Dehaene et Dehon

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Monsieur Dehaene, éducateur du Père Dehon Monsieur Dehaene, éducateur du Père Dehon

Marcel DENIS, scj.

 

Monsieur DEHAENE, éducateur du Père FONDATEUR

 

   [Texte reproduit littéralement d’un texte dactylographié, 17 pages, sans date]

D’après la biographie de M. J. Lemire (Lille, F. Deman, 1891)

 

I. Naissance, éducation, apostolat.

 

II. Le Supérieur et son œuvre.

 

III. Portrait spirituel. [mots barrés ensuite]

 

 

 

I. Naissance, éducation.

 

1. Ses parents

 

   Il naquit à Wormhoudt le 16 septembre 1809 et fut baptisé le même jour sous les noms de Pierre-Jacques-Corneille.

    Ses parents ayant émigré perdirent leur exploitation qui ne leur fut pas rendue. Le père était donc un pauvre ouvrier agricole.

    De  Wormhoudt les parents allèrent à Qaerdypre. Pierre-Jacques-Corneille fréquente un peu les classes en hiver.

    Les livres : Kruisjeboek (abécédaire) ; Kabinet : livre de lecture courante ; Onzen Heer-boek : vie de Notre-Seigneur.

    Le Dulden ABC : petite encyclopédie morale.

    Voorschrift-boek : recueil moral de sentences et d’anecdotes, d’après un ordre alphabétique (A : Aelmoezen)

    Enfin divers livres de morale sous forme d’histoires religieuses édifiantes (den Jozej, den David, Julius Caesar…).

   Instituteur : Me Degroote (maître d’école, secrétaire de mairie et clerc d’église)

   Durant l’hiver, il lui arriva d’aller mendier de porte en porte un peu de pain.

 

2. Les études (1825 - 1834)

 

   L’abbé Dejonghe, vicaire, s’intéresse à l’enfant. Le meunier Van Bockstael donne les premières leçons de latin. Puis le vicaire le prit sous son toit en octobre 1825, pour lui faire continuer ses études. (Dans la suite deux autres élèves, semi-pensionnaires, Jacques Masselis et Fidèle Dekeister, vinrent s’adjoindre à Dehaene). Après une année de leçons, M. Dejonghe place Jacques Dehaene au collège communal de Hazebrouck. Ses deux compagnons l’y suivent. Ils sont pensionnaires chez Corniltje Andreis, fabriquant de navettes et repasseur de rasoirs, pour 20 francs par mois.  

 

   C’est ainsi qu’en octobre 1826, le jeune Dehaene commence sa cinquième.

   Les classes se faisaient dans l’ancien couvent des Augustins (rez-de-chaussée).

   Le Directeur était un prêtre, ancien grand-chantre de la cathédrale d’Ypres, émigré en Westphalie ; devenu précepteur à Bailleul, par suite de la suppression de l’évêché d’Ypres par le Concordat ; puis sollicité de prendre la direction de l’école secondaire d’Hazebrouck, dont il était natif, en 1803. L’abbé Pierre Delassus conserva ce poste jusqu’à sa mort, en 1827.

   L’enseignement était assuré par quatre professeurs. Le Directeur se chargeait de la surveillance et de l’éducation.

   Après la mort de M. Delassus, M. Coache, professeur laïc, prit sa succession.

   Après la classe de troisième, en 1829, il subit l’examen d’entrée au petit séminaire de Cambrai (classe de rhétorique). Au mois d’octobre 1830, il entra au grand séminaire où M. Delautre était supérieur. (Monseigneur Belmas était évêque du diocèse).

   Il est ordonné prêtre le 17 août 1834. Comme Cambrai était à deux jours de diligence, aucun membre de la famille n’assiste à l’ordination. M. Dejonghe mourut d’épuisement à 43 ans, en 1835. Il ne put assister à la première messe de son protégé (août 1834).     

 

3. Ministère

 

   M. Dehaene est nommé vicaire à la paroisse Saint-Jacques de Douai (1834-1837). Sa sœur aînée, Marie, vient faire le ménage ; son frère Louis prend des leçons de latin.

