Le Frère RATTAIRE Alfred (André)
(1888 - 1915)

Né le 28.08.1888 à Flumet (73)
Profès le 22.09.1906 à Sittard
Décès le 17.06.1915 à Neuville St-Vaast (62)
Frère Clerc

Fr. Rattaire était lieutenant au 153° R. I. Il trouva la mort devant Neuville-S.-Waast, le 17 juin 1915, à peine rentré de convalescence. Comme Fr. Granger, il était savoyard, et comme lui, ancien élève de S. Clément. Il avait 27 ans. Quand la guerre éclata, il était en Belgique. Il venait de finir à Rome sa première année de théologie. Il n'hésita pas un instant à venir reprendre sa place d'officier de réserve. Le 29 septembre 1914, dans la Somme, il s'aventure seul en exploration par conscience professionnelle et pour épargner la vie de ses hommes. A 300 mètres de l'ennemi, il est découvert, et tombe grièvement blessé à la cuisse et au bras. Sa compagnie le venge dans un élan irrésistible. Il est transporté au Hâvre, d'où, après deux mois de soins, il obtient une convalescence de deux autres mois. I1 rentre à son dépôt de Béziers le 12 janvier 1915, mais, incomplètement guéri, il est employé à l'instruction des jeunes classes.
Au printemps, il apprend que son frère Louis, à peine guéri, lui aussi, d'une blessure de guerre, est rappelé au front. ll sollicite d'y être renvoyé à son tour. Il part avec son deuxième galon d'officier. Mais à peine arrivé, le 17 juin 1915, il tombe mortellement frappé, à la tête de sa compagnie qui, furieuse, chasse l'ennemi de Neuville-S.-Waast, où il se cramponnait depuis 1914.
En partant pour le front il écrivait à ses parents, qui avaient déjà perdu un fils, lui aussi ancien élève de S. Clément: « En route pour le Devoir et pour la Victoire ! » Et le matin de sa mort, dans une dernière lettre à ces bien-aimés et valeureux parents, il disait: « La journée s'annonce comme devant être chaude. Quelques-uns d'entre nous y laisseront leur vie. Si je suis du nombre de ces heureux morts, ne me plaignez pas et ne me pleurez pas trop... J'espère aller rejoindre mon frère Honoré... C'est là-haut que nous nous retrouverons sans larmes !... Au revoir au ciel ! Courage et confiance !... Votre enfant qui vous aime plus que jamais, Alfred. »
On croirait entendre les héros de Corneille ou de Racine, ou mieux les adieux des premiers martyrs.
Pour compléter une si belle figure, ajoutons quelques détails donnés par l'aumônier de son régiment.
« J'ai malheureusement bien peu connu le cher lieutenant Rattaire. Arrivé au régiment à la fin de mai, il a été tué à la tête de sa compagnie le 17 juin. Cependant, je puis bien dire que jamais je ne l'oublierai. La veille même de sa mort, je me promenais dans le village, sous un bombardement qui ne laissait pas que d'impressionner les hommes, pour la plupart nouveaux au régiment et peu habitués au feu. Le lieutenant Rattaire avait sa compagnie dans une maison qui ne lui fournissait qu'un abri très précaire. Pour donner un peu d'assurance à ses hommes, il allait et venait au milieu d'eux, car la seule présence d'un chef, en ces moments de danger, est un précieux réconfort. Le lieutenant me fit descendre avec lui dans la cave où il logeait et se confessa. On peut dire qu'il prévoyait que c'était sa dernière confession.
Le lendemain, on avait ordonné une attaque. Les ennemis s'en doutaient peut-être; en tout cas, dès que notre artillerie commença la préparation, ils répondirent eux-mêmes par un feu terrible sur nos tranchées de première ligne où était massée la compagnie du lieutenant Rattaire. L'impression produite par ce bombardement fut telle que, quand vint l'ordre de sortir, il y eut quelques instants d'hésitation bien naturelle. Pour entraîner ses hommes, M. Rattaire sortit le premier. Mais à peine était-il dehors qu'il tombait frappé par des balles. Cette fin, si courageuse où il y avait, nous le savons, un grand esprit de sacrifice et d'apostolat, fit sur tous une profonde impression. J'en ai entendu, bien qu'incroyants, admirer ce courage et ajouter avec un singulier accent d'estime: «Il est vrai qu'il était religieux!» expliquant ainsi leur admiration.
L'héroïque sacrifice du lieutenant Rattaire fut récompensé par l'attribution posthume de la croix de guerre avec la citation suivante:
« A été tué à la tête de sa compagnie en cherchant à l'entraîner à l'attaque malgré un feu violent de mitrailleuses; a fait preuve d'un sang-froid et d'une bravoure remarquable. »
Nous nous inclinons très bas devant la douleur bien légitime et pourtant noblement et chrétiennement supportée de ses vénérables parents qui devaient donner encore un fils, le troisième, à la cause sainte de la Patrie.
Le Fr. Rattaire était un de nos sujets les mieux doués. Il avait été plusieurs années professeur à S. Clément. Il cultivait avec autant de bonheur les sciences, la littérature, la musique. Il était l'auteur d'une gracieuse cantate au R. P. Mathias, pour ses 25 ans de sacerdoce, et avait donné à notre petite Revue de Louvain, aujourd'hui malheureusement disparue, des essais aussi élégants que documentés (l)

