair à cette certitude qu’il faut toujours marcher sur deux pieds : aimer Dieu et aimer les hommes. J’y ai cheminé avec beaucoup de chrétiens portugais qui découvraient, les uns avec les autres, que Jésus est mort, mais qu’Il est aussi ressuscité et qu’il ne veut pas que ses frères, les enfants de Son Père, les hommes et les femmes, vivent résignés, se taisent, se laissent rabaisser.

J’ai découvert, ainsi, en France, une Eglise qui donnait témoignage de son amour pour les hommes ; une Eglise qui donnait davantage d’importance aux convictions, à la foi, à la découverte d’un Dieu qui aime les hommes… ; une Eglise qui considérait, dans les années 70/80, que sa mission était plus dans le monde qu’entre les quatre murs d’une église.

B. Dans la diversité de notre société, s’assumer comme un peuple en devenir dont l’identité évolue et s’enrichit !

Ce petit aperçu, très succinct, d’un cheminement à la fois personnel, communautaire et collectif peut illustrer une réflexion plus générale sur la question de notre capacité à nous assumer comme hommes, femmes, croyants en devenir, ici et pour aujourd’hui ; en fait, une réflexion qui associe la diversité de notre société à l’appartenance à un peuple en devenir dont l’identité évolue et s’enrichit ! C’est cette réflexion qui jalonne, depuis des décennies, la mission de la Pastorale des migrants et à laquelle j’ai essayé de prêter ma modeste contribution pendant 17 années.

1. Défi  et chance

Dans les quartiers populaires, nous sommes appelés à vivre chaque jour davantage avec des personnes d’autres cultures et d’autres religions. C’est tous les jours que je suis amené à faire avec celui qui m’est différent, un bout de chemin, un bout d’histoire dans le quartier, l’école, le travail, les associations, partis politiques, loisirs, syndicats, commerce, en Église. Nous sommes invités à essayer de comprendre ensemble ce qui se passe et se joue dans la société. Mais nous ne pouvons pas construire ensemble quelque chose de neuf, une société, un quartier… vivables pour tous si nous ne rencontrons pas l’autre en totalité : cela veut dire avec ses différences et avec ses ressemblances. Qui est celui ou celle qui m’est étranger par sa vie, sa manière de dire, de penser, de parler, de se situer en société, de se défendre, de croire, de prier ?

Ce vivre avec l’autre est trop souvent marqué par la violence et la peur ; il met au défi l’humanité de la société, met au défi l’humanité de chacun de nous. Et il pose une question grave : qu’est-ce que nous voulons faire ensemble de la vie qui nous est donnée ; qu’est-ce que nous voulons et acceptons de devenir ensemble ? des hommes, des femmes capables de prendre leur destinée en mains ou des étrangers pour la vie qui n’ont qu’un objectif : la concurrence, la domination des uns sur les autres ?

Ce vivre-ensemble avec l’autre, s’il met au défi notre humanité, il est, en même temps, appelé à devenir une chance à saisir… chance pour chacun de nous de devenir humains les uns avec les autres, chance aussi pour notre société de devenir humaine par l’apport des diversités rendues richesses au service d’une même humanité… chance aussi de devenir des frères si nous nous situons du point de vue de notre baptême !

Nous revenons ainsi aux trois termes incontournables de toute rencontre : moi, l’autre et notre devenir commun, notre commun chemin d’humanité.

2 – Du vivre-ensemble… à la rencontre : une réalité qui ne va pas de soi

Le défi qui est ainsi fait à notre humanité et la chance que nous sommes invités à saisir, ils n’ont de sens que si nous rencontrons les personnes avec qui nous vivons. Cependant, une chose est « vivre avec », même sans l’avoir choisi ; une autre est « rencontrer » et accepter d’entrer en communication, en dialogue, en relation avec l’autre qui m’est différent… pour passer de l’indifférence à la découverte de celui que je vois : tous les jours.

