Le Père RATTAIRE Louis (J-Baptiste)
(1872 - 1923)

Né le 13.10.1872 à Aiton (73)
Profès le 08.10.1891 à Sittard
Prêtre le 19.09.1896
Perpétuelle le 18.10.1897 à
Décès le 12.12.1923 à Köbenhavn (Danemark.)
En Danemark (1903-1923)

Le Révérend Père Louis Rattaire, l'auteur de nos intéres-santes Chroniques du Danemark, est retourné à Dieu le 12 Décembre 1923.
Issu d'une famille lorraine, il est né l'an 1872 en Savoie, où son père était instituteur.
Entré jeune encore à notre école Saint-Clément alors à Fayet, il conquit haut la main son diplôme de bachelier es lettres.
Au sortir du noviciat, le R. P. André Prévot lui confiait la direction de notre école apostolique de Sittard (Hollande). Il avait alors 18 ans. C'est dire la confiance que son Supérieur avait dans son intelligence, son caractère et sa vertu. Il s'épuisa à la tâche. Fatigué, exténué, il revint en France en 1898 où il accepta les classes de latin et de littérature à l'école Saint-Clément. En 1903, après quelques mois de repos dans notre scolasticat de Louvain, il demanda et obtint l’autorisation de se rendre au Danemark comme aumônier des Dames de l'Assomption.
I1 avait en partant un double but précis : répandre autour de lui la dévotion au Sacré-Cœur, et établir un centre d'influence française. Il en ajoutait bientôt un troisième: soustraire à l'influence germanique les jeunes français désireux d'apprendre la langue allemande.
Dans ce but il ouvrit la Préceptorerie française. Quel résultat obtint-il ? Nous ne pouvons mieux répondre à cette question qu’en publiant des extraits d'une lettre adressée par un de ses anciens élèves à notre vénéré Supérieur général.
« Vous devez avoir appris la mort d'un homme pour qui j'avais une grande admiration. J'étais allé voir le R. P. Rattaire, plu-sieurs fois à Copenhague. Je n'oublierai jamais les derniers instants que je passais près de lui. Quand je l'eus quitté, une soudaine tristesse m'envahit, j'avais le pressentiment que je ne le reverrais plus. Il était si bon, si prévenant. Il me parlait toujours de ses oeuvres, de son apostolat. Il ramenait tout à Dieu; il ne cherchait dans les relations de ce monde qu'une occasion de faire du bien.
Très délicat, très français, il ne heurtait pas de front les croyances des protestants. Son caractère impressionnait ceux qui le fréquentaient. L'homme de Dieu, l'homme complètement désintéressé apparaissait très vite sous l'homme du monde.
Voilà ce que m'écrit un de ses amis:
« Je me rendis à l’hôpital pour le voir une dernière fois. J'ai prié, j’ai pleuré, agenouillé prés de son cercueil. »
Un Russe protestant prit la parole sur sa tombe et le qualifia de chevalier ecclésiastique sans peur et sans reproche.
Une dame protestante m'écrit:
Les funérailles eurent lieu le 17 décembre. Elles furent belles comme les processions que vous faites dans vos églises. Lorsque le cortège quitta l'église, on suspendit le trafic dans les rues.
« C'est bien curieux: le R. P. Rattaire, de son vivant pauvre, modeste, négligé, humilié, voit après sa mort la rue fermée pour faire place à son dernier voyage. Je suis heureuse qu'il m'ait permis, pendant son séjour, ici de prendre soin de lui, de lui procurer quelques petits plaisirs dans sa dure existence. Il était si bon pour mes enfants et pour moi-même. »
De la lettre d'une dame juive j'extrais ces lignes:
« Après sa mort, il y eut de longs articles dans les journaux où l'on parlait de son amour pour sa Patrie, de ce qu’il avait fait pour la France. D'autres parlèrent de l'homme, du professeur et louèrent sa modestie, son obligeance, sa bonté ! Je suis sûre que tous ceux qui l'ont connu l'ont aimé. »
Le journal Aftenposten de Copenhague, rend compte de ses funérailles :
« Un grand cortège funèbre s'est rassemblé aujourd'hui autour du cercueil du R. P Rattaire dans l'église du Rosaire. Parmi les assistants, on remarquait les représentants de plusieurs légations étrangères et beaucoup de prêtres catholiques.
La légation française, le ministre français, vicomte de Fontenay, le consul général argentin, Edouardo L. Colombres, l'avocat de la Cour suprême, les professeurs de l'Ecole militaire, ont envoyé des couronnes signées.
Le R. P. Wolf, des Prêtres du Sacré-Cœur, officiait. Mgr Joseph Brems prononça l'oraison funèbre en danois. Le R. P. Wolf parla ensuite en français. »
Ces quelques lignes sont bien insuffisantes pour caractériser l'homme et son œuvre.
Les nombreux lecteurs de La Croix n'ont pas oublié les Lettres du Danemark où sous le pseudonyme de Testis, il signalait avec vigueur et franchise tout ce qui pouvait favoriser l'influence française ou lui nuire dans les pays du Nord.
Le gouvernement français avait reconnu ses services en lui octroyant les palmes d'officier d Académie.
Le Divin Coeur de Jésus lui réservait une autre récompense. A cet ardent, à ce généreux, avide d'action, de dévouement, il imposait la lourde croix d'un séjour de plusieurs mois dans une salle d'hôpital. Le jugeant mûr pour le ciel, il le rappela à Lui le l2 décembre dernier.
Il avait connu, pendant la grande guerre, la douloureuse fierté de perdre trois de ses neveux, les trois fils d’un de ses frères, tombés glorieusement face à l'ennemi.
Rien de ses travaux, de ses sacrifices ne sera perdu. D'autres viendront après lui, qui récolteront dans la joie, ce qu'il a semé dans les larmes
R...
(Le RÈGNE 1924 page 44)


