Mgr GRISON Emile (Gabriel)
(1860 - 1942)

Né le 24.12.1860 à St-Julien sous les côtes (Meuse)
Prêtre le 30.11.1883 à Verdun (Meuse)
Profès le 23.09.1887 à St-Quentin
Perpétuelle le 24.08.1888 à
Ordin.. epis. le 11.10.1908 à Rome
Décès le 13.02.1942 à Kisangani (Zaïre)
En Equateur (1888-1896)
Sup. de la mission en Equateur (1891-1896)
Miss. au Zaïre ( 1897-1942)
Préf. apost. Stanley-Falls (1904-1908)
Vicaire apost. Stanley-Falls (1908-1934)

Le 13 février 1942 — en pleine guerre mondiale — Monseigneur Gabriel Grison mourait à Stanleyville après 45 ans d'apostolat au Congo Belge.
Parce que la Providence l'avait conduit dans cette colonie de Léopold II, mais surtout parce que, d'une modestie et d'une honnêteté farouches, il fuyait la publicité et dégonflait les éloges, la personnalité et l'œuvre de ce fils de France sont à peu près inconnues dans sa patrie.
Une biographie se prépare, qui révélera les dimensions exceptionnelles de l'apôtre, du religieux et de l'homme. En attendant, nous offrons à nos lecteurs cet aperçu de la carrière du grand missionnaire. ( LE REGNE : N.D.L.R._)

« ll y a aujourd'hui trois ans à cette même heure, je vous quittais; je vous vois encore sur le quai de la gare de Lérouville, suivant du regard le train qui m'emportait. Comme aujourd'hui, la séparation était douloureuse; mais j’ai lu ce matin même, comme il y a trois ans, que celui qui laissera son père, sa mère, les siens pour Jésus, recevra ici-bas le centuple de ce qu'il a abandonné et après, la vie éternelle. » .
Ces lignes, le Père Grison les adresse à ses parents, au cours d'une randonnée dans la Cordillère des Andes. Elles expriment bien l'appel mystérieux, impératif, qui, sans rompre les liens d'affection envers ses proches, lie le disciple généreux à son Seigneur, au delà de tout amour humain. Ces lignes, les aurait-il jamais écrites, s'il n'avait eu une mère capable de s'effacer au point de pouvoir dire à son fils exposé au danger: « Sans doute, le diable voudrait bien vous voir partir, mais que deviendrait ce pauvre peuple sans prêtre ? Dieu sait si je serais heureuse de vous revoir, mais si votre présence est nécessaire là-bas, je renouvelle mon sacrifice; je le ferai aujourd'hui comme je l'ai fait quand vous êtes parti. » Heureuses ces mamans qui savent aimer leurs enfants jusqu'à partager avec eux les exigences d'une vocation ! En quittant sa Lorraine natale, le Père Grison ne renie pas les siens. Les qualités du sol, les riches traditions de courage et d'énergie dont la Lorraine a su nourrir ses fils et ses filles, et jusqu'à la fière devise « Qui s'y frotte s'y pique », il va les exporter.
L'Institut des Prêtres du Sacré-Cœur, vers lequel s'est tourné le Père Grison, compte un peu plus de dix années: il est encore au berceau. Malgré cela, le T. R. P. Dehon, son fondateur, lance ses religieux par delà les mers. Le Père Grison est du premier départ. Avec un confrère, il s'embarque le 10 novembre 1887, à St-Nazaire, en direction de l'Equateur.

L'ÉQUATEUR
Il faut rappeler quelle est alors la situation politique de ce pays. le nom de « Republica del Ecuador ». Après trente années de troubles intérieurs, un homme assume, pendant près de quinze ans, la direction du pays, s'appliquant à instaurer un ordre juste, grâce à d'importantes réformes sociales et à une judicieuse mise en valeur des ressources économiques. Cet homme s'appelle Garcia Moreno. En 1875, il tombe sous le poignard de la Loge, laissant à ses assassins ce simple mot de protestation: « Dieu ne meurt pas. » Le pays retombe alors dans la lutte des partis. « I e Peuple équatorien, note le P. Grison, est plus volcanique que son sol. »
Soucieux de promouvoir l'avenir religieux de sa nation, Garcia Moreno s'était adressé au Saint-Siège pour obtenir l'envoi de prêtres zélés, capables de susciter à l'Equateur un clergé à la hauteur de sa Mission.
Peu après leur arrivée à destination, le Père Dehon dirigera ses missionnaires vers l'un de ces hommes d'élite, Monseigneur Schumacher, évêque de Porto-Viejo, « appartenant à cette race vaillante d'hommes dont Dieu fait ses martyrs. » Ce prélat, l'un des plus éminents de l'Amérique du Sud, exerçait à l'Equateur une influence énorme, en particulier, par le « Hogar », maintenir au collège le calme indispensable aux études. Lui-même, prenait ses meilleures récréations au milieu de ses enfants: « Pour moi. Note-t-il dans son journal, je remerciais Dieu de nous avoir donné l’enfance en partage: c’était un plaisir de vivre au milieu de ce petit peuple charmant, turbulent et plein de vie ».
Vient un jour où le collège reste pratiquement le seul établis-sement à faire face à la franc-maçonnerie. Les événements ont obligé 1'évêque de Porto Viejo, bien malgré lui, à se retirer en Colom-bie. En la résidence épiscopale, s'installe le nouveau gouverneur de la province: Robert Andrado, seul survivant, avec Alfrado, parmi les meurtriers de Garcia Moréno. Le gouverneur envoie son aide de camp auprès du Père Grison, pour lui dire qu'au fond, Il n'est pas ennemi de la religion, qu'on pourrait s'entendre... Il s'adressait à mauvaise enseigne ! Le Père Gabriel n'aimait pas ces sortes de louvoiements: « Monsieur, répondit-il à l'officier, je n'ai jamais donné ma main à un assassin. je ne veux pas commencer par celui de Garcia Moreno ».
Quelques semaines plus tard, le drapeau du collège flottait au vent mais cette fois voilé d'un grand crêpe noir. Tout le peuple chrétien fixait les yeux sur le vapeur qui leur enlevait « Padre Gabriel », expulsé, ainsi que tous les Pères du collège. Bien plus tard. songeant à cette brutale séparation. le Père Grison écrit:
« Moi qui n'ai jamais pleuré en quittant ma Patrie et mes parents, je pleurais en quittant Bahia ».
Ces huit années passées à l'Equateur furent pour le Père Gabriel comme les prémices de sa vie apostolique et missionnaire. Une vie longue et pleine, elles marquent la première étape. Déjà, s'affirme avec netteté une personnalité forte. une volonté énergique, toute tendue vers le but dès qu'il est connu avec précision. Le combat pour le Christ, mené aux côtés de l'évêque de Porto-Viejo l'a mûri pour une oeuvre que Dieu lui réserve, et où il se révélera un ouvrier d'exceptionnelle qualité.

