Mgr BOUQUE Paul (Emile)
(1896 - 1979)
Né le 05.09.1876 à Hauconcourt (57)
Profès le 24.06.1920 à Brugelette
Perpétuelle le 24.06.1923 à Louvain
Prêtre le 26.07.1925 à Louvain
Nommé le 28.05.1934
Consacré le 21.11.1934
Pref. Ap. de Foumban (1930-1934)
Vic. Ap. de Foumban (1934-1955)
Ev. Rés. de Nkongsamba (1955-1964)
Décès le 15.08.1979 à Cannes (06)

Le premier vicaire apostolique de Foumban.

VISION D'ANTAN.
L'histoire de notre mission du Cameroun mérite d'être contée. N'est-ce pas, au fond, un morceau d'histoire de l'Eglise, et non des moins édifiants ! Un premier chapitre vient de se clore glorieusement à Metz. C'est pour en retracer les grandes lignes que je risque ces pages.

HEUREUX PRÉSAGES.
Même s'il ne cadre plus entièrement avec l'ancienne Préfecture Apostolique de l'Adamaoua, le Vicariat actuel de Foumban n'a pas toujours été le fief des missionnaires français. J'en sais d'autres qui, en Allemagne, en Espagne, au Brésil, aux Etats-Unis, au Gariep, se réjouissent d'être pour quelque chose dans le triomphe d'aujourd’hui et qui pleurent encore d'avoir dû abandonner la charrue en pleine activité. Arrivés en 1912, ils étaient, deux ans plus tard, 17 missionnaires: 8 péres et 8 frères, aidés de 5 religieuses, sous la houlette de Mgr Lennartz, premier préfet de l'Adamaoua. Trois stations principales étaient déjà fondées, avec 20 écoles où plus de 1000 enfants recevaient l'instruction et se préparaient au baptême.

L'ÉPREUVE.
C'était trop beau, la tempête devait venir. Elle vint, plus tôt et plus brutale que les moins pessimistes même ne l'avaient attendue. La campagne coloniale nous donna le Cameroun, mais pour la mission ce fut le désastre complet. Les stations abandonnées et bientôt pillées ou détruites, la population païenne comme auparavant, les catéchumènes exposés aux vexations de leurs congénères, une tombe dans la brousse, celle du frère Schreiber, voilà tout ce qui en est resté !

UN PIONNIER, UN BATISSEUR
1920. L'œuvre missionnaire reprend. C'est l’Eglise qui cherche à reconquérir ses positions sous la direction sage et dévouée du R. P. Plissonneau, promu bientôt Préfet apostolique de Foumban. Dès que la Mission a trouvé en territoire français sa véritable assiette, voici que, entre le Wouri et le massif de l'Adamaoua, surgissent les nouveaux postes les uns après les autres: Dschang, Bonabéri, Banka, Mbanga, pour ne citer que les plus anciens. Le sillon commencé autrefois est rouvert, et, Dieu merci, poussé beaucoup plus loin.

L’ŒUVRE GRANDIT.
En peu de temps, des résultats magnifiques ont été atteints. Les 12 dernières années nous apparaissent vraiment comme une poussée victorieuse du catholicisme vers le Nord. visiblement l’Esprit de Dieu flotte sur le Cameroun. La bonne semence germe partout. Les greniers vont être trop petits, les missionnaires sont trop peu nombreux, malgré les nouveaux dévouements qui sont venus se prodiguer à leurs côtés. Dés 1927 la jeune province d'Italie a essaimé, envoyant plusieurs membres au Cameroun. En 1930, le personnel missionnaire s'accroît d'un petit groupe de religieuses de la Congrégation de la Sainte-Union des Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie.