(l) À propos de Fr. Rattaire, voici une anecdote rétrospective que l'on sera peut-être heureux de trouver ici. C'était pendant son service; il venait d'être nommé sous-lieutenant au 153e, à Romorantin. Un jour, au service en campagne, le commandant de la compagnie voulut faire traverser une rivière à ses hommes. Le soldat n'est pas bégueule: tout le monde se déshabille, prend son paquet sur la tête et passe la rivière. Tout le monde, sauf le lieutenant Rattaire, qui préféra défraîchir sa tenue dans l'eau et continuer l'exercice tout trempé. Il est vrai qu'on était en été, mais le sacrifice n'en avait pas moins quelque mérite, et celui qui nous le racontait le faisait avec admiration pour la vertu de celui qui en était l'auteur.
(EXTRAIT DE «QUELQUES PRETRES DU SACRE-COEUR
DE St-QUENTIN, MORTS AU CHAMP D’HONNEUR.
(1914-1918) »)


L’ODYSSÉE DE SAINT-CLÉMENT

Alfred Rattaire, en religion Frère André, lieutenant d'infanterie, chevalier de la Légion d'honneur, âgé de 27 ans, venait de terminer sa première année de théologie à Rome après avoir été, plusieurs années, professeur à Saint-Clément. Religieux modèle, il excellait en outre, avec un égal succès, dans l'enseignement des sciences, des lettres et de la musique. Au début des hostilités, nous le trouvons à sa place d'officier de réserve au 153e régiment d'infanterie. Le 29 Septembre 1914, dans la Somme, à trois cents mètres de l'ennemi, il est repéré avec son peloton et grièvement blessé. Au printemps de 1915, il est affecté sur sa demande, à une unité du front. Le voilà commandant de compagnie avec le grade de premier lieutenant. En partant pour le front il écrit à ses parents, qui avaient déjà perdu un fils, lui aussi ancien élève à Saint-Clément:
« La journée s'annonce comme devant être chaude. Quelques-uns d'entre nous y laisseront leur vie. Si je suis du nombre de ces heureux morts, ne me plaignez pas et ne me pleurez pas trop... J'espère aller rejoindre mon frère Honoré. C'est là-haut que nous nous retrouverons sans larmes!.. Au revoir au ciel ! Courage et confiance !.. »
Avant l'attaque de Neuville Saint-Vaast, le lieutenant Rattaire, abrité dans une masure, prévoyait l'imminence de son heure dernière: pour donner un peu d'assurance à ses hommes violemment bombardés, il allait et venait parmi eux. L'aumônier passe, il se promène un instant avec lui, descend dans la cave où il logeait et se confesse. Le lendemain, 17 Juin 1915, signal d'attaque ! Notre artillerie commence un feu de préparation, car c'est elle qui conquiert le terrain, à l'infanterie de 1'occuper ensuite! L'artillerie ennemie riposte avec une telle violence qu'à l'heure H. le lieutenant Rattaire remarque certain flottement dans sa compagnie. Son devoir est clair! Il est des heures où il ne suffit pas de désigner l'objectif à atteindre et de commander: baïonnette au canon. . . en avant ! pour s'élancer, en se serrant les coudes... Cette heure est venue, où l'officier doit payer de sa personne: le lieutenant Rattaire commande aussi du geste, il sort le. premier de la tranchée. . . et tombe aussitôt, criblé par les mitrailleuses !
« Cette fin si courageuse où il y avait un grand esprit de sacrifice et d'apostolat, fit sur tous une profonde impression, rapporte un témoin.. j’en ai entendus, bien qu'incroyants, admirer ce courage et ajouter avec un singulier accent d'estime cet hommage «Il est vrai qu'il était religieux! »
La compagnie Rattaire, électrisée, enleva Neuville-Saint-Vaast à l'ennemi qui s'y cramponnait depuis 1914. La citation attribuant la croix de guerre, à titre posthume, au lieutenant Rattaire, porte ce témoignage::
« Lieutenant Rattaire a été tué à la tête de sa compagnie, en cherchant à l'entraîner à l'attaque, malgré un feu violent de mitrailleuses; a fait preuve d'un sang-froid et d'une bravoure remarquables. »
C'était le 17 Juin 1915
(«LE PERE DEHON ET SON OEUVRE» pages 487/8)

Le 25 Septembre 1915, en Champagne, nous perdons deux autres confrères étudiants à Louvain, tous deux sous-officiers, tous deux élèves de Saint-Clément: le frère Lambert et le frère Swisser. Pau1 Lambert, en religion frère Joseph, était sergent au 89e régiment d'infanterie. Il faisait donc partie de 1a Division de Fer de Nancy; avec elle il avait défendu le Grand Couronné et vécu la lutte épique de l'Yser. Le 25 Septembre 1915, il scelle de son sang la victoire de Champagne.
Religieux jusque sous la capote, il avait le secret de se faire aimer de ses hommes; son ascendant était tel que beaucoup prenaient modèle sur lui, « répondant volontiers au chapelet, qu'il se plaisait à dire, lorsque le danger devenait plus pressant. » C'était un modeste en même temps qu'une âme très délicate, une âme d'artiste; il s'effaçait toujours et pourtant se montrait fort serviable, pour agrémenter les cérémonies religieuses, en tenant l'orgue avec un talent remarquable. Il eut, lui aussi, le pressentiment de sa mort prochaine; après avoir reçu la Sainte Communion dans un petit bois, près de Saint-Jean-sur-Tourbe le 24 Septembre au matin, il fut tué par un obus le lendemain, dans le boyau où sa section attendait l'heure de l'assaut. Homme de devoir sans phrases, il l'avait déjà été à Saint-Clément où, grammairien émérite et compositeur de talent, il avait sacrifié son avancement aux Saints-Ordres, au cours des nombreuses années où, de plein gré,; il s'était consacré au ministère obscur, mais combien fécond, de l'enseignement.
Une autre victime du 25 Septembre 1915, fut le sergent Georges Swisser, en religion frère Stanislas. Ancien de Domois.


AVANT-PROPOS, EXERGUE - CAUSES INTRODUITES