AUX FALLS
Nous voici en 1897, un an après l'expulsion de l’Equateur. A nouveau le Père Gabriel et son collaborateur immédiat au collège, le Pére Lux. ont repris la mer.
Après les expédition de Livingstone et de Stanley, Léopold II intéresse l'Europe à l'œuvre civilisatrice qu'il veut entreprendre au Congo. La campagne anti-esclavagiste (1890-1894) vient de libérer 1'Afrique centrale des négriers arabes.
C'est alors que. sur la double demande de Rome et de la Belgique, le Père Dehon accepte do collaborer à l'évangélisation de ces terri-toires et envoie, à cet effet, deux missionnaires en reconnaissance. Après un long voyage ceux-ci débarquent a « Stanleyville » située au cœur de l'Afrique centrale. sur le Congo. Leur paroisse est vaste. A l'est, la chaîne montagneuse du Ruwenzori et les Grands Lacs; au sud, les monts du Katanga où missionnent quelques Pères Jésuites; vers l’ouest: la mission la plus proche, le Nouvel Anvers , est à 800 kilomètres de Stanleyville, C'est dans ce cadre que va se dérouler « la plus extraordinaire et la plus prodigieuse des épopées chrétiennes au Congo ».

LE DÉFRICHEUR
Sans différer, le Père Gabriel Grison se met en quête d'un terrain propice pour l'emplacement d'une mission. Il la veut à l'écart du contre européen, en pleine brousse: aussi arrête-t-il finalement son choix sur une clairière marécageuse, à quelques kilomètres de Stanleyville, en bordure du fleuve. Chaque jour. ll pourra de la sorte se rendre de « Stan » au chantier en Pirogue. Déjà les arbres de la grande forêt tombent, trois cases se montent: une chapelle, une chambre pour le Père. la troisième servira d'atelier.
Sur ces entrefaites. trois semaines après son arrivée à Stan. Le compagnon du Père Gabriel tombe malade. et si sérieusement que le retour en Europe s'impose...
Que faire, seul parmi un peuple aux moeurs sauvages. dont le langage est totalement inconnu ? De l'administration, aucune aide matérielle n'est à espérer pour le moment: la récente campagne contre la tribus révoltées a épuisé les ressources. Par contre. le souvenir des derniers combats reste dans la mémoire des indigènes. Les sentiments qu'on nourrit à l'égard des blancs, sont, pour le moins méfiants. Dans les villages de la brousse se pratique encore l'anthropophagie.
Après réflexion. le Père Gabriel décide: « Je reste. »

UN. SAUVEUR NOUS EST NÉ
Trois mois après son arrivée. le 24 décembre 1897, les modestes bagages du Père sont définitivement déménagés. et la chambre de Stan échangée contre une case en pisé. L'emplacement choisi prendra le nom de « Mission St-Gabriel ». Laissons le Père Gabriel évoquer lui-même son installation: « C'était la Première fête de Noël qu'on allait célébrer au milieu de ces forêts; pour la Première fois. Notre-Seigneur y allait descendre, en ce beau et saint jour, et moi-même, j'allais en prendre possession, avec Lui. J'arrivais à St-Gabriel au milieu de toutes ces pensées: mes ouvriers étaient au travail. Je les appelai pour décharger les deux pirogues qui m'ac-compagnaient. « Mes amis, leur dis-je. désormais, j'habiterai ici; ce soir. je ne retournerai pas aux Falls, et je coucherai ici. Nous ferons une belle fête de nuit. C'est la grande nuit du Bon Dieu. »
Assistant aux préparatifs de cette fête que le Père Gabriel voulait si jolie. les premiers noirs jettent un clin d'œil curieux Par les fenêtres: « C'est beau. oh ! que c'est beau. mon Père. ((Nzuri. nzuri sana). Nous voyons bien que vous êtes le Prêtre de Dieu. vous lui faites une belle maison, » Quelques instants plus tard « attentifs et silencieux. les noirs ouvraient de grands yeux, regardaient et écoutaient. L'autel. les ornements sacerdotaux. les cérémonies, le calice d'or... tout cela les émerveillait. Au moment de l'élévation, ils firent une décharge générale. C'est de cette manière que Jésus fut salué par ces pauvres indigènes. » A cette solennité prend part la nature équatoriale. Elle aussi veut chanter la venue du Seigneur en ce monde qu'il a fait.
-« C'était un ciel étoilé, un Noël en plein air, une nuit tiède d'été. Les vers luisants faisaient étinceler leurs émeraudes au milieu des herbes les lucioles traçaient des lignes d'or dans l'obscurité de la nuit. les grillons chantaient leurs chansons bruyantes et les singes jetaient leurs notes perçantes au milieu des ténèbres de la forêt. »
En cette immense symphonie de la nature, dans le regard muet de ses premiers catéchumènes. le Père Gabriel perçoit un appel. Quarante-cinq années. il sera le porteur de Dieu auprès de ces peuples « assis dans les ténèbres », mais appelés, eux aussi, à la libération des enfants de Dieu.