LES EPREUVES .
Mais comme il arrive pour toutes les oeuvres de Dieu, le succès se paye. Qui nous énumérera ces épreuves de missionnaires, cette générosité parfois héroïque des néophytes ? Les revues, même les lettres ne disent pas tout. Mais qui nous dira aussi dans quelle mesure tous ces sacrifices ont décidé du mouvement de conversion qui caractérise le Cameroun ? Je crois que Dieu est seul bon juge en la matière; je n'insiste pas. Mais je m'en voudrais de passer sous silence le nom de deux ouvriers qui sont tombés trop tôt: le P. Pucheu, cette figure si sympathique, je dirais légendaire en Europe comme en Afrique, et Mère Alfred-Thérèse, Supérieure de la petite communauté de Dschang, qui succomba l'année même de son arrivée dans la Préfecture . Enfin il faut ajouter que les travaux et les soucis avaient usé avant le temps le Chef si aimé de la Mission, Mgr Plissonneau. En 1930 Rome accepta sa démission.
LE NOUVEAU CHEF.
Il 1ui fallait un successeur. Il fut trouve dans la personne du R. P. Bouque, alors supérieur de Mbanga.
Arrivé au Cameroun en 1926, le nouvel élu s'est dévoué d'abord, à Banka, principalement à l'éducation des enfants noirs. L'année suivante Mgr Plissonneau l'appelle à Mbanga dont il devient le supérieur en 1928. C'est là, pourrions-nous dire, que commence la « carrière » du futur Vicaire apostolique. On l'a vu tout de suite à l'oeuvre. Sa première initiative fut la construction, en matières durables, de sa station.
Bientôt le P. Bouque s'est vu honoré de l'estime et de la confiance particulière de Monseigneur, qui l'associa peu à peu à l'administration de la Préfecture. Ainsi donc le choix de Rome n'a-t-il pas trop surpris.
La Mission était relativement jeune encore, mais constituait déjà une succession importante. Les statistiques nous montrent quinze missionnaires répartis en 6 stations, 24.000 chrétiens et 13.000 catéchumènes. Je ne parle pas des écoles à entretenir, des catéchistes à former et à surveiller, ni de bien d'autres points. Le poste de Préfet n'est donc pas précisément une sinécure.
Mgr Bouque l'entendit bien ainsi: il faut élargir le cadre de l'activité, essaimer encore. Dés mars 1931, deux nouvelles stations principales sont fondées: Yabassi, sur le Wouri, et le lointain Bétamba, sur la Sanaga. Plusieurs fois par an tous les postes, même dans la brousse, reçoivent la visite de leur chef hiérarchique.

C'EST DU NORD QUE...
Au début de 1932 le territoire de la Préfecture a été considérablement agrandi. Dépassant les frontières du Cameroun nord, il s'étend maintenant sur une partie de l'Oubangi Chari et de la Colonie du Tchad. Nouveaux soucis pour le Préfet, et pas des moindres. Autres races, autres coutumes, autre religion: à savoir l'Islam. Voilà plus qu'il n'en faut pour faire de ce nord l'enfant terrible de la Mission.
Je comprends les problèmes qui se posent: nouvelles méthodes, nouvelles fondations surtout, en pleine crise économique.
Mais qu'importe. Mgr Bouque entreprend, en camion, -- un vieux camion, précise-t-on, — un long et pénible voyage dans ce « bled » qui s'annonce si laborieux et peut-être si peu consolant. Il étudie la possibilité d’y établir de nouveaux postes. On nous dit que bientôt le projet sera réalisé. Le P. Sourie serait destiné à donner les premiers coups de pioche.

L.A RUCHE.
En attendant on a travaillé ferme dans le sud. Les statistiques récentes le montrent éloquemment: 8 stations principales et 600 postes secondaires, 34.000 chrétiens et 20.000 catéchumènes; vie chrétienne intense qui transpire par tous les autres chiffres: près de 130.000 confessions et 600.000 communions.

LA RELEVE
Mais, si développée que soit la vie catholique, elle n'est pas le Couronnement de l'action missionnaire. La voix des Papes est claire: il faut un clergé indigène. Donc, pour commencer, un petit séminaire. Décidément, on n'a jamais fini en mission. Eh ! y a-t-on songé: un clergé noir dans une mission si jeune, encore si prés de son paganisme et si loin de notre métaphysique ! Mais Mgr Bouque a 1' air de n'y pas prendre garde. I1 va de l'avant, le P. Gontier se fait son bras droit. Et bientôt un petit noir écrira dans une gentille lettre à ses bienfaiteurs de France: « Notre petit séminaire s'est ouvert le 20 avril 1931 à Nkonsamba. »La première année ils étaient dix, aujourd'hui ils sont quarante.
Et ce n’est pas tout. A Mbanga, sous la direction de celui qui ne voudra plus s'appeler que le Père Plissonneau, s'est formé un préséminaire, où une soixantaine d'enfants déjà font les classes préparatoires avant d'affronter les hautes études de Nkongsamba.

