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Lire les Notes sur l'histoire de ma vie du Père Dehon

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Lire les Notes sur l'histoire de ma vie du Père Dehon

 

 

Léon-Jean Dehon

Notes sur l’histoire de ma vie

écrites pour m’exciter à la reconnaissance envers Dieu et au repentir de mes fautes

 

 

Naissance : 1843

Je suis né le 14 mars 1843. C’était le mardi de la deuxième semaine de carême, Pâques tombant cette année-là le 16 avril. Le 14 mars est le jour de la fête de sainte Mathilde, reine d’Allemagne.

Baptême : 24 mars 1843

Je fus baptisé le 24 mars, dans la pauvre église de La Capelle par le digne et vénérable Monsieur Hécart qui devait en être encore douze ans le pasteur et qui me prépara à ma première communion.

Le 24 mars, c’était la fête d’un petit enfant martyr, saint Siméon. Mais c’étaient surtout les premières vêpres de la fête de l’Annonciation. J’ai été heureux plus tard d’unir le souvenir de mon baptême à celui de l’Ecce venio (Voici, je viens) de Notre Seigneur.

J’ai puisé une grande confiance dans ce rapprochement. L’Ecce venio du Cœur de Jésus a protégé et béni mon entrée dans la vie chrétienne. Notre Seigneur ne m’en voudra pas sans doute de voir là une attention de sa Providence en vue de ma vocation actuelle de Prêtre-Hostie du Cœur de Jésus.

J’ai toujours eu un culte pour le souvenir de mon baptême. Au collège j’aimais à en renouveler les promesses. À Rome le beau livre des Exercices de sainte Gertrude me tomba sous la main et me fit un très grand bien. J’aimais à m’en servir pour renouveler en moi les grâces de mon baptême. À chacune de mes vacances j’allais faire un pieux pèlerinage aux fonts sacrés de mon baptême et j’éprouvai un serrement de cœur quand la vieille urne fut ensevelie dans un autel, puis disparut tout à fait.

L'église de La Capelle où fut baptisé Léon Gustave Dehon, le 24 mars 1843 (SQ D01)

 

Noms – Patrons

On me donna les noms de Léon Gustave.

J’ai toujours aimé mes saints patrons et depuis 30 ans je les invoque tous les jours.

J’ai adopté pour patrons saint Léon le Grand, que je suppose être le plus puissant parmi les saints de ce nom, et saint Augustin parce que le nom de Gustave n’est pas un nom de saint ou n’est qu’un dérivé de celui d’Augustin. Que je suis heureux d’avoir de si nobles et de si grands patrons, deux des plus grands docteurs de l’Église! J’espère qu’ils m’accueilleront plus tard comme un ami, je leur ai tant de fois témoigné de l’amitié et de la confiance. Il me semble que j’ai reçu d’eux bien des grâces. J’ai lu leur vie avec bonheur et avec une profonde édification, celle surtout de saint Augustin, complétée par celle de sainte Monique. J’aime surtout de saint Léon sa grande doctrine théologique, son beau style, sa douceur, sa dignité, et de saint Augustin sa pénitence et ses larmes que je voudrais m’approprier, son grand cœur, son amour ardent pour Notre Seigneur.

Je suis allé bien souvent vénérer à Saint-Pierre de Rome le tombeau de saint Léon le Grand. J’honorais en même temps les autres saints pontifes du même nom qui reposent là auprès de lui. J’ai célébré là plusieurs fois la sainte messe. Une des grandes grâces de ma vie a été la sainte messe dite là, à l’autel de saint Léon, le 11 avril 1869 à l’heure même où le saint pontife Pie IX, très dévot à saint Léon, célébrait à quelques pas de là, au milieu d’une foule immense et profondément impressionnée, la messe de ses Noces d’or.

J’ai cherché les souvenirs de saint Augustin à Ostie et j’y ai relu la belle page où il raconte son dernier entretien avec sa mère. J’ai visité à Pavie son tombeau aussi majestueux et artistique que vénérable et j’ai célébré là le saint sacrifice.