NAISSANCE D'UNE CHRÉTIENTÉ
Impossible de décrire par le détail les étapes du peuple de Dieu qui se rassemble autour du blanc nouveau venu. Quand le premier renfort d'Europe arrive, le Père Gabriel se débrouille déjà bien dans le « kiswahili », la langue du pays. Il commence à pénétrer le caractère de ses gens et les trouve « gais, affables, pleins de bonnes qualités. à part ce détail — ajoute-t-il plaisamment — qu'ils sont encore légèrement cannibales ». Le soir. quand les enfants regagnent leurs villages, on se raconte de case en case les faits et gestes du Père. Peu à peu. la sympathie naît. On invite le Père à visiter les familles. Un jour. le Père confie le petit troupeau à ses compagnons et songe aux nouvelles fondations.
En 1906, il quitte St-Gabriel, à la tête d'une petite caravane: « Je pars, mais reviendrai-je ? A la grâce de Dieu. J'accomplis les ordres du Bon Maître ! Cela suffit. » Et le voilà parti pour le « Pays des Herbes », à travers une région en révolte. Ce voyage de huit cents kilomètres, en quarante-cinq étapes, nous est brièvement décrit dans sa correspondance:
« Les orages sont fréquents. Les pluies battantes transforment les ruisseaux en torrents. Les chemins boueux et glissants rendent la marche difficile et fatigante. Par endroits, les éléphants ont par leur poids, défoncé les chemins, creusé des bourbiers où l'on s'enfonce jusqu'à mi-jambe ! La nuit, dans la forêt, est toujours sombre. J'écris ces lignes à la lueur de mon photophore, sur une petite table de voyage, dressée devant ma tente. Une douzaine de feux sont allumés, çà et là, près des huttes improvisées... Parfois. dans la nuit noire rugit un fauve: c'est quelque léopard à l'affût d'une proie à dévorer. Pour le tenir à distance du campement, les noirs doivent entretenir un grand feu toute la nuit ».
Enfin, il atteint Béni, entre le lac Edouard et le lac Albert, aux frontières de l'Ouganda. La jonction avec les Pères Blancs, mission-naires des Grands Lacs, est faite. Comme à St-Gabriel, comme dans les postes ouverts autour de Stanleyville. le Père jette les bases de la future mission: choix de terrain construction des cases, premiers catéchismes... jusqu'au jour où des forces nouvellement arrivées lui permettent de porter ailleurs son zèle infatigable.

VOYAGE INATTENDU
Un jour, on appelle à Rome le Père Gabriel. La mission des Falls est érigée en vicariat apostolique. Le Père Gabriel devient «Mon-seigneur». « Mon petit évêque », lui dit Sa Sainteté le Pape Pie X.
Profitant de sa présence en Europe, le nouvel évêque lance des appels. Déjà. il a pu faire venir aux Falls six sœurs Franciscaines de Marie; c'est si peu, en comparaison des besoins de sa Mission !
Comme route de retour, il choisit la côte orientale de l'Afrique occasion de revoir le poste dernier-né: Béni. Il y arrive, après avoir traversé le lac Victoria et contourné au nord, la chaîne majestueuse du Ruwenzori. Dix-huit jours en caravane à travers l'Ouganda ! et le soir du 15 mars 1909, le missionnaire écrit dans son journal:
« Dieu soit loué ! Nous voici arrivés dans notre Mission. Les missionnaires, les chrétiens, les catéchumènes viennent procession-nellement à ma rencontre pour recevoir ma première bénédiction. C'est tout de même étrange et un peu ennuyeux. Pour un évêque, d'arriver botté, casqué, avec les vêtements laïques couverts de poussière, au milieu d'une belle procession et d'être obligé, en pareils accoutrements, de distribuer des bénédictions comme si on sortait, en grande pompe, d'une cathédrale. »

LES OUVRIERS DE LA PREMIERE HEURE
Au moment où l'Eglise encourage et bénit ses efforts, le Père Gabriel se reporte aux premières années; les succès présents ont été durement achetés. Bien souvent, le Père s'était trouvé debout auprès de la tombe d'un jeune compagnon. « En deux ans et demi, écrit-il en 1901, sur onze missionnaires qui sont venus ici, nous en avons perdu sept... Toujours des malades entre la vie et la mort. Tout cela double le travail de ceux qui restent debout... Quelles sont donc ces forces si brutales à affronter, dans l'œuvre d'évangé-lisation ?
« Nous devions compter avec une hérédité effroyable, les vio-lences, les passions brutales et sauvages, un climat qui met du feu dans le sang, l'action haineuse de Satan, visible elle aussi» Comment le Père Gabriel a-t-il pu, supporter cet assaut général ? Pourquoi le Maître de la Moisson fit-il ainsi patienter son vieux serviteur, et lui différa-t-il le jour du salaire ? Depuis si longtemps il avait pris rendez-vous avec les siens, dans le Royaume, auprès du Père des cieux !