LE MERCI DE L'ÉGLISE.
Vers la mi-mars de cette année, la préfecture était érigée en vicariat.
Le 28 mai, Mgr Bouque était nommé Vicaire apostolique et préconisé évoque titulaire de Vagada.—Je me demande avec quelles appréhensions Monseigneur reçut cette nomination. Il avait écrit, peu avant d'apprendre la décision romaine: « Mon plus grand désir, c'est de rentrer dans les rangs et de laisser la place à un autre plus compétent et plus digne de cet honneur et de cette charge. » Simplement, il répond à l'appel de l'Eglise.
Cette simplicité, cette fermeté tranquille semblent bien être les caractéristiques du nouvel évêque. Son activité missionnaire nous a permis de composer à peu prés son portrait. Je ni ajouterai qu'un détail: il a passé sans faire beaucoup de bruit et son travail n'en a porté que plus de fruits. Ce mot est tombé spontanément de la bouche de plusieurs Pères, ses anciens condisciples au scolasticat ou ses collaborateurs en mission.
Cependant les bulles pontificales arrivent à Paris. Un télégramme du T. R. P. Général appelle Mgr Bouque en Europe. Le 10 octobre, il débarque à Bordeaux. Quand se posa la question du sacre, Monseigneur exprima le souhait que la cérémonie eut lieu dans une de nos maisons. Mais l’Evêque de son pays lorrain, Mgr Pelt, avait demandé à consacrer lui-même le fils de son diocèse. Mgr Bouque ne pouvait qu'acquiescer à cette invitation si délicate. Après quelques jours passés dans la retraite, il se dirigea sur Metz.

NOVEMBRE EST CHOISI.
I1 fait froid en ce matin du 21 novembre, fête de Notre-Dame la Vierge. Sur la Place d'Armes, au pied de la cathédrale, les gens trottinent, pressés et frileux. Il doit avoir froid ce bambin, au petit nez rosé, qui tient emprisonnée sa menotte dans la poche du veston de son papa et qui lui dit: « Pourquoi c'que c'est qu'il y a tant de curés ? » Et, en effet, ils sont nombreux, les prêtres, à cette heure matinale. Tout le monde pressent que quelque chose de grand et d'inaccoutumé va se passer.
La cathédrale, enrubannée de brouillard ténu, a l'air de se recueillir. Sous le porche latéral, un méridional à la langue bien déliée, à l'accent qui chante, mais qui chevrote sous le froid, (que fait-il donc ici, le pauvre ?) me fait la réclame pour un cérémonial du sacre.
Je connais depuis longtemps ma cathédrale. Sa haute nef et ses innombrables vitraux ne m'étonnent plus. Je suis simplement très fier d'elle et je sais que tout le monde va louer sa beauté. En effet, le T. R. P. Provincial qui attend, près la sacristie, l'arrivée des invités, me fait aussitôt l'éloge des vitraux, du choeur si élevé, des hauts piliers qui soutiennent sa nef.

LES PREMIERS INVITÉS.
M. le curé de Hauconcourt, l'abbé Toutmann se place au premier rang de ses chers paroissiens. Ils sont arrivés nombreux, amenant avec eux leurs amis d’Ennery, de Chailly, de Semécourt et des autres villages du nord de Metz. Quelle fierté sur leurs visages, quelle joie concentrée sur ces rudes et honnêtes figures de paysans du pays messin !

REMINISCENCES.
Pensez donc, tous connaissent Paul. Quand tout à l'heure il traversera leurs rangs, mitre en tête et crosse au poing, ils auront tôt fait de retrouver sous ses habits d'apparat la silhouette du petit garçon qui traversait jadis les rues de leur village mosellan, cartable sous le bras ou menant au labour les chevaux de son père.
On se souvient qu'un jour un prêtre est venu prendre à ses parents et aux champs le petit garçon. On précise la date. C'était en 1909, Le Père Etienne, en tournée de recrutement dans le village, était allé trouver M. l'abbé Grandidier, curé de Hauconcourt, pour obtenir de lui une ou deux vocations. M. Grandidier avait alors, dans les rangs de ses servants de messe et de ses petits chantres, deux enfants pieux: Adrien Bolsigner et Paul Bouque. Le prêtre remit à Adrien qui avait perdu sa mère à l’âge de un an et demi et qui avait été élevé par sa tante, Maria Ebersviller, une véritable sainte, un prospectus de l'école de Clairefontaine. Après avoir lu le prospectus à sa tante, il lui demanda de partir. La permission fut accordée avec joie. Son camarade Paul ayant appris la chose, demanda lui aussi à ses parents l'autorisation de partir avec son ami, pour être prêtre. Le père Brovillé, supérieur de Clairefontaine pouvait annoncer bientôt que les deux apostoliques donnaient pleine satisfaction. Tout le monde le sut. Tout se sait, dans un village de 500 habitants. On les revit régulièrement à l'époque des vacances reprendre le travail d'autrefois, aider aux semailles ou à la récolte des pommes de terre. Les années passèrent. En juillet 1914, tous deux prenaient la soutane et entraient au noviciat de Brugelette.
Mais le mois d'août amenait la grande guerre. Nos deux amis rentrèrent chacun dans son foyer, anxieux de l'avenir.