Ma mère aimait le nom de Léon. Elle me le donna en souvenir d’un petit ange, mon frère aîné, mort à l’âge de 4 ans quelques mois avant ma naissance. Ce petit ange avait été bien aimé. Il paraît qu’il était ravissant de précocité, d’intelligence et de bonté. Ma mère me conduisit souvent auprès de sa petite tombe de marbre au vieux cimetière. Je n’ai jamais vu ma mère parler de lui sans pleurer. J’ai toujours regardé aussi ce petit ange comme un de mes patrons et je l’ai bien souvent invoqué. Ma mère aimait encore le nom de Léon à cause du saint Pape Léon XII, le pontife de son enfance. Elle a gardé toute sa vie un chapelet béni par lui et qu’on lui avait donné en pension.

Le nom de Gustave était celui de mon parrain, frère de mon père.

Ma marraine fut la plus jeune sœur de ma mère. Je lui suis reconnaissant. Elle a eu dans la famille une heureuse influence par la foi solide et la dévotion ardente qu’elle avait puisées dans son éducation chez les Dames du Sacré Cœur à Charleville.

Mère

Ma mère a été pour moi un des plus grands dons de mon Dieu et l’instrument de mille grâces. Quelle dignité de vie, quelle foi, quelle vertu, quel cœur elle avait! Notre Seigneur l’a bien aimée, car il luit a fait bien des grâces. Son père avait peu de foi, comme les hommes de son temps, mais qu’il était droit et bon! Sa mère était pieuse et simple, elle a été éprouvée et mûrie par le travail et la souffrance et elle a été enlevée de bonne heure. La grande grâce de ma mère fut d’être élevée au pensionnat de Charleville. Ce pensionnat était dirigé par les Dames de la Providence, mais en réalité, c’était presque une maison du Sacré Cœur.

Les Dames de la Providence vivaient de l’esprit du Sacré Cœur. Elles préparaient leur fusion avec le «Sacré-Cœur». Vers la fin des études de ma mère, Madame Barat alla visiter la maison de la Providence et la fusion se fit peu de temps après. Plusieurs des maîtresses appartenaient à l’aristocratie belge. C’étaient de grandes âmes, de nobles cœurs, dignes d’entrer dans cette société d’élite qui se groupa bientôt autour de Madame Barat.

Ma mère les copia de son mieux. Elle les aimait, elle en était aimée. Son souvenir leur demeura toujours fidèle. Elle me parlait souvent de plusieurs d’entre elles, notamment de Madame de Gerlache. Elle leur écrivit longtemps et les revit quelquefois plus tard jusque dans sa vieillesse. Plusieurs lui survécurent.

L’esprit de cette maison était vraiment l’esprit chrétien, l’esprit de Dieu.

Ma mère en quittant cette maison avait une piété éclairée et forte. Elle avait pris de saintes habitudes qu’elle devait garder toute sa vie. Elle avait pris goût à la sainte liturgie et suivait l’esprit de l’Église. Elle faisait des lectures spéciales au temps de l’avent et du carême. Elle portait le saint scapulaire et récitait son chapelet. Elle était de la congrégation de la Sainte Vierge et de la confrérie du Sacré Cœur. Elle aimait les pieux patrons de la jeunesse, saint Louis de Gonzague, saint Stanislas Kostka. Son esprit droit et sa foi simple devaient la porter plus tard à adopter toutes les dévotions qui allaient éclore dans l’Église. Je la vis faire avec ferveur les mois de Marie, du Sacré Cœur, de saint Joseph.