UN JOUR INESPÉRÉ
Le Père Gabriel voyait large. « Témérité » avait-on dit en Europe, en apprenant qu'il restait seul aux Falls. Assis sur un tronc d'arbre. en cette nuit du tout premier Noël, il lui avait semblé entendre « dans le lointain de l'avenir, les cloches sonner à toutes volées et appeler les pauvres tribus noires à la grande solennité de Noël ».
Pourtant. dans ses rêves les plus audacieux. le missionnaire n'avait pas envisagé cette joie intense qui lui était donnée aujour-d'hui: celle de conférer le sacerdoce au premier prêtre noir de son vicariat.
« Si l'on m'avait dit, il y a quarante ans, qu'un jour j’ordonnerais moi-même, ici, un fils de ces tribus anthropophages, j'aurais crié à la folie.»
Pour le vieux missionnaire, ce jour est une indication du ciel.

DERNIÈRES ANNEES
Monseigneur Gabriel Grison a passé les soixante-dix ans. Un record, à la colonie. Il a écrit à Rome, et demandé que des épaules plus jeunes reprennent la charge du vicariat. Comme le prophète Siméon, il pense que Dieu va maintenant le rappeler: Puisqu'il a vu, de ses yeux, l'Eglise solidement plantée aux Falls. Pour autant il ne peut se résoudre à l'inaction. En Europe, la guerre vient de se déclarer. Des missionnaires sont mobilisés. Le vieil évêque se rappelle que jadis, au collège de Bahia, il enseignait les sciences. et avec la plus grande simplicité. demande à reprendre le rang, parmi les professeurs de l'Ecole Normale. Son Maître avait dit: « Je suis venu non pour être servi, mais pour servir ».

Double jubilé
A notre vénérable Frère Gabriel Grison, évêque titulaire de Sagalasse, administrateur apostolique de Stanley-Falls: le pape PIE XI.
Vénérable Frère,
De temps à autre, dans l'existence des Pasteurs, se rencontrent des circonstances qui, parce qu'elles sont elles-mêmes toutes de joie, parce qu'elles incitent les fidèles aux manifestations publiques du sentiment de la déférence et de la gratitude, sont des intervalles de repos et de relâche au milieu des soucis et des labeurs de la vie journalière. C'est ainsi qu'arrive pour vous, tout à fait à propos, sur le déclin de cette année, ce double anniversaire: le cinquantième de votre sacerdoce et le vingt-cinquième de votre épiscopat. Au bonheur que vous apporte chacun de ces deux événements, nous participons volontiers, vous complimentant de tout coeur pour l'un et pour l'autre.
Il est avéré que durant le long cours de ces années, vous avez fait des œuvres nombreuses et remarquables sur les terres lointaines: d'abord dans la République de l'Equateur, où vous avez supporté jusqu'au bout de grandes fatigues pour l'exercice du saint ministère; ensuite, là où vous êtes au Congo belge, où vous avez établi le premier siège de nombreuses missions.
Certes, vos travaux ne devaient pas être inutiles. Cette mission, sous votre direction et votre gouvernement, a pris un tel développement, qu'elle a été à bref délai érigée en préfecture apostolique. et peu après en vicariat et que vous, son fondateur et chef, avez été élevé à la dignité épiscopale.
Aujourd'hui, florissante de tant d'œuvres religieuses et fondations charitables, elle se réjouit à bon droit du grand nombre de ses résultats pour le salut des âmes.
C'est pourquoi, avec vous, vénérable Frère, nous offrons de justes actions de grâce à la Providence de Dieu, de qui. nous vient tout bien. A vous-même, au nom de l'Eglise et des missions, à vos mérites éminents, nous rendons un hommage public de louanges. Nous prions le divin Rédempteur de vous accorder largement une vieillesse longue et vigoureuse, féconde en bonnes oeuvres et en consolations célestes.
Comme signe des faveurs célestes, comme témoignage de notre affection pour vous, à vous, vénérable Frère, à tout votre clergé, à tout le peuple confié à vos soins, à tous vos frères en religion, nous donnons amoureusement dans le Seigneur, la bénédiction apostolique.
A Rome, prés de la chaire de saint Pierre, le 12 novembre 1933, en la douzième année de notre pontificat,
PIE XI, Pape.