Ce passage du vivre-ensemble à la rencontre/découverte de l’autre ne va pas de soi aujourd’hui. Quand l’autre, quand celui qui m’est différent, est rencontré dans un contexte de précarité, de dégradation des espaces collectifs, de violence, de rupture du lien social, dans des lieux où la mixité sociale n’existe plus, dans un contexte de perte de repères, de doute, de peur, de repli identitaire… alors cet autre si étrange, devient une épreuve supplémentaire dont il faudrait se libérer. Il me déstabilise au point que parfois je ne sais plus qui je suis ni qui je veux être !

Devant l’incompréhension de la diversité, devant même le refus des différences, pouvons-nous dire qu’il y a rencontre ? Pouvons-nous affirmer en vérité que « je rencontre l’autre », le reconnaissant comme un autre homme ou femme que moi ? Comme un égal en dignité, en projet d’avenir…?

3 – Dans un contexte de diversité culturelle et religieuse

La question qui se pose, donc, aujourd’hui, à la société française est celle de savoir comment vivre positivement et humainement cette réalité de la rencontre de l’autre dans notre contexte de diversité culturelle et religieuse.

Par le vivre-ensemble et par le mélange de personnes si diverses et en même temps semblables en humanité, les cultures entrent en action les unes avec les autres, les unes par les autres. Ce mouvement d’interculturalité entraîne interpénétration et interpellation de couleurs, de manières de vivre et de penser. Ces actions de réciprocité ne sont pas seulement de l’ordre d’un positionnement des cultures les unes à côté des autres qui enfermerait chacun dans sa culture, dans son origine… à terme dans sa « tribu », dans sa communauté, mais ce mouvement est plutôt de l’ordre d’une sorte de métissage culturel qui ouvre… qui prépare à une nouvelle culture ou à une culture toujours en devenir.

Cette question du devenir, me rappelle la question de l’identité nationale que certains préfèrent dire ‘identité française’ ; elle a été agitée lors de la dernière campagne présidentielle. Le débat, une fois encore, ne s’est pas situé au niveau du devenir français « ici et aujourd’hui ». Il s’est cantonné plutôt au niveau des symboles et de certains aspects figés de cette identité que les étrangers (certains seulement… ceux et celles qui ont des signes extérieurs marqués) devraient « épouser », comme si l’identité n’était qu’un musée dans lequel on rentre avec l’interdiction de toucher à la poussière des siècles ! Le débat n‘a pas pris en compte, non plus, l’histoire de ce peuple fait, depuis des siècles,  d’apports de millions d’hommes et de femmes venus du monde entier. On ne veut pas imaginer la possibilité du travail des cultures les unes avec et par les autres parce que, tout simplement, on considère chaque culture comme un tout définitivement achevé !

Avec Jacques Audinet[3], chercheur acharné des nouveaux horizons humains ouverts par la mondialisation, nous pouvons nous dire que, dans nos quartiers, nous sommes aux premières loges pour vivre la nouveauté d’un certain métissage qui est en train de se produire. Malgré une certaine ambiguïté sémantique de l’expression, parler de métissage revient à accepter de balbutier la nouveauté des contours de ce que nous devenons les uns avec et par les autres… et ce n’est pas fini !

Cette réalité métissée – cette identité en devenir de la société française – indique un chemin, un avenir commun dont nous sommes tous responsables. C’est l’horizon vers lequel convergent tous ceux et celles qui vivent et travaillent dans ce pays et ceci au cœur de la violence propre à toute rencontre des cultures. C’est l’horizon d’une société en attente de son accomplissement en humanisation qui appelle au franchissement de divers seuils, sorte d’écluses qui nous feraient élever à des degrés de plus en plus intenses d’accomplissement de cette humanisation.