Élève remarquée de la maison par ses succès et sa piété, elle était assistante des Enfants de Marie. Elle ne fut pas sans penser à la vocation religieuse, mais bientôt la maladie et la mort de sa mère lui imposèrent d’autres devoirs. Sa sœur aînée était mariée, elle se vit à la tête de la maison paternelle. Elle fut à la hauteur de cette tâche. C’est en 1836 qu’elle se maria, à 23 ans. L’éducation de sa plus jeune sœur se continuait au Sacré-Cœur de Charleville. Cela lui permit de continuer des relations assidues avec cette maison et elle en tira un grand profit spirituel. Sa sœur qui demeura dans le courant de la piété et qui avait beaucoup d’initiative lui fut toujours utile. Elle devait plus tard lui fournir toujours le livre ou la revue qui pouvait lui être utile et l’initier aux œuvres du moment. Je ne m’étendrai pas davantage ici sur ma mère. Son souvenir reviendra souvent dans ces notes. Je veux seulement remercier ici Notre Seigneur de m’avoir donné une telle mère, de m’avoir initié par elle à l’amour de son divin Cœur et de m’avoir fait ainsi pour ainsi dire le petit fils spirituel de Madame Barat dont j’essaie de réaliser le saint idéal, l’Œuvre des Prêtres du Sacré Cœur.

Père

Mon père n’a pas eu le bienfait d’une éducation complètement chrétienne.

Après ses premières années passées dans les pensionnats de La Capelle et de Mondrepuis, il a été élève du collège de Saint-Quentin et d’une institution de Paris. Il a gardé de son éducation de famille l’esprit d’équité et de bonté qui a caractérisé toute sa vie. Il a perdu au collège la pratique de la vie chrétienne, mais il en a gardé le respect et l’estime. Ce qui lui restait de foi devait toujours s’accroître, grâce surtout à l’influence constante de ma mère, à ses prières et à ses sacrifices. Je priai pour lui dès que j’eus l’intelligence des choses de la foi. Que de fois dès le collège et surtout à Rome je me surpris versant des larmes en priant pour son salut.

Dès le collège je lui parlais de la foi et de la pratique chrétienne. Il revint à Dieu une première fois dans un pieux pèlerinage à Notre-Dame-de-Liesse, puis il se laissa de nouveau mettre en retard. Le séjour à Rome, la bénédiction de Pie IX et les émotions de ma première messe devaient achever l’œuvre de la grâce dans cette âme que Notre Seigneur a bien aimée. Ses trois mois à Rome furent la grande grâce de sa vie. Il refit là toute son éducation chrétienne. Sa foi y trouva des accroissements quotidiens. Un pèlerinage à Lourdes lui laissa aussi une impression qui ne s’effaça plus. Dans sa dernière maladie Notre Seigneur, qui l’aimait, le combla visiblement de ses grâces. Il fut admirable de patience, de douceur, de discrétion, de délicatesse, de charité. Il s’éteignit dans un acte de pur amour de Dieu.

Je devais trouver dans la tendresse de son affection paternelle pour moi un bien grand concours pour tout le développement de mon éducation et même pour la vie chrétienne. Je ne devais me heurter à lui que pour ma vocation. Il l’éprouva. Notre Seigneur l’a permis, il m’a soutenu et conduit au port. − Je vous rends grâce, ô mon Dieu, de me l’avoir donné. Je me sens plus que jamais uni à lui. Son souvenir m’est doux, il m’aide et me réconforte.

Domestique

La domestique qui m’a élevé a été un instrument de la Providence. Dieu s’est servi d’elle pour préparer les plus grandes grâces de ma vie. Je lui dois un souvenir. Fille simple et d’une foi peu éclairée, elle n’eut personnellement aucune influence sérieuse sur mon éducation. Je regrette son action sur mon caractère. Mais elle mit mes parents en relations avec le curé de sa paroisse, Monsieur Boute. Celui-ci devenu professeur à Hazebrouck nous attira là mon frère et moi, au moment où mon père pensait pour nous à quelque institution parisienne. Cette domestique a donc été l’occasion de toutes les grâces reçues par moi à Hazebrouck et de la grâce insigne de ma vocation. Je lui en suis pieusement reconnaissant et j’ai été heureux dernièrement d’abriter sa vieillesse dans l’humble asile des Petites Sœurs des Pauvres où je ne manque pas de la visiter quelquefois. Ses dispositions chrétiennes me sont une joie et une consolation.

 

Sources: www.dehondocs.it

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