   Il commence sa carrière de prêtre zélé, il s’occupe des soldats, surtout des flamands qu’il réunit dans sa maison ; il prêche avec beaucoup de cœur.

   Les grandes familles sont profondément chrétiennes ; elles ont pâti durement au temps de la Révolution, et sont très attachées au prêtre. Mais la bourgeoisie est en majorité voltairienne. Le clergé pensait que le mal venait des collèges de l’État qui avait le monopole de l’enseignement.

   Avec d’autres de ses amis M. Dehaene pensait à se consacrer à l’enseignement libre, (à conquérir !) et à entrer chez les Jésuites (collèges de Fribourg, de Brugelette…).

   À Hazebrouck on cherchait un « Principal », M. Coache réussissait peu. M. Dekeister, son ami d’enfance, signale Jacques Dehaene qui, avec l’accord de Monseigneur Belmas, accepte sa nomination de « principal et régent de rhétorique » (23 janvier 1838). Il passe l’examen d’aptitude au diplôme de bachelier, fin 1837.

 

4. M. Dehaene, principal du collège de Hazebrouck (1838 - 1865)

 

[N.B. À cette époque, l’Université favorisait plutôt la présence de prêtres dans l’enseignement parce qu’elle craignait la loi sur la liberté de l’enseignement]

   Hazebrouck (le « marais du lièvre » ??), chef-lieu d’arrondissement depuis 1790 à cause de sa situation plus centrale, malgré les réclamations de Cassel et de Bailleul. Sa gare devint également un point d’intersection (1848).

   Le premier établissement scolaire « secondaire » (thiois, latin, français) date de 1555, sous Philippe II. En 1630 on confie l’école aux Augustins. Ceux-ci construisirent un pensionnat sur la fin du 18ème siècle. Puis vint la Révolution et ses mesures : « on n’avait jamais traqué ainsi la liberté humaine » (Lemire, p. 74). Effort de centralisation (monopolisation) de l’enseignement, (un ministère de l’instruction publique dès 1824 ?)

   Prospérité du collège sous la direction de M. Dehaene. Adjonction d’un pensionnat. Construction d’une chapelle (1843). Agrandissements, après l’incendie de février 1855, de l’école allemande des filles (les Dames de la Sainte Union).

   Adjonction de la classe de philosophie (1854 ?). M. Dehaene paye lui-même les cinq professeurs suppléants et assure le cours de logique.

 

 

1. Recrutement des élèves, direction générale

 

   M. Dehaene avait reçu du Seigneur un grand don de sympathie.

   D’autre part il arrivait dans un temps de conjoncture favorable.

   Dans le pays il n’y avait pas ces nombreuses maisons d’éducation ecclésiastique qui vinrent dans la suite. Saint-Bertin cependant existait déjà.

   M. Dehaene rayonnait beaucoup dans le pays flamand par ses prédications très appréciées. On lui faisait confiance. Il consentait aussi volontiers des réductions de pension pour les « vocations ».

   « M. Dehaene,… fort modeste en ce qui concerne sa personne…, recherchait ce qui donnait du relief et de l’éclat à son œuvre » (p. 94) : excursion annuelle et distribution de prix, très solennelle ; dès les premiers temps il établit une société de musique instrumentale.

   Il cherchait à rendre heureux ses jeunes dans son collège. Il disait d’un éducateur : « Il a le Cœur du Christ dans son cœur ».

   Il aimait donner à la vie de collège quelque chose de la vie de famille : fêtes religieuses, fêtes littéraires, fêtes purement récréatives…, surtout après 1865.

   D’autre part ses proches, dont sa mère, « Vrouwe-Moeder », contribuaient à l’air de famille du collège. Son père mourut en 1837, et il prit sa mère avec lui dès son installation à Hazebrouck. Elle resta avec lui une vingtaine d’années. Elle est morte le 16 février 1854.