Ayant pris conscience de ce métissage dans lequel nous nous trouvons nous pouvons nous poser quelques questions : comment je considère ceux et celles que je rencontre ? quelle conscience je peux avoir de mes transformations de mentalité, de manière d’être, de vivre, de penser ? qu’est-ce que dans ma vie est propre à la culture, à la mentalité de mon origine ? qu’est-ce que dans ma vie est propre à la culture, à la mentalité du pays, du milieu où je vis ou d’où je suis ? qu’est-ce que dans ma vie est propre à la culture des peuples avec qui je vis (Italiens, Maghrébins, Africains, Portugais… Français) ? Et quand je dis ma vie, je veux parler du “fruit de ma vie”, de ce fruit particulier bien propre aux hommes et aux femmes qui vivent en terre de migration… qui font ce voyage permanent entre déracinement et enracinement

4. Quatre modes de la rencontre de l’autre différent : un schéma de relecture des rencontres avec des hommes et des femmes qui donnent à voir des diversités

Pour répondre à ces questions du devenir commun en humanité humanisée et qui sont celles de notre société et celles qu’en tant que chrétiens nous devons nous  poser  aujourd’hui en Eglise, il est important de regarder nos diverses manières de rencontrer et de considérer l’autre, d’entrer en relation avec celui qui est différent. J’ai pris l’habitude, par commodité, de les  schématiser en quatre modes ou seuils à franchir, qui ont marqué et marquent toujours les manières habituelles de la rencontre. A chaque instant, ces seuils coexistent tous dans notre société… et aussi dans notre Eglise.

a - Un premier stade ou seuil nous permet de constater que la rencontre de l’autre se fait sous le mode de la négation de la différence. Chacun vit dans son coin. L’autre est tellement différent de moi que je ne peux rien faire avec lui. Je l’exclue totalement de ma vie personnelle, de la vie de la société, de la vie ecclésiale. Et si par hasard l’autre veut me devenir proche, il faut qu’il soit comme moi, qu’il s’assimile à moi ; la vie de l’autre est jugée à partir de la mienne, seul centre du monde. Le maître mot est « Vivons ensemble avec nos ressemblances ». Nous sommes dans une logique d’exclusion de tous ceux et celles qui ne se laissent pas assimiler ou que je juge inassimilables ! Le rapport à l’autre est un rapport  d’exclusion de l’autre, de celui qui m’est étranger. La société existe et veut exister SANS les différents qu’elle refuse d’admettre !

b – Le deuxième seuil est celui de l’attention à l’autre, de la reconnaissance des différences avec la volonté et même l’action d’insérer les différences dans le tissu social. « Vivons ensemble avec nos différences » : chacun apporte sa différence et il l’insère dans l’ensemble, les uns juxtaposés aux autres. La différence reste immuable ; rien ne la fait changer et l’ensemble reste indifférent. Le rapport à l’autre est un rapport d’indifférence dans une logique de minorité dans la majorité. La société accepte de faire quelque chose POUR les différents qu’elle admet dans leurs particularismes, leurs manies ou leurs manifestations folkloriques ! Et elle existe MALGRÉ les différents !

c - Le troisième palier est celui qui reconnaît la possibilité de vivre et de devenir ensemble avec différences et ressemblances. Le rapport à l’autre vécu dans cette étape est un rapport d’altérité. Je reconnais l’autre dans la réciprocité, avec ses différences et ses ressemblances, dans un donner et recevoir, sans réduire l’autre à moi. Nous arrivons à casser les images et les fantasmes que nous traînons l’un sur l’autre, nous nous découvrons liés, l’un à l’autre, par une même destinée. Parce que l’autre ne sera jamais moi, nous nos déstabilisons mutuelle et réciproquement : chacun de nous se rend compte qu’il n’est plus le centre du monde. Ce mode de rencontre en altérité traduit une réalité à double sens (dans un devenir commun) que l’on a convenu d’appeler intégration, où l’apport de richesse (matérielle, sociale, culturelle, politique, économique, religieuse, ecclésiale…) est réciproque dans un même devenir : chacun donne et reçoit et s’enrichit, comme si chacun s’intégrait à l’autre. Les exigences sont réciproques. On dit que nous sommes ici dans une logique d’égalité et de reconnaissance de la singularité et de la dignité de l’autre. Le maître-mot est le dialogue dans une relation de réciprocité de manière à faire vivre convergences et divergences, dans une progression mutuelle des partenaires qui finissent par devenir responsables pour l’ensemble de l’humanité. Les différents s’ accueillent et font, les uns AVEC les autres, un chemin commun d’humanité.