Lettre du Danemark
25 Juin 1923.
Un incident assez caractéristique vient de marquer la visite que Son Eminence le cardinal van Rossum rend actuellement aux diverses églises et communautés de la mission danoise.
De passage à Odense, où se trouve une communauté très fervente de P. Rédemptoristes, le Cardinal voulut aller prier devant les reliques du héros national danois, le roi saint Canut. Ces reliques sont conservées dans la crypte de la cathédrale Saint-Alban. une de ces belles églises du Nord qui ont toutes été volées aux catholiques par les soi-disant Réformateurs du XVe siècle.
— En temps ordinaire n'importe quel touriste peut visiter les Reliques de saint Canut qui d'ailleurs, sans honneur aucun, sont laissées dans un simple cercueil. Lorsque dans la cathédrale, désaffectée aussi, de Roskilde, le Cardinal voulut aller prier près du sarcophage de la princesse Marie, on ne fit aucune difficulté.
Mais à Odense se trouve un digne représentant de Luther, c'est le prévôt Lützhoft qui a tenu à passer à l'his-toire. Que des touristes aillent fumer tranquillement leur cigarette ou deviser devant les reliques d'un saint, rien de plus naturel à ses yeux; mais qu’un Cardinal de la Sainte Eglise romaine vînt, même à titre privé, honorer les restes de celui qui subit le martyre pour avoir revendiqué les droits de l'Eglise à vivre des subventions des fidèles, cela dépassait les conceptions géniales du pasteur Lutzhoft. Il fallait, dit le héros luthérien, empêcher à tout prix le « scandale » « l'adoration » de reliques, et la porte resta rigoureusement close.
Cela fait hausser les épaules de pitié; mais c'est un plaisir de voir avec quelle énergie les catholiques ont relevé l'affront gratuitement infligé an représentant du pape.
L'évêque protestant d`Odense, le Rév. Rud, n'ose pas approuver son trop zélé subordonné; et les journaux protestants sont unanimes à blâmer un acte de grossier sec-tarisme qui jure avec le concept moderne de la liberté religieuse, et qui répond si peu aussi avec la haute cour-toisie avec laquelle, à Rome, on reçoit toujours les membres même les plus qualifiés de l'église réformée.
L'an dernier, au Juttland, c'était l'évêque protestant Ludwig qui faisait interdire un concert, parce qu'on devait y entendre, entre autres morceaux, l'Ave Maria de Gounod. Jadis les oies du Capitole se couvrirent d'une gloire immortelle en annonçant l'arrivée des Gaulois. Cette gloire est réservée aussi à l'évêque protestant Ludwig et au prévôt Lutzhoft.
Dans une brillante conférence accompagnée de projec-tions très bien réussies, le lieutenant belge Lande a célé-bré hier, au Palatztheater, les bienfaits de la conquête et de l'administration belge au Congo. Le lieutenant Lande n'a pas oublié de vanter l'œuvre des missionnaires; il a salué avec émotion l'héroïsme des ouvriers de la première heure, qui sont morts au champ d'honneur. Ils sont les précurseurs de tous ceux qui, maintenant, travaillent avec une merveilleuse rapidité à faire de cette région, qui, il y a 50 ans, était un des repaires de la barbarie, une colonie modèle où l'Etat belge aussi bien que l'Eglise, trouveront d'excellentes recrues, où les dévouements, parfois inutilisables dans les vieilles nations européennes, auront un beau champ d'action et d'initiatives fécondes.
L. RATTAIRE S. C. J. (=Testis)
(Ceci est un exemple des chroniques régulières que le Père envoyait pour qu’elles paraissent dans le «Règne du Sacré-Coeur»

AVANT-PROPOS, EXERGUE - CAUSES INTRODUITES