   Au début il prit quelques mesures rigoureuses pour implanter la discipline : renvoi public. Dans la suite « il ne persévéra point dans ce système d’exclusion solennelle » (p. 107). Cf. son effroi à la parole d’un élève repris publiquement : « Si j’avais un poignard, je me tue » (p. 107) : allusion à l’un des systèmes de punition de l’ancien collège : signum linguae/signum manus. Rondelle de zinc à se passer en cas d’infraction à la règle de parler français/ne pas mettre les mains en poche…

   Au début le collège n’avait pas de tradition ; le recrutement était varié, peu homogène. Les professeurs n’intervenaient pas dans la surveillance qui retombait sur le principal. Ce n’est que plus tard qu’il fut aidé par M. Lacroix, préfet de discipline, et M. Baron, Directeur.  

   L’esprit surnaturel le guidait profondément ; il faisait appel à la conscience des enfants.

   Il établit en 1853 l’œuvre de la Sainte Enfance. La Conférence de Saint-Vincent-de-Paul fut agrégée au Conseil central en 1859, mais elle existait déjà avant : dès 1858 les grands élèves se joignaient aux réunions des messieurs en ville (p. 113).

   M. Dehaene, dit-on, sortait quelquefois avec un petit groupe pour visiter des pauvres et prolonger un peu la promenade…

   Il institua également la Congrégation de la Sainte Vierge

 

2. L’enseignement (pp. 120 et suivantes)

 

   L’enseignement est resté conditionné par le programme officiel nécessaire pour le baccalauréat.

   Cf. la critique intéressante d’un correspondant de M. Debusschère, M. Boone, de Bergues. « Je crains pour votre collège avec son Université vermoulue et ses statuts qui portent la poussière du 15ème siècle… (p. 121), février 1839.

   Contrôle de l’inspecteur d’académie, parfois de l’inspecteur général de Paris. M. Dehaene aimait l’inspection et il a exprimé le regret qu’elle n’existât point dans les collèges ecclésiastiques (p. 124).

   Comme Principal son autorité vis-à-vis des professeurs était assez limitée, la liberté des individus étant très protégée par les Statuts.

   « Vis-à-vis de ses collègues l’abbé Dehaene était généreux et confiant » (p. 126). Son prestige comme professeur de rhétorique. Il était plutôt semeur d’idée que partisan d’une tradition immuable.

   Il possédait merveilleusement Virgile qui transparaissait dans ses discours. Il aimait beaucoup les vers latins, insistait sur le discours latin.

   « En classe, l’abbé Dehaene était donc animé, brillant, enthousiaste, libre dans son allure, manquant peut-être de précision, plus créateur que professeur » (p. 135).

   Il enseigna brillamment de 1838 à 1850. À partir de 1850, « ses occupations l’obligèrent à confier la rhétorique à M. Boute, mais il se réserva le cours d’instruction religieuse » (trois premières classe de latin), p. 135.

   Il fit également des « conférences de philosophie » en rhétorique, très appréciées des élèves (de 1854 à 1864).

   Il insistait beaucoup sur l’instruction religieuse, mais il appréciait aussi l’enseignement scientifique tout en le soumettant «  à la littérature et à la philosophie » (p. 339).

 

3. Tentatives de M. Dehaene de sortir du collège de Hazebrouck…, pp. 139 et suivantes.

1) Dès 1838 déjà il avait fait sa demande d’entrée au noviciat des jésuites. Il va à Rome en 1842, voit le p. de Villefort.  En 1843, il a la permission de l’archevêque et il écrit au maire de Hazebrouck, confidentiellement. Il pense entrer à Saint-Acheul.

   Mais son entourage résiste ; lui-même impressionnable recule devant les responsabilités de départ. Le Très Révérend Père Rubillon : « Je pense que vous ferez mieux… de préférer le bien certain que vous faites au bien incertain, et cela, ad majorem Dei gloriam » (novembre 1844).

   Vers 1857 il écrit au Père Sergeant qu’il a toujours senti cependant une sorte d’appréhension devant la vie religieuse, « moi qui ai besoin d’un certain laisser-aller » (p. 142).