d – Un quatrième palier ou stade, cependant, voit le jour qui enrichit celui de la rencontre en altérité. En effet le troisième seuil, dans sa riche dynamique, ne répond pas à tout. Cette dynamique d’intégration si elle permet de faire reconnaître la place et le rôle des divers, des différents, par exemple des populations de l’immigration, dans la construction de la richesse commune, cependant, dans la pratique, elle laisse dans l’ombre tous ceux et celles – intégrés ou pas – qui n’ont pas les mêmes droits communs à l’ensemble des citoyens français. Peut-on, alors, dire qu’il est intégré de quelqu’un vivant en France depuis trente ans, qui n’a pas le droit de vote ou se fait rejeter d’un poste de travail parce qu’étranger ou qui ne trouve pas de logement parce que d’une autre couleur de peau ? La notion d’intégration laisse sans réponse toutes les questions liées aux discriminations, à l’accès à la citoyenneté et au droit commun. La place active prise par de nombreux migrants et leurs enfants, ainsi que par les plus exclus de notre société, dans les luttes contre les discriminations révèlent qu’ils  sont de moins en moins une catégorie à part (que l’on assimilerait… insérerait… intégrerait…), pour être reconnus comme une transversale au sein de toute la société (et de toute l’Eglise). Le rapport à l’autre, dans cette toute nouvelle étape, prend les contours d’une concitoyenneté vécue dans le droit commun de la République. Nous sommes ici dans une logique d’égalité active avec des droits ! La société découvre que les différents sont acteurs de la destinée commune et qu’elle existe aussi PAR eux !

En France, nous sommes toujours au croisement de ces quatre chemins si divers. Il ne suffit pas de faire de beaux discours sur l’accueil de l’autre, sur ce franchissement de frontières, murs ou fossés. C’est une question d’humanité qui nous est posée à nous, en tant que citoyens et que nous traduisons par ces autres interrogations : quelles chances, donc, ce vivre-avec, ce vivre-ensemble, a-t-il de devenir ou d’être un vivre-ensemble humain ? la rencontre de l’autre est-elle ou pas un chemin d’avenir ? est-elle ou pas source d’humanisation ?

***

Ces interrogations posées à la société et à chacun de nous dans cette société, elles le sont aussi posées aux chrétiens engagés dans l’humanisation du vivre-ensemble ! Qu’est-ce que nous apportons à cette rencontre du vivre-ensemble ? De quoi et de qui donnons-nous témoignage ? Quel sens a notre présence, celle des disciples du Christ, celle des baptisés au nom du Père, de l’Esprit et de ce Fils qui est, lui aussi, passé par la violence de la mort ? Qu’est-ce que dans ces lieux nous annonçons ? Est-ce que la Résurrection du Christ est–elle ouverte par notre engagement dans notre monde où se développent écarts et différences, replis et exclusions, cloisonnements et frontières ?

C. Les chrétiens dans le vivre-ensemble : passionnés pour la rencontre, appelés à la cohérence de leurs vies.

Cette relecture qui se veut prise de conscience de nos manières de devenir société et aussi de devenir Eglise avec des hommes et des femmes qui donnent à voir tant et tant de diversités, constitue une simple porte d’entrée dans la dernière partie de cette modeste contribution à votre réflexion. Je m’aventure, ici, sur des terrains pour lesquels je n’ai aucune compétence. Je vous partage simplement

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