Mgr Gabriel Grison, l’heureux bénéficiaire de cette lettre élogieuse, fêtait le 10 octobre 1933, le vingt-cinquième anniversaire de sa consécration épiscopale et le 30 novembre suivant, le cinquantième de son ordination sacerdotale.
Né le 24 décembre 1860 à Saint-Julien, dans la vallée de la Meuse, Mgr Grison fit ses études au petit et au grand séminaire de Verdun. Ordonné prêtre le 30 novembre 1883, il fut nommé vicaire à Amnéville.
Il n'y resta que peu de temps. Se sentant appelé à la vie religieuse et missionnaire, il se mit en rapport, par l'entremise du R. P. Jeanroy un de ses anciens professeurs, avec 1e T. R. P. Dehon.
En 1887 il fit ses premiers voeux dans l'Institut des Prêtres du Sacré-Coeur.
Deux ans plus tard, il. s'embarquait pour la Répub1ique de l'Equateur.
Là, il fut tour à tour professeur au collège de PortoViejo, à celui de Bahia, dont il devint supérieur en I891.
Il y resta jusqu'en 1896 époque où la révolution l'obligea à rentrer en France.
Il devait séjourner peu de temps en Europe
Eu 1897, Léopold II, roi des Belges, demandait au R. P. Dehon, des missionnaires pour 1e Congo.
Le P. Gabriel Grison et le P. Gabriel Lux furent désignés.
Les missionnaires arrivèrent à Stanley-Ville, le. 3 octobre 1897. Le P. Lux, malade, dut rentrer en Europe
Le P. Grison, demeuré seul, s’occupa immédiatement de l'établissement de son premier poste.
La population des Falls, les Botela, était en révolte. La fondation était-elle prudente
Peu importaient au missionnaire les règles de la prudence humaine. Le pionnier de l’Evangile a foi dans la Providence. Il s'installe en pleine forêt vierge, au milieu d'une tribu «légèrement cannibale», écrit-il. Il achète aux Arabes les enfants que ceux-ci traînent en esclavage. Il fonde un orphelinat.
Un des petits ainsi recueilli s'aventure un jour dans la forêt, est surpris, tué. Il va servir au repas des assassins quand le Père intervient.
La première palabre réglée par lui est caractéristique. Un noir a vendu sa femme. L'acheteur l'a tuée et mangée. Il refuse de payer. Le vendeur s'adresse au P.Gabriel pour obtenir justice.
Le 25 décembre 1897, le Père Grison disait la première messe de minuit dans la forêt vierge: «Je commençais cette messe, écrit-il, cette messe de minuit, partout si poétique, mais si solennelle en cet endroit, au milieu de cette forêt et devant cette assistance où cinq blancs représentaient quatorze siècles de civilisation chrétienne, et les noirs, de longues et ténébreuses périodes de barbarie. Mais leur rapprochement devant l'autel de l'Enfant-Jésus était un signe des temps. »
De nouveaux missionnaires viennent rejoindre le fondateur. Les postes se multiplient, non sans perte et sans épreuve. . . .
En 1901, sur onze missionnaires arrivés, sept sont morts, victimes du travail et du climat.
En 1904, des vingt-huit missionnaires qui ont pris pied aux Falls, treize sont allés recevoir leur récompense au ciel.
Le 3 août 1904, le P. Grison était nommé Préfet apostolique des Falls.
Malgré toutes les difficultés, toutes les traverses, l'œuvre d'apostolat se poursuit.
Mgr Grison sait qu'il y a, au nord-est de sa mission, vers les frontières de l'Ouganda, un territoire merveilleux, très peuplé, d'une race supérieure, dit-on, aux autres races noires.
Beni est à 47 jours de voyage. Le vaillant Préfet apostolique traverse la forêt équatoriale. I1 trouve à Beni, une chapelle, où un chrétien de l'Ouganda enseigne le catéchisme, où s'offrent à la vénération des fidèles, des images du Sacré-Coeur, de la Sainte Vierge et de... François Coppée — le pape, pour ce brave noir.
Beni voyait mourir en quelques années six de ses apôtres.
En 1908, la préfecture apostolique devient le vicariat de Stanley-Falls. Mgr Grison est sacré, à Rome, le 11 octobre par le cardinal Gotti, Préfet de la Propagande.
En 1920, vingt-deux prêtres et frères étaient morts au champ d'apostolat.
Malgré ces épreuves la mission est prospère.
Son personnel comprend 50 Prêtres du Sacré-Cœur, 8 Pères Assomptionnistes, 10 frères Maristes, 38 Franciscaines missionnaires de Marie, 5 soeurs de l'Enfant-Jésus de Nivielle, 35 séminaristes indigènes, 627 catéchistes.
On compte 34.500 catholiques, 18.000 catéchumènes, répartis en 14 postes principaux et 5Il postes secondaires au milieu d'une population de 1.000.000 de païens, de 22.000 musulmans et de 2.700 protestants.
Au point de vue purement humain, Mgr Grison pourrait être fier de son oeuvre. Il a bien mérité de la civilisation. Le gouvernement belge a reconnu ses mérites par l'octroi des décorations de l'Etoile du Congo, de la Couronne et de l'ordre de Léopold 1er. La France a voulu honorer en lui, un de ses bons représentants à l'étranger en lui conférant le titre de Chevalier de la Légion d’Honneur.
Mais Monseigneur est resté très modeste. Sans doute se souvient-il de ce mot que lui disait sa mère vénérée: a Mon fils, vous voilà évêque, vous n'en serez pas plus fier, dites ! »
Sans doute Dieu n'a pas besoin des hommes pour faire son œuvre. Mais il demande que les hommes mettent à son service leurs qualités innées, acquises et perfectionnées.
A l'œuvre de l'apostolat, Mgr Grison a employé sa vive intelligence et sa volonté tenace. Parce qu'intelligent et volontaire il s'est formé à l’esprit de sacrifice.
Il règle sa vie toute entière sur l'amour de Dieu, sur l'amour des âmes.
Il s'oublie lui-même pour ne penser qu'à son œuvre dont il perçoit la grandeur, dont il sent les responsabilités.
Il se donne généreusement sans compter, ni avec la fatigue, ni avec les difficultés. L'obstacle n'existe pas pour lui dès qu'il s'agit de la gloire de Dieu et du salut des âmes.
Malgré ses 73 ans sonnés, il est resté jeune.
Ses 44 ans de vie sous l'Equateur ont pu débiliter ses forces physiques, mais n'ont pas entamé sa force de volonté.
Tel nous l'avons connu autrefois, tel nous le retrouvons, aussi ardent, aussi simple, gardant, sous les cils grisonnants, le regard aigu de ses 30 ans, le sourire engageant de sa jeunesse, le rire communicatif de ses meilleurs jours.
Le 30 novembre 1933, la mission Saint-Gabriel de Stanley-Falls fêtait solennellement les deux anniversaires de son vénéré fondateur et chef.
Le 3 décembre suivant une nouvelle cérémonie. Monsieur le Gouverneur général, délégué par le Consul de France, remettait à Monseigneur la Croix de la Légion d'Honneur, en présence de ses missionnaires, de toutes les autorités civiles et militaires groupées sur le perron de l'église cathédrale de Stanley-Ville. Les honneurs militaires furent rendus par une compagnie de tirailleurs: congolais.
Le même jour, Monseigneur offrait un magnifique drapeau aux Anciens Combattants de la Colonie.
(Extrait du REGNE DU COEUR DE JESUS 35ème année N° 3/4 P.33)