 

2) En 1845, il est nommé directeur du grand séminaire de Cambrai.

On protesta : la presse locale (l’Indicateur de Hazebrouck), le Conseil municipal qui écrit à Monseigneur Giraud, l’archevêque… qui accède aux désirs de la municipalité.

 

3) En 1850, mort de Monseigneur Giraud et de M. Debreyne, grand doyen de Hazebrouck.  Dehaene est nommé administrateur.

Mais certaines démarches occultes (p. 145) entravèrent cette nomination. Les journaux protestèrent et l’opinion parvint à décider M. Dehaene à ne pas prendre du ministère paroissial ailleurs. M. Dehaene accepte : 24 juillet 1850.

 

4. Les voyages de M. Dehaene

 

   M. Dehaene était un homme de principes et de volonté : une personnalité.

« Trois choses développent ordinairement la personnalité humaine : l’exercice de l’autorité, les voyages et l’expérience de la vie » p. 149.

   On a regretté que M. Dehaene ait débuté trop jeune ; avant 30 ans à Hazebrouck. Il avait « la belle et franche allure du commandement » p. 150. 

a. Son premier voyage se fit en 1842 : son tour de France et d’Italie. M. Weens le suppléait. De fin février (23 février) à début juin, il parcourt la France et l’Italie. Il part avec M. Lefever, (son suppléant de rhétorique).

   À Paris il apprécie beaucoup le Père de Ravignan. À Bourges il va présenter ses hommages à don Carlos, interné depuis 1839, et qui avait revendiqué le trône après la mort de son frère, Ferdinand VII, mort en 1833.

   De Paris, il va à Lyon, à Avignon, achète un petit pain à Jean Reboul, le poète (Nîmes). Il visite la Sainte-Baume. S’embarque à Marseille pour Gênes, arrive à Rome à Cività-Vecchia le 19 mars 1842 (sous Grégoire XVI).

   Il visite Rome… Il va à Naples à travers les marais pontins (grenouilles !). Ascension du Vésuve. Revient par San Germano. Audience au 23 avril.

   Ils voient le Père de Géramp, provincial des Trappistes, et le cardinal Mezzofante, polyglotte célèbre (18 langues, plus des dialectes). « Prélat tout bon et tout simple ». Adieu émouvant à Saint-Pierre. Retour par Lorette vers Venise… en « vetturini ». À partir de Milan, de nouveau les diligences.

b. Retour à Rome en 1867, 18ème centenaire du martyre de saint Pierre et de saint Paul, avec Monseigneur Régnier (à Rome du 14 juin au 9 juillet).

   Il note la procession du très saint Sacrement (zouaves avec Charlotte qui fait la haie), la fête des 28-29 juin. Canonisation des martyrs de Gorcum, Paul de la croix, Léonard de Port-Maurice, Germaine Cousin… 

   Diverses fréquentations au Collège français. Visite (« avec M. Dehon ») les professeurs du Collège romain. Accueil cordial de Monseigneur Cenni (secrétaire intime du Pape).

   Audience spéciale pour les prêtres le 27 juin. Émotion à la bénédiction du Pape. « Jamais nous n’avons éprouvé quelque chose de plus fort et de plus doux ». (Il professait un véritable culte, p. 169). 

  Cette fois il visita Assise et Florence.

c. En 1852 excursion au-delà des Pyrénées, chez M. Pooch, ancien carliste réfugié à Hazebrouck, surveillant, puis amnistié.

d. Il visita l’Angleterre à deux reprises : une fois avec son frère et quelques amis. Une autre fois il rendit visite à M. Ribgy ; premier professeur d’anglais au collège, et curé dans les environs de Cambridge dont il admire les bâtiments universitaires. Il alla jusqu’à Edimbourg.

d. En 1878, il visita l’Allemagne avec M. Verhaege, la Rhénanie surtout, et la Bavière ainsi que l’Autriche. En Moravie visite à un régisseur de domaine, ancien instituteur à Hazebrouck (M. Cauwel), où l’auteur note qu’il y a plus qu’en France « compénétration entre la vie séculière et la vie cléricale », parce que les prêtres sont plus près du peuple.