LE DEPART.
La tourmente passée, on s'aperçut bien vite que rien n'avait pu altérer la forte vocation du jeune novice des Prêtres du Sacré-Cœur. Plus fervente que jamais, cette vocation vivace appelait son esprit vers l'apostolat lointain et le ramenait à Brugelette après quatre ans d'absence.
La première profession des saints voeux eut lieu le 24 juin 1920.
Durant ses années d'études, on n' avait revu le frère Paul Bouque qu'à de rares intervalles, assez cependant pour laisser à tous un bel exemple de piété, de modestie et de zèle.
Puis ce fut le grand jour de l'ordination sacerdotale. Tous se rappellent le long cortège organisé pour recevoir dans le village les deux jeunes prêtres de l'année 1925. Le R. P. Bouque célébra sa première messe le 15 août. La veille, un dimanche, c'était le P. Bolsigner qui pour la première fois montait à l'autel.
Le départ pour le Cameroun eut lieu en 1926. I1 fut à peine remarqué. Tous savaient son amour pour les missions lointaines, le départ parut tout naturel.
Comme d'autres sont laboureurs, lui, il était missionnaire.

L 'ATTENTE SOUS LE FROID
Je laisse mes bonnes gens de Hauconcourt et de Chailly retracer en pensée le curriculum vitæ de leur cher compatriote. Je dis en pensée. Au fait, je les vois qui parlent tout bas comme on parle à l'église. Ils sont excusables, car depuis bientôt une heure ils sont là qui attendent la cérémonie,
A la sacristie je suis heureux de voir et de saluer nos Pères qui sont venus de tous les coins de France, de Belgique, des Pays-Bas, du Luxembourg, du Cameroun.
Déjà quelques chanoines, dans leur belle tenue d'hiver gagnent leur stalle. Le curé de la cathédrale, M. le chanoine Erman, vient nous inviter à monter au choeur. La plupart ont gardé la douillette sous le surplis. Encore une fois, il fait très froid et j'ai peur que Monseigneur ne souffre trop de cette brusque transition.

NOS PERES. LE CLERGE.
La «Mutte» (C’est le gros bourdon de la cathédrale) annonce la festivité à tous les échos. Dans la nef, une foule très dense.
De chaque côté de l'autel trois rangs de chaises sont réservés aux Prêtres du Sacré-Coeur et aux invités du Clergé séculier. Un fauteuil a été disposé pour le T. R. P. Philippe, Supérieur général. A côté prennent place le T. R. P. Devrainne, Provincial de France; le T. R. P. Pauly, Provincial de Belgique; le T. R. P. Van Hommerich, Vice-Provincial des Pays-Bas; les RP. PP. Pergent, Conseiller provincial, Haas, Conseiller provincial, curé d'Amnéville; Delvigne, conseiller provincial; Jérusalem, Econome provincial et procureur de la mission; Jacquemin,
Recteur à Amiens; Legay, Recteur à Lille; Gengler, Recteur à Luxembourg; Beck, Recteur à Domois, Foos, Recteur à Clairefontaine; Wyckens, Recteur à Louvain; Lechner, Recleur au Couvent d'Amnéville; Grandcolas, de Viry; Humbert, de Saint-Quentin; Bolsigner, vicaire à Amnéville; Laurent Héberlé, le Cheviller et Frère Boulanger, tous trois missionnaires partants; Schwab et Scheltienne, de Lille; Albani, missionnaire au Cameroun; le Frère Muller, de Viry. Le R. P. Conrad, des Pères du Saint-Esprit; un Père des Missions Africaines de Lyon. Parmi le clergé séculier, signalons: M. Ie chanoine l'abbé Valentini, rédacteur à la Libre Lorraine; enfin les professeurs des grands et petits séminaires.