Mgr Grison et la Vierge Marie
Cette semaine qui conduit au quinze août, la "Chaîne " propose, tout naturellement, comme modèle, à ses "Maillons" un grand serviteur. de Marie : Mgr Gabriel GRISON.
I1 vint au monde, prés de Verdun, la ‘’sainte nuit de Noël’’ 1860.
Sur les genoux de sainte mère, Emile GRISON apprit à connaître et aimer celle qui devait être à jamais la Reine de son coeur.
Son enfance fut simple; enjouée ,laborieuse au foyer paternel et au petit séminaire de son diocèse,
Au jour de son sous-diaconat, quand, jeune homme ardent et dé-cidé, il gravit le premier degré de l'autel, son meilleur ami lui offre une statue de N. D. Lourdes. L’image bénie ne le quittera plus, l'accompagnant au cours de ses randonnées apostoliques dans la République de l'Equateur, en Amérique, comme dans la forêt équatoriale africaine, au Congo Belge; à la place d'honneur, toujours, aussi bien dans le modeste bureau du missionnaire que dans le salon épis-copal.
Marie, en effet restera toujours aux côtés de celui qui s'est fait son chevalier.
Le samedi 1er déc. l883 au lendemain même de son ordination sacer-dotale il célèbre sa première Messe.
Puis, après un court ministère dans son diocèse il trouve sa voie et le père DEHON le reçoit au nombre de ses prêtres du Sacré-Coeur ''sous le nom de l'Archange cher à Marie".
Une très courte attente et ses voeux de missionnaire sont com-blés, Le samedi 10 novembre 1888, il fait voile vers l'Equateur et é-crit dans son journal :"je sentais que l'action de grâces, surtout envers la Ste Vierge devait être 1a note de ma vie",
De 1888 à 1898,il fonde et dirige le magnifique collège de Bahia, amenant, avec ses collaborateurs, les âmes à Dieu par le moyen de la science, et peut être plus encore en leur apprenant l'amour et les grâces de Marie.
Le samedi 10 août 1889. il échappe à une mort certaine lors d'une ascension au cratère du Pichincha, à Quitto, et il note : "C’est la Ste Vierge qui m'a sauvé". I
Son zèle apostolique et son indomptable énergie pour le bien, lui valent d'être expulsé par la Révolution.
I1 regagne 1'Europe en 1896 et en repart presqu’aussitôt,
De fait, il arrive à Stanley-Falls; au coeur de 1' Afrique équa-toriale, cette fois, le 24 septembre l897, en la fête de N. D. de la Merci; ne venait-il pas inaugurer, en effet, en ces lieux, la délivrance des captifs de satan ?
Son unique compagnon tombe malade, il le renvoie d'urgence en Europe et demeure seul, à trente sept ans, devant une tâche immense,
Seul ? Non pas. Marie est là, Ses écrits nous en donnent la preuve : « aucune fête de Marie ne passe inaperçue, i1 les note toutes.
Ce nom revient sous sa plume et sur ses lèvres en toutes circonstances
Il écrit à ses parents : " j’ai devant moi ma petite statue de N. D. de Lourdes, une image du Sacré-Coeur et une autre de St Joseph." Relatant un danger couru en mer, il note :".je disais mon chapelet".
Ailleurs : "nous savions que la Divine Providence veillait sur nous et que la Très Sainte Vierge nous protégeait".
Le père Gabriel fixe l'emplacement de. sa future mission et se met à l'oeuvre de défrichement. Dans le coin de forêt ouvert la veille, il célèbre sa première messe en terre africaine la nuit de Noël 1897 en présence de cinq européens et de quelques indigènes,
Dès le lendemain, il commence la construction de la première chapelle et le 14 février suivant il y intronise son Dieu.
Des confrères ne tardent pas à venir à son secours et à se mettre ardemment au travail. Mais déjà Dieu choisit une victime et le père Grison a la douleur de coucher dans la tombe son premier missionnaire un jeune Frère. en la fête de l'Immaculée le 8 décembre 98. Ce jour même il prend la résolution d'aller en Europe chercher des Religieuses.
Après mille déboires et refus, il gagne Lourdes et demande à Marie de lui trouver des Soeurs. A la suite de ce pélerinage, en mai 1900 il obtint les Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie. Celles-ci arrivent le 25 août l900 à pied d'oeuvre.
Marie ne s'arrête pas là, Le jour de la Nativité, en l9ll, elle enverra à son fidèle serviteur des Frères Maristes pour le seconder dans son apostolat.
La mission progresse. : L’érection en Préfecture apostolique date de 1904. Quatre ans après c'est l'élévation. au rang de Vicariat.
Le 11 oct. l908, fête de la Maternité de Marie, le T. R. P. GRISON reçoit la plénitude. du sacerdoce à Rome .
Le nouvel évêque regagne son vicariat et poursuit son intrépide marche en avant. Déjà la moisson blanchissante porte de beaux fruits d'or: Monseigneur GRISON connaît la joie de distinguer et de diriger vers le grand Séminaire son premier prêtre noir, Il s'apprête alors à entonner son «nunc dimittis»
Le 1er déc. 1933 célèbre en d'imposantes cérémonies, un triple événement : le jubilé d'or sacerdotal de son Excellence, son jubile d’argent épiscopal et le cinquantenaire de la fondation du Poste par l’explorateur Stanley. Quelques. jours plus tard, le vaillant Evêque, en la fête de l'Immaculée Conception dépose le lourd fardeau de l'épiscopat, se réservant, comme arme ultime de combat, la Prière, la Réparation, un travail intellectuel et scientifique intense.
La petite statue de N-D. de Lourdes, reçue jadis, il l'a placée dans une grotte en malachite — l'une de ses plus remarquables pièces de sa collection géologique --- dans un coin du salon et,, chaque matin, i1 lui offre des roses blanches cueillies sur le rosier qu’il cultive lui-même pour sa Reine.
Fondateur, si longtemps chef de la mission il est désormais le plus soumis des religieux. Quelques semaines avant sa mort, son successeur lui demande de préparer une thèse de théologie pour les jeunes missionnaires. Il accepte et ....le l2 février, à onze heures il achève le travail confié par son supérieur sur "Marie Corédemptrice''. Ses derniers efforts intellectuels s’harmonisent avec la pensée et l'amour de sa vie.
Quelques heures après, sur un lit d'hôpital, sous le regard de sa chère statue, il dit :« Je souffre indisciblement, mais je l’offre pour la France, pour la Mission, en réparation, car je suis prêtre du Sacré-Coeur. Puis il rend sa belle âme à son Créateur en récitant l’«ave Maria», tandis que s’égrènent les Litanies de la T. Ste Vierge sur les lèvres des assistants.
Il repose au pied de la grotte de N-Dame de Lourdes, qu’il a construite sur l’emplacement de sa première messe de Noël 1897, au bord du Congo. Marie garde son corps en attendant la glorieuse résurrection du jugement. Son âme, nous en sommes sûrs, près de sa Reine, goûte déjà la béatitude.
Comme l’Angelus, dans nos journées, Marie est à l’éveil, au midi et au déclin de sa belle vie.
Vous qui lisez ces lignes, mettez, vous aussi, Marie tout au long de votre vie : enchaînez-vous à Elle.
Le Guide de Piste
(Extrait de «La CHAINE» {Revue des Petits-Clercs en vacances} 10/08/47)