Le but du voyage était aussi de faire visite au Comte de Chambord.

M. Dehaene était très observateur dans ses voyages. Il avait « les yeux du cœur ».

 

5. M. Dehaene et la politique

 

   Le milieu politique de Hazebrouck était très calme. Entente entre le sous-préfet, Monsier de Queux de Saint-Hilaire et ses administrés.

   Un orléaniste avait été élu député dans l’arrondissement, M. Warein, contre le légitimiste,  M. de Villeneuve, et il fut réélu plusieurs fois.

   En 1842 on vote pour Berryer, qui élu en deux endroits renonça à son mandat du Nord où un autre « légitimiste », M. Béhagel, maire de Bailleul, fut élu.

   Irritation du gouvernement orléaniste.

   (En ce temps-là le nombre des électeurs était limité : 200.000 pour toute la France. De là la possibilité, pour le gouvernement au pouvoir, d’acheter les voix par favoritisme). Mais en 1846, un orléaniste, M. Plichon, est élu contre le maire de Bailleul. (Les bourgeois de Hazebrouck étaient fidèles au gouvernement de juillet Révolution 1848).

   M. Dehaene était légitimiste et ne s’en cachait pas. L’ouverture et la franchise était dans sa nature. Après 1848, il était plus libre dans ses mouvements. Un grand souffle d’espoir traverse la France ; malgré les craintes de beaucoup le vent était à l’euphorie, (témoin, la fondation du journal, l’Ère nouvelle, de Ozanam, Lacordaire…). Partout on plante des arbres de la liberté ! Mais beaucoup de prêtres se croient à la veille d’u  nouveau 1793 et tremblent devant la République provisoire.

   Un grand meeting populaire se tint pour les cantons de Hazebrouck à Morbècque pour désigner ses candidats… dont on lut les « professions de foi ». (cf. p. 198). M. Dehaene est désigné le premier.

   Les évêques de l’époque ne donnent pas de directives. « Toute latitude était laissée aux prêtres pour l’exercice de leurs droits de citoyen » (p. 199). « J’adhère franchement, sans arrière-pensée, à la République, mais je la veux avec toutes les libertés civiles, politiques et religieuses » (p. 198).

   Les élections eurent lieu les 23 et 24 avril. M. Dehaene remporta un grand succès dans son secteur mais ne fut pas élu. Les candidats des grandes villes l’emportèrent. Mais de cette époque M. Dehaene « conserva… un penchant marqué pour les luttes politiques » (p. 205).

   Il faut noter que l’abbé Dehaene, comme ses contemporains, vota trois fois pour le Prince Louis-Napoléon : présidence, présidence décennale (après le coup d’État), Empire (on se réfugie dans l’Empire par crainte des revendications socialistes).

NB. Politique habile vis-à-vis des catholiques, par le soutien du Pape. Lors des malheurs de 1870, il revint à l’idée de réconcilier le roi et le peuple (comme beaucoup de catholiques) selon les tendances du nouveau légitimisme.

 

6. Les œuvres de zèle de M. Dehaene   

 

   « Je voudrais soulager tout ce qui est pauvre, tout ce qui est petit ; tout ce qui souffre, tout ce qui est malheureux ! » (lettre à Sr X, le 16 août 1860.

   Jusqu’en 1842, de bonnes filles, très dévouées, faisaient la classe aux petites filles.

   M. Dehaene appuya l’introduction de religieuses pour assurer plus de stabilité. On prit les Dames de la Sainte Union, fondées récemment (avec externat payant, gratuit et pensionnat). M. Dehaene devint leur aumônier.

   Les Frères vinrent en 1851. M. Dehaene leur fournit un aumônier et leur témoigna une profonde estime, les invitant à toutes les fêtes.

   Sous le rapport « enseignement » dans les écoles, M. Dehaene était un peu trop exclusif, pendant plutôt pour l’enseignement libéral (moralisant) que professionnel.