PRELUDES.
Les cérémoniaires, en longues capelines noires striées d'un liseré violet et bordées d'hermine blanche. arpentent le choeur, s'affairent aux derniers préparatifs du sacre.
Au fond de la cathédrale, un mouvement se dessine. La foule très dense (les 2.000 images souvenirs n'ont pu suffire) se presse sur le passage du cortège.
Mgr Pelt, accompagné des deux autres évêques consécrateurs, Mgr Vogt, de la Congrégation des Pères du Saint-Esprit, évêque titulaire de Célendrie, vicaire apostolique de Yaoundé (Cameroun); de Mgr Buckx, de la Congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur, évêque titulaire de Doliche, ancien vicaire apostolique de Finlande; de Mgr Bouque et du T.R.P. Philippe viennent de quitter l'auto de l'évêché. Une hospitalité très cordiale, infiniment délicate et empressée, avait accueilli, la veille, notre T. R. P. Général, Mgr Bouque et les deux évêques assistants.
Cependant que le cortège s'avance dans l'allée centrale, sous les regards étonnés et ravis du bon peuple messin, l'orgue a entonné le menuet gothique de Boelmann. Un petit arrêt. Nos Seigneurs les évêques et les ministres qui les accompagnent font halte pour adorer le Maître de céans, Jésus, dont une modeste veilleuse nous signale la présence dans une chapelle à l'entrée de l'édifice.

LA FAMILLE DE MONSEIGNEUR.
Dans le transept de gauche je distingue un groupe très récueilli. C'est au premier rang un vénérable vieillard, le père de Monseigneur. Je n'irai pas avec des mots humains traduire les sentiments qui s'agitent en ce moment dans son coeur. Je devine cependant comme un regret, tout spontané, de ne pas voir, à ses côtés, celle qui a été, pour Monseigneur, la plus dévouée des mamans, et qui pourrait goûter en ce jour le fruit bien légitime de labeurs discrets et d'amour obstiné. Mais je sais qu'en l'âme de ce vieillard vit une foi ardente qui a tôt fait de créer prés de lui cette présence aimée.
Aux côtés de M. Bouque, maire de Hauconcourt, ses deux soeurs, toutes deux religieuses de Sainte Chrétienne: mère Sainte-Reine, ancienne supérieure à Gorze et soeur Sainte-Jeanne, qui enseigne à Saint-Vincent de Metz; le frère de Monseigneur, M. Joseph Bouque et ses deux soeurs: Marie et Joséphine; un vénérable prêtre: l'abbé Grandidier, l'ancien curé de Hauconcourt, l'éveilleur et le gardien vigilant de la vocation de Monseigneur.

LES SOEURS DE LA SAINTE-UNION
Les soeurs de la Sainte-Union, qui sont au Cameroun nos dévouées collaboratrices dans l'oeuvre de l'Evangélisation (et du relèvement social de la femme indigène). devaient être à l'honneur elles aussi et au même titre que les nombreux prêtres du Sacré-Cœur qui assistaient à la cérémonie. La Très Révérende Mère Générale des Soeurs de la Sainte-Union et la Révérende Mère Assistante étaient venues la veille, de Tournai, pour assister à cette cérémonie et recevoir pour leur Congrégation la première bénédiction du nouvel évêque. Elles ont pris place parmi les membres de la famille de Monseigneur.

LES PERSONNALITÉS.
M. Carles, préfet de la Moselle, souligne par sa présence à cette cérémonie la bonne collaboration du gouvernement avec le missionnaire du Cameroun comme aussi sa sympathie pour celui qui depuis 23 ans est maire de Hauconcourt.
Mme et M. Vautrin, maire de Metz et M. le général Stuhl, sénateur de la Moselle sont également présents. M. Richou, ingénieur des mines et co-propriétaire des mines d'étain de la région de Foumban, centre de notre mission, a tenu à assister à cette belle cérémonie. Je dois aussi signaler la présence de M. Boitteux, le dévoué président de l'Action Catholique en pays mosellan.