Trente-cinq ans au Congo
Au centre de la forêt équatoriale, à Stanleyville, au Congo Belge une nuit de Noël; devant quelques européens et quelques enfants noirs rachetés de l'esclavage, le premier missionnaire catholique célèbre la première messe sur ce sol, qui sera, demain, son champ d apostolat.
Ses Supérieurs lui ont dit « Allez étudier la possibilité d'ouvrir là-bas une mission. » Il a fait le bilan de la situation: elle est de nature à décourager les plus intrépides. A 1.500km des côtes, la région est à peine accessible ( de fait, plusieurs des nôtres mourront, sans même parvenir au terme de leur premier voyage.) Le pays n'est pas pacifié; la guerre arabe sévit, avec ses alternatives de succès et de revers, et son incertitude du lendemain. Les indigènes sont encore anthropophages; la viande humaine se vend sur les marchés, et les Bakoumous voisins enlèvent et assomment, pour les manger, les jeunes garçons qui, rachetés par le missionnaire, commettent l'imprudence de s'éloigner de la mission. la région, saturée d'humidité, est encore malsaine. En 35 ans, les fièvres, les privations, la maladie du sommeil, coucheront sur place 26 missionnaires, sans compter ceux qui ne rentreront en Europe que pour y mourir, ou y traîner une vie crucifiée par les infirmités.
Mais ce missionnaire a une foi à transporter les montagnes et cet enthousiasme à froid (le mot est de lui, qui vient à bout des pires difficultés; et il retourne en Europe chercher son premier renfort.
30 ans après, la fête de Noël encore, mais le décor a changé, et dans la cathédrale trop étroite où s'entassent, comme seuls des noirs peuvent le faire, des centaines de chrétiens, l’office pontifical déroule sa pompe liturgique.
Mais c'est toujours le même missionnaire qui officie: Mgr Gabriel Grison, vicaire apostolique et premier évêque de Stanleyville. Au memento des vivants, il a pensé aux 35.000 chrétiens, qui dans les 14 églises de résidence, dans les 500 chapelles de brousse, communient de fait ou de cœur avec lui, comme dans un instant au memento des morts, se sentant fatigué et vieilli, il pensera plus intimement aux 30.000 autres baptisés qui, déjà, 1'ont précédé avec le signe de la foi.
« Nous n'avons ni hommes ni ressources, disait-il lors de son premier départ, comment ferons-nous ?» Les hommes manquaient; mais aujourd'hui cinquante des nôtres travaillent à ses côtés, et comme ils ne peuvent suffire à la tâche, il a fallu faire appel à d'autres bonnes volontés, et 8 Assomptionnistes, 10 frères Maristes, 43 religieuses, sont venus nous apporter le secours de leur dévouement.
Les ressources faisaient défaut: la Providence y a pourvu. La procure de la mission, les œuvres pontificales nous ont tirés d'embarras. Nous avons vécu, pauvrement sans doute, mais de toute part, les résidences, les églises, les écoles ont surgi de terre, les écoles surtout. Rendons au Gouvernement belge l'hommage auquel il a droit. Loin, d'admettre un athéisme intransigeant, aussi désuet que désastreux, il n'a pas craint de demander la collaboration loyale des missionnaires. A Stanleyville, l'enseignement officiel est confié aux frères Maristes. L'école libre, l'école normale, l'école professionnelle, groupant ensemble plus de 1.200 élèves sont entre leurs mains. L’état construit les bâtiments, fournit l'outillage, subvient aux besoins des frères. Même organisation pour les cinq hôpitaux que dirigent les Sœurs Franciscaines de Marie. Nul ne songe à se plaindre du résultat. Dans un livre récent sur l'Afrique équatoriale française, un administrateur en chef des colonies constatait les efforts considérables réalisés, et citait ces chiffres: au Congo belge, il y a 134.000 indigènes baptisés pour 1.133 missionnaires, alors qu'en A. E. F., il y a 124 missionnaires et 66.643 baptisés. C'est sans doute à sa belle organisation scolaire que notre mission du Congo devra le développement auquel elle se doit de tendre. Sans doute, le mouvement de conversion y est moins intense que dans notre mission du Cameroun, puisqu'en douze ans nous atteignons presque le même nombre de chrétiens — fait d'autant plus remarquable que pendant 6 ans nous n'y avions qu'une poignée de missionnaires. Mais qui tient les écoles tient la jeunesse, et qui tient la jeunesse tient l'avenir. Il y a quelques années, les écoles en voie d'organisation ne comptaient que 3.000 élèves, aujourd'hui elles en groupent plus de 13.000.
Par ailleurs la redoutable influence de l'islam et du protestantisme, qui contrecarre si douloureusement notre action au Cameroun, est. ici encore à peine sensible. Pour une population d'un million d'âmes, 22.000 musulmans et 3.000 protestants à peine.
Le terrain est libre. Demain, aux missionnaires européens s'adjoindront les premiers prêtres indigènes, et, en moins d'un demi siècle, l'Eglise se sera solidement implantée sur ce sol jadis si déshérité.
Dans une heure d'intimité Mgr Grison nous disait un jour: « Je sais que ma vocation missionnaire est. divine. » Et sans doute, devant les obstacles humainement insurmontables, les épreuves de tout genre, les deuils accumulés, était-il nécessaire qu'elle le fût. Mais rendons hommage aussi à la foi des ouvriers de la première heure qui, eux, humblement, ont cru en cet avenir meilleur, maintenant réalisé, et qui, de leurs travaux, de leurs souffrances, voire de leur vie, ont payé la belle chrétienté d'aujourd'hui.
P. LEBRUN Léonce scj
(Le REGNE 34° année N° 5/6 page 91)