   Vers cette époque les Filles de la Charité vinrent organiser l’assistance (cependant il faut signaler de très nombreux exemples de vies chrétiennes vouées entièrement au bien des malheureux, pp. 216 et suivantes).

   Elles reprirent la chapelle des Augustins (convertie en halle aux draps…). Il faut noter, après la Révolution de 1848, un grand élan dans le sens de l’union des citoyens, « réconciliation de tous avec tous par (une) sainte et fraternelle égalité… » (lettre de M. Baudon, p. 221.

   En 1848, on fonda une société de secours mutuel (versement de 10 centimes par semaine). M. Dehaene lui témoigna le plus affectueux intérêt.

   Il soutint la réunion des dames pour les habits des pauvres, réunion qui se transforma en Société-de-Saint-Vincent de Paul (1853).

   Vers la fin de 1853 il fonda avec M. Droüart, procureur général, la conférence des hommes, dont le recrutement eut à souffrir dans la suite de la défiance du pouvoir.

   Il appuya également « l’œuvre apostolique » (secours aux missions) et la réunion des enfants de Marie, surtout celle, la plus pauvre, qui se réunissait dans la chapelle de l’hospice. M. Dehaene s’appuya beaucoup sur les prières et sacrifices de ces humbles filles.

  Après 1870, M. Dehaene fonda le comté catholique et la conférence Saint-Louis : cette société charitable et d’entraide établit l’œuvre du sou, un secrétariat pour les illettrés, l’aide aux jeunes conscrits…  

   Il animait également la société de Saint-Joseph, qui groupait de braves bourgeois. Il entreprit de faire des « conférences » aux hommes, de 1855 à 1858. (Lacordaire se faisait des émules).

   M. Dehaene était homme d’impulsion et d’entraide, de conquête. Il a surtout su sensibiliser au dévouement, p. 240.

 

7. Fondations de collèges. Couvent des capucins

 

   Loi du 25 mars 1850, liberté de l’enseignement (accès à l’examen du baccalauréat ; ouverture possible d’établissement d’instruction ; possibilité pour les congrégations d’être agréées par les communes pour l’enseignement primaire).

  M. Dehaene « se mit à la tête du mouvement pour la fondation des collèges libres en Flandre » (p. 242).

   Cependant dès 1845 M. Crèvecoeur avait fait reconnaître le pensionnat catholique de Marcq-en-Bareul, près de Lille, avec société de prêtres enseignants, « la société de Saint-Bertin », ou société Saint-Charles.

   À partir de Tourcoing, Monsieur Lecomte fonde 7 collèges, jusqu’en 1853. Il avait songé à faire lui aussi une « société » avec les prêtres employés dans les collèges (il comptait sur 36 à 38 associés). Il ne put réaliser son projet qu’en 1867, sous le nom de société Saint-Charles, et encore simple « syndicat possédant », p. 243 (où n’entra pas Hazebrouck).

   M. Dehaene soutint la fondation du collège Notre-Dame-des- Dunes (Dunkerque). Il acheta une maison, céda son suppléant de rhétorique, M. Dedein comme Supérieur, chercha des professeurs, dont M. Bertein, « une des colonnes de la maison nouvelle ». Ce collège surpassa Hazebrouck par son corps de professeurs d’élite.

   M. Dehaene contribua encore à la fondation du collège Saint-Joseph de Gravelines, (où son ami, M. Masselis, était aumônier des Ursulines) lors d’une mission qu’il y prêcha en 1850. Ce fut grâce à son courage, à son aide, que la fondation prit corps en 1857. Il la soutint matériellement en personnel et en argent…

   M. Dehaene releva également le collège de Bailleul en garantissant le mobilier et les dépenses courantes. Plus tard son Principal eut des difficultés avec le gouvernement, -divorce d’un des professeurs- (M.  l’abbé Pruvost). On fonda l’Institution libre de l’Immaculée Conception.

   Il fut sollicité pour beaucoup d’autres fondations : à Merville, Estaires, Bergues… (à Merville les PP. du Saint-Esprit fondèrent le collège de Notre-Dame d’Espérance).