LES MINISTRES. LE CADRE.
Après la très courte adoration à la chapelle du Saint-Sacrement, le cortège reprend sa marche. Le voici qui gravit les degrés de l'avant-Choeur. Les 300 petits séminaristes de Montigny sont groupés dans le transept de droite avec leurs aînés du Grand Séminaire.
C'est la maîtrise des deux séminaires qui est chargée de l'exécution des chants.
Le choeur est décoré de superbes massifs fleuris, de drapeaux aux couleurs de France, de l'Etat du Vatican, de 1'ancien duché de Lorraine. Les armes de Sa Sainteté Pie XI, celles de Mgr Pelt, de Mgr Vogt, de Mgr Buckx et de Mgr Bouque ornent les vastes et belles tentures disposées sous les arcades du choeur.
Ornée comme aux grands jours, la cathédrale, dans la lumière atténuée de cette journée d'automne qui lui laisse son cachet d'austère grandeur, est prête maintenant pour les rites grandioses du sacre. L'orgue s'est tu. Tous les fronts sont levés et tournés vers le chœur. Dans la nef plane un auguste silence. Les évêques prennent place sur leurs trônes respectifs. A l'entrée du chœur, Mgr Bouque au côté de l'épitre et devant l'autel disposé spécialement pour lui; à sa droite, Mgr Vogt et à sa gauche Mgr Buckx. L'évêque consécrateur, Mgr Pelt, a pris place sur son trône au côté de l'Evangile.

LE SACRE.
Le chant de Tierce commence. Pendant ce temps les ministres et les officiers du sacre défilent lentement dans le chœur, apportent avec majesté, sous le voile huméral, le nécessaire pour la cérémonie. Les deux pains doré et argenté, les deux tonnelets de vin, les vêtements liturgiques; que doit revêtir le nouvel élu. Ces processions lentes, silencieuses et solennelles sont d'une autre époque et il nous faudrait, pour en comprendre l'esprit, une âme d'autrefois. Notre vingtième siècle, pressé et sans façon, admire sans comprendre ce protocole royal. Le chant des petits et grands séminaristes qui s'élève harmonieux et pur jette l'assistance dans le ravissement.
Le chant cesse. Le pontife consécrateur, escorté de tous ses ministres, monte à l'autel et se tourne vers le nouvel évêque entouré de leurs excellences NN. SS. Vogt et Buchx et des RR. PP. Sourie et Bernard.: Tout le monde s'assied pour la lecture solennelle des bulles. M. le chanoine Adam, secrétaire général de l'évêché, revêtu du long manteau des cérémonies, lit d'une belle voix sonore et accentuée les majestueuses formules romaines qui créent Mgr Bouque évêque de l'Eglise catholique.
La cérémonie du sacre, proprement dite, ne commence qu'avec l'Evangile, par le chant des litanies des saints, où l'on sent passer toutes les invocations suppliantes des siècles qui nous ont précédés. Durant ce temps Mgr Bouque se tient prosterné sur les degrés de l'autel. Puis c'est la splendide préface de l'imposition des mains, suivie du « Veni Creator », pieux, ardent, pour celui qui va recevoir la plénitude de l'onction sacerdotale. Enfin, tour à tour, la consécration de la tête, celle des mains, la remise de la crosse, de l'anneau et des évangiles. Le nouvel évêque est «fait» comme dit le bon peuple de chez nous. La messe continue, dite simultanément au même autel par l'évêque consacré et l'évêque consécrateur. A la communion, les deux évêques se partagent la même hostie et boivent au même calice. L’Eglise ne pouvait pas symboliser par un geste plus grandiose l'admirable unité du sacerdoce catholique.

LA PREMIERE BENEDICTION
Après la messe, c'est la réception de la mitre, des gants. et l'installation du nouveau pontife. Après quoi éclate, joyeux et solennel, le « Te Deum », tout chargé des jubilations séculaires de l'Eglise.
Le nouvel évêque se lève, mitre en tête et crosse en main, descend les degrés du choeur et va donner à son bien-aimé père, sa première bénédiction épiscopale. Accompagné des autres évêques, il parcourt la cathédrale, bénissant la foule agenouillée et recueillie. La cérémonie prend fin par le triple « Ad multos annos », que le nouvel évêque adresse au pontife consécrateur. I1 est midi passé.
Entre temps, le soleil a percé le léger brouillard d'automne; il flambe dans les vitraux, sème des taches lumineuses sur les vieilles pierres grises, nimbe le nouveau prélat qui dispense à la foule sa première bénédiction et dans un rutilement d'or et de pourpre, l'accompagne jusqu'à la voiture ou le bon peuple en liesse l'entoure pour lui exprimer, sinon de bouche, du moins de coeur. 1'« Ad multos annos », cordial et sincère qui accompagnera par delà les mers, ce glorieux enfant de la Lorraine.

P. SCHELTIENNE. scj

AVANT-PROPOS, EXERGUE - CAUSES INTRODUITES