63. Les P. P. Gabriel Emile Grison et Jacques Gabriel Lux furent les premiers à lancer la "grande mission" du Haut-Congo (Zaïre). Le P. Grison, né à St-Julien-sous-les-Côtes (Meuse), le 24.12.1860, avait à l'époque 37 ans.
Le P. Lux, né le 8.5. 1869 à Bonn, en avait 29 en juin 1897. Il était déjà missionnaire en équateur, de 1890 à 1896, avec le P. Grison.
Son séjour au Haut-Congo fut très court, un seul mois: atteint de paludisme il fut obligé de rentrer en Europe. Le P. Grison y resta seulement pendant sept mois. Il plan ta ses tentes aux bords du grand fleuve Zaïre (Congo) et inaugura la première mission de St-Gabriel. Dans le pays il y avait encore des cannibales. La nuit de Noël de 1897 il eut la joie d'y célébrer sa première messe. Il fêta ainsi son anniversaire de 38 ans. Sa vie de missionnaire et, à partir de 1908, sa vie d'évêque continua encore pendant 45 ans. I1 mourut en 1942 à 81 ans. Les chrétiens du vicariat, d'après le recensement de 1941-1942, atteignirent le nombre de 87.664, dont 1791 de blancs; les catéchumènes furent au nombre de 52.018 et on célébra 9956 baptêmes par an (cf. Cinquante ans aux Stanley- Falls—Statistiques CEM, Louvain, n. 2, pp. 38-39).
(NQ2 page 642 note 63)

Il fallait envoyer deux explorateurs au Congo pour fonder la mission. Un moment, je croyais y aller moi-même avec le Père Gabriel Grison, mais j’aurais laissé toute l’oeuvre en souffrance et je l’aurais trouvée démolie à mon retour. Je décidai d’aller avec le P. Gabriel à Bonn, pour engager le Père Lux à faire ce voyage d’exploration. J’allai à Bonn et je réussis.
(NQ2 page 308 feuillet 64)
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Le P. Gabriel prépare son départ pour le 8. Le titre de Préfet Apostolique ne lui donne droit à aucun insigne. Je le regrettais pour le prestige qu’il doit avoir là-bas auprès des blancs et des noirs. Pour y suppléer, j’ai demandé pour lui aux évêques de Verdun et de Cahors (Mgr Dubois et Enard) un titre de chanoine honoraire; il le lui ont accordé avec beaucoup de gracieuseté.
(NQ3 page 123 feuillet 22/23)


AVANT-PROPOS, EXERGUE - CAUSES INTRODUITES