 

Le couvent des Capucins  

 

   De 1848 à 1851, les catholiques multiplient les fondations libres et les établissements religieux (pour l’enseignement, la prédication). De là les fondations des Maristes à Valenciennes, des Rédemptoristes à Douai et des Capucins à Hazebrouck.

   Succès des missions et prédications des Capucins belges (de Bruges) en Flandre française.

Impression vive de Monseigneur Régnier à la prédication, en flamand, du P. Isisdore lors de la bénédiction du Calvaire de Morbecque. Il nomma une commission le 18 novembre 1853 pour introduire les Capucins à Hazebrouck, et on commença les travaux en 1854 : une grande chapelle à laquelle était annexé un humble petit monastère (outre les salles communes, il y avait 31 cellules, briques nues).

  Dès 1859, des bruits malveillants destinés à les déconsidérer se répandent. Le zèle des prédicateurs déplaît. On regrettait qu’ils fussent belges… Les quêteurs (souvent laïcs) sont accusés d’accaparer les aumônes. (À cette époque « on n’était pas habitué aux injustices du gouvernement, et on n’osait pas lui donner, ouvertement tort » p. 267).   

   En même temps que les Capucins furent frappés les Rédemptoristes de Douai. Les Capucins partirent « à la dérobée » le samedi 6 avril 1861, car on ne pouvait « compter sur la police ».

 

8. La révocation de M. Dehaene (1865) 

 

   Au début du règne de Napoléon III, « le clergé et le peuple étaient également satisfaits » (protection de l’Église, bien-être matériel…). « Comme il arrive, l’admiration et la reconnaissance allaient peut-être un peu loin » (p. 271).

   Les Français vibrent lors du siège de Sébastopol. Il y a des travaux publics nombreux. La classe moyenne s’enrichit...

   À partir de 1860 le clergé prend ombrage de l’abandon du Pape, de la suppression de l’Univers. Monseigneur Dupanloup ainsi que Monseigneur Régnier réagissent (celui-ci publie des études sur le pouvoir du Pape…). De là l’hostilité du gouvernement contre Monseigneur Régnier et le clergé du Nord…

   M. Dehaene devient suspect en raison de sa notoriété. On le savait sympathique aux Capucins expulsés. On lui reprocha de soutenir les collèges libres de Dunkerque et de Gravelines. On ne lui pardonna pas l’appui qu’il donna de l’élection de Plichon contre le candidat gouvernemental, d’une manière éhontée. Mais l’opinion passionnée par le duel Plichon – gouvernement impérial donna la préférence au candidat « de la liberté » (amour entêté des flamands pour leurs franchises). Pendant 25 ans M. Plichon resta le défenseur des libertés de la Flandre française.

   M. Dehaene eut une entrevue avec le ministre Duruy à propos de ses intérêts à Gravelines et à Dunkerque en septembre 1864. Il mit les choses au point.

   (En 1863 M. Dehaene perdit sa sœur et son frère Louis, son bras droit ; puis il eut de sérieux ennuis de santé : une forte dépression).

   En mars 1865 M. Dehaene était révoqué, « regardé comme démissionnaire » et remplacé par un prêtre, professeur de philosophie dans une école normale des Basses-Pyrénées, M. Pourtaultz. Tous les professeurs ecclésiastiques se retirèrent. Les laïcs, père de famille, sur le conseil de M. Dehaene, restèrent attachés à la nouvelle direction. Sur 150 pensionnaires, ils restaient, au lendemain du 8 mars, « la journée de la débâcle », M. Pourtaultz n’ayant pu obtenir les pouvoirs de confesser de Monseigneur Régnier, et devant des difficultés insurmontables adressa sa démission au bout de deux mois et rentra dans son pays.

   Le collège communal ne put que vivoter, aux frais de la ville, sous un régime de boursiers.

   Le conseil communal n’osa pas, par crainte du gouvernement, voter une adresse de gratitude à M. Dehaene (rejeté à une voix de majorité !).

suite Dehaene et